Archives du mot-clé féminisme

Alyssa tome 3 – La théorie de l’attraction

Mot-clef du jour : « réplique pour casser les gens auteur »

Hello les petits loups et les grands coyotes !

Aujourd’hui est un grand jour, celui de la sortie du tome 3 d’Alyssa. Il se nomme La théorie de l’attraction, et parle de voyages, de linguistique, de militantisme, de sciences humaines, de ‎féminisme‬, de ‪geocaching‬, de ‪Doctor Who‬, de poux et de sitcoms.

alyssaT3_couvPt

AlyssaT3_DoctorWhoQuand j’ai commencé à travailler sur cette bd, je n’avais jamais écrit le moindre texte humoristique. Il y a bien toujours un peu de blagounette dans mes bouquins, parce que, même dans les moments les plus noirs, l’humour fait partie de la vie, et j’aime les traitement réalistes plus que les conventions de genre. Reste que mon univers est plus fait d’histoires d’amour compliquées, de société vilaine avec ses éléments décalés, voir de zombies, de monstres et de meurtres sanglants, et je n’aurais probablement jamais tenté la comédie pure si je n’avais pas eu l’idée du concept d’Alyssa, à savoir « une ado HQI infiltrée chez les ados normaux, qui se rend compte que la plupart des gens se sentent aussi décalés qu’elle et qu’on ne peut pas se définir juste par sa spécificité » (et qui, aussi, essaie de construire des trucs qui ne marchent pas, fait des expériences sur son chien, tente de survivre aux virées shopping et drague comme une quiche).
Cette série a été extrêmement formatrice pour moi. C’était la première fois que je m’éloignais de ma zone de confort et, avec ma talentueuse dessinatrice Rebecca Morse et ma merveilleuse éditrice Audrey Alwett, je crois que nous avons réussi à créer une série à la fois grand public et intelligente, potache avec du fond, farce et instructive. J’ai l’impression que chaque tome a été meilleur que le précédent et, dans ce troisième, nous avons essayé de passer un cap et de nous attaquer de manière plus frontale à des questions intellectuelles qui étaient surtout en filigrane des deux précédents.
Ceci, bien sûr, en préservant l’humour potache.
AlyssaT3_bassine
J’espère que le résultat vous plaira !

Je vous annonce au passage que Rebecca et moi seront ce weekend au festival Normandiebulle, à Darnétal. J’y dédicacerai également Anasterry.

AlyssaT3_shopping

Et, jusqu’à la fin de la semaine, vous pouvez tenter de gagner un tome 3 via ma page FaceBook, que je vous encourage par ailleurs à suivre car j’y donne plus souvent des nouvelles qu’ici.

AlyssaT3

A bientôt les petits chats et les grands servals !

Madame rêve…

Mot-clef du jour : « vaincre la haine »

Tout commença par une conversation innocente entre humanistes libertaires, gauchistes idéalistes diront certains. On parlait du monde, on parlait des gens, on passait en revue plein de situations absurdes. Un soupir, un sourire… la satisfaction rassurante de se comprendre, entre gens bien informés. La soirée s’éternisa, les invités nous quittèrent les uns après les autres. Restées en tête à tête, nous en vînment à évoquer la condition féminine dans notre beau pays. Et tout bascula :

Moi : …et effectivement, ce ne serait pas plus mal de supprimer le terme « mademoiselle » des formulaires administratifs. D’ailleurs, ça me fait penser…
Interlocutrice : QUOI ???
Moi : Hein ? Quoi, « QUOI ??? » ? Ah, oui. Ben c’est un peu personnel, de demander aux femmes si elles sont mariées.
Interlocutrice : Mais ya pas plus important dans le monde ?
M : Ah ben certes.
I : Non mais franchement, ça me tue, ces féministes hystériques ! Pourquoi elles ne s’occupent pas plutôt des discriminations salariales ?
M : La dernière fois que j’ai vérifié, ils le faisaient.
I : …plutôt que de rameuter la presse pour des conneries !
M : Tu n’as pas l’impression que c’est plutôt la presse qui ne les médiatise que pour les demandes de détail ?
I : Et de toute façon, c’est liberticide, d’interdire le « mademoiselle ».
M : …
I : Moi, j’aime bien qu’on m’appelle « mademoiselle ».
M : Alors, en fait, je peux avoir très mal lu, mais il me semble qu’aucune loi n’a prévu de t’interdire de te faire appeler « madame », « mademoiselle » ou « eh, machine ». Il s’agit juste de lutter contre une intrusion dans la vie privée sur les formulaires administratifs. Et c’est d’autant plus con que, maintenant, des tas de couples ne se marient jamais. Ça ne veut plus rien dire, cette distinction.
I : Ben justement !
M : Justement ?
I : Justement… euh… hein ! Voilà.
M : …
I : Je ne COMPRENDS PAS comment on peut s’énerver sur des trucs aussi STUPIDES !
M : Je… ne te cache pas que moi non plus.
I : Ya d’autres choses plus importantes !
M : Ben, si tu vas par là, tu ne luttes jamais contre rien.
I : Ya plus important, merde ! C’est de l’hystérie !
M : Ça me semble sain de remettre les hommes et les femmes au même niveau, c’est tout. Mais on n’est pas obligés d’en par…
I : Faudrait qu’on soit tous pareils, quoi !
M : Euh… Non, faudrait précisément qu’on accepte le fait qu’on est tous différents, et qu’il n’y a pas de raison de nous regrouper pour nos traiter de manière discriminatoire.
I : Pfff ! « Discriminatoire » ! Les grands mots !
M : Ben… c’est discriminatoire. C’est pas parce que le mot est à la mode…
I : On s’en FOUT, de ça !
M : T’es sure ?
I : Moi, j’aime bien qu’on m’appelle mademoiselle !
M : Non, mais…
I : C’est de l’hystérie !
M : Je…
I : HYSTERIQUE !!
M : Ben…
I : Ya plus important, merde !
M : Oui, oui, c’est s…
I : Et CA, ça passe à la télé !
M : J’avoue que…
I : Les féministes ont pas autre chose à foutre ?!
M : Ils…
I : Ces HYSTERIQUES ?!
M : J…
I : HYSTERIQUES ! HYSTERIQUES ! HYSTERIQUES !

Alors, mon interlocutrice quitta la pièce. Je la suivis pour tenter de lui rendre ses clefs, qu’elle avait oubliées dans sa hâte. Je ne pus la rattraper. Je garde d’elle l’image d’une personne en souffrance, le visage carmin, respirant difficilement, le souffle sifflant : « Hysss… hysss… hysss… » Elle disparut vers l’horizon, laissant derrière elle des effluves de sueur et de parfum bon marché. J’ignore ce qu’elle est devenue.

Il y a quelques mois, les Chiennes de Garde (qui ne sont pas mes copines pour des tas de raisons, mais ce n’est pas la question) et Osez le Féminisme ont demandé, dans un souci de cohérence, la suppression effective du terme « mademoiselle » des formulaires administratifs, en France, comme cela a déjà été fait dans plusieurs autres pays. Elles ont précisé dans la presse que c’était un détail, mais non négligeable, notamment pour favoriser les luttes plus importantes.

Un détail.

Manifestement, pas pour tout le monde.