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Captain Obvious

Mot-clef du jour : « pacman comprendre »

En quoi admettre que nous ne naissons pas tous avec les mêmes facilités est-il nier qu’avec du travail et de la volonté on peut faire (presque) tout ce qu’on veut ?

Je me pose sincèrement la question.

En quoi admettre que l’inné existe est-il de l’essentialisme ?

En quoi signaler à un gamin qu’il semble doué pour un truc et l’encourager à persévérer s’il le souhaite est-il lui coller une pression ? En quoi constater qu’il part de loin est-il piétiner ses rêves ?

Évidemment que la plasticité cérébrale permet à l’acquis de très largement supplanter le tirage au sort génétique.

Évidemment que la technique, c’est une chose qui s’acquiert avec le travail.

Cependant, désolée si la vie est injuste, mais atteindre le même objectif demandera à certaines personnes plus de travail qu’à d’autres.
Et ce n’est pas JUSTE à cause de leur éducation, des pressions sociales, du poids des traditions, du vécu, tout ça.
C’est AUSSI parce que (bordel) (sérieusement faut l’écrire ?) : nous ne naissons pas égaux.
Je dois vraiment justifier cette affirmation ?

Oui. L’autre jour, j’ai discuté de don.
Je vis dangereusement.

Parce que figurez-vous que c’est un gros mot.
Car pour certaines personnes, admettre l’existence de ce dernier revient à nier la valeur du travail et de la volonté.
Et je m’interroge.
Car oui (gnigni), un don sans travail et sans envie, ça ne sert pas à grand chose.
Wé (gnégné), le travail et l’envie, même sans prédispositions, ont toutes les chances de vous permettre de réussir vos objectifs.
Oui, oui, si vous y croyez très TRES fort, vous pourrez réaliser vos rêves.

Mais de là à NIER la différence ?
A dire qu’on est tous pareils, qu’on a tous les mêmes chances, que l’inné n’existe même pas ?
(Les parents des génies de 5 ans qui résolvent des énigmes mathématiques seront ravis d’apprendre que tout va bien, leur enfant est comme tout le monde, il a juste potassé les bouquins de la fac d’à-côté derrière leur dos, le coquinou).
(Pareil pour ces Asperger qui, sans avoir jamais pris le moindre cours, te dessinent des villes avec une perspective au poil de cul juste après les avoir observés d’un hélico. Ah mais c’est pas pareil, eux ils ont des pouvoirs).
(Au passage, sportifs au pied du podium, pianistes passionnés de 14 ans n’ayant pas composé trouzemille symphonies comme le père Wolfgang, sérieusement, bougez-vous le cul, bande de nazes.)

Entendons-nous bien : moi aussi, j’ai très envie de croire que tout ce que j’ai mené à bien, je ne le dois à rien d’autre qu’à mon courage, mon travail et ma volonté.
Même que ça me ferait me sentir tellement supérieure à tous ces losers qui n’ont pas réussi.
Et puis, je trouverais ça si merveilleux, un monde à ce point empli de justice.

Mais à un moment, il faut être un minimum de bonne foi. Il y a plein de trucs que j’aime et dans lesquels je me serais épanouie et, bizarrement, j’ai surtout mené à bout ceux qui ne me demandaient pas d’efforts surhumains.
A quel point, d’ailleurs, nos goûts et notre volonté ne sont-ils pas façonnés par nos facilités ? Est-ce que je n’aime pas, aujourd’hui, plus l’écriture que le dessin en partie aussi parce que je m’y suis toujours sentie plus à l’aise ? Parce qu’on me disait : « C’est vachement bien » en lisant mes textes vite torchés alors que mes dessins patiemment exécutés ne récoltaient que des : « ah ouais, pas mal » ?

J’aurais très probablement pu devenir dessinatrice si j’avais eu le courage et l’envie de plus travailler.
Tout comme j’aurais pu devenir haltérophile malgré une maigre force dans les bras héritée de mon père et de bien d’autres ascendants avant lui.
M’est tout de même avis que je n’aurais pas chopé de médaille d’or aux JO. Quel niveau aurais-je atteint en dessin ? Mystère.
Reste que l’inné existe. C’est chiant comme tout, mais comme il n’est qu’une base sur laquelle travailler (ou pas) et ne prédétermine en rien ce que vous serez, rassurez-vous, c’est pas si grave.
N’employez pas le mot don si les connotations que lui ont en effet accolées des abrutis vous dérangent. Mais n’interdisez pas aux autres de l’utiliser dans son sens propre.
Foutez la paix à ceux qui ont emprunté un chemin différent du vôtre.
Et cessez de vouloir lisser les capacités de chacun.

Parce que c’est quand même marrant. D’un côté, on vous jette des tomates quand vous osez évoquer un « don », de l’autre, quand vous réussissez à force de travail et de volonté, ya toujours un con pour vous dire : « Ahlala, t’en as de la chance de vivre tes rêves ».

J’ai quand même un chouïa l’impression que le travail, c’est souvent la clé du succès… dans l’esprit de ceux qui ont réussi en travaillant.
Pour ceux qui se sont ramassés, c’est le bol.
Pour ceux qui avaient de grosses facilités et ce sont reposés dessus, j’imagine que ça doit être le don.

D’où finalement la question centrale de cet article : Ça va, les chevilles ?