Archives du mot-clé éducation

La panoplie de parent (râlerie)

Depuis un peu plus d’un an, j’écris chaque mois, dans le Lanfeust Mag, une « râlerie » illustrée par la talentueuse Rebecca Morse. Il m’a fallu un peu de temps pour trouver mon ton, surtout en passant après la merveilleuse Rutile, mais, puisque je commence (1) à être contente de ma vulgarité moraliste et (2) à recevoir des courriers de lecteurs enthousiastes, je me suis dit qu’il était temps de partager la chose.
(La suite des articles sur les fanfictions arrive. Je manque un peu de temps en ce moment).

Râlerie de février 2017

Le terme « vieux con » est souvent utilisé pour désigner des personnes un peu rigides sur les principes et les traditions, un poil ringardes, légèrement chiantes et vaguement moralistes.
Pour moi, il est surtout synonyme de « parent ».

Je ne sais pas si vous vous souvenez bien de votre enfance, et notamment de ces moments où vous vous disiez : « sérieux, jamais, sur la vie de ma reum je fais un truc pareil le jour où j’ai des gamins ! ».
Bon, il faut bien l’avouer, la plupart du temps, vous pensiez ça juste quand un de vos vieux vous demandait (pour la centième fois) de ranger votre merdier, venait gentiment vous chercher devant le lycée et avait le malheur de vous claquer la bise, ou avait la bonté de vous expliquer que non, la pilule ça protège pas du SIDA, déconne pas Stéphanie, surtout déconne pas. Mais, parfois, vos parents étaient réellement, au mieux de gens très maladroits, au pire des sales cons. Par exemple :

  • Lorsqu’ils parlaient de vous à la troisième personne, en votre présence, devant leurs amis (« Tou-jours il laisse traîner ses caleçons sales ! Même qu’une fois, le chien en a ramassé un et l’a déposé sur les genoux de Stéphanie. Oui, la copine de son frère. Celle qu’il aime bieeeen ! »).
  • Lorsqu’ils ne vous écoutaient pas parce qu’il leur fallait terminer de baver comme des crapauds sur une quelconque blanche colombe :

« Et elle m’a dit qu’elle ne viendrait pas à la soirée de Noël, et j’ai rien répondu… »
« Maman ? »
« …mais tu me connais, j’en pensais pas moins. D’ailleurs, heureusement que je me tais parce que, des fois… »
« Maman ! »
« … J’te jure, si je m’écoutais. J’ai pas ma langue dans ma poche, hein. »
« Mamaaaan… »
« Et donc, quand même, j’aurais pu lui rappeler qu’elle était bien contente qu’on lui garde Julien pendant la soirée de Noël. Mais bon, je me suis tue. Faut dire que c’est pas mon genre… »
« MAMAAAAN !!! »
« … De baver sur le dos des gens. Je suis trop sympa, c’est ma croix. ».

  • Lorsqu’ils vous gonflaient dès que vous faisiez une pauvre tache sur un vêtement de toute façon destiné à la machine en fin de journée (surtout si vous étiez une fille).
  • Lorsqu’ils vous trainaient au Louvre pendant tout un après-midi pluvieux quand vous ne rêviez que de boucler Sonic 2 (Team Sega, les mecs).
  • Lorsqu’ils vous forçaient à rester à table pendant des repas de famille déjà chiants à crever pour les plus de vingt ans.
  • Et j’en passe.

On a probablement tous été traumatisés par cette absence d’empathie doublée de principes venus de nulle part, alors j’aimerais bien comprendre pourquoi, pourquoi, POURQUOI NOM DE DIEU la majorité d’entre nous les reproduit dès l’instant où ils ont expulsé le polichinelle du tiroir.
Depuis que je suis mère, je ne compte plus le nombre de conversations, dont j’aurais déjà aimé m’échapper, qui sont en plus interrompues par des « Mamaaan ! Papaaa ! Quand est-ce qu’on y vaaaa ? Mamaaaan ! Papaaaa ! » (MAIS RÉPONDS À TON GNIARD, BORDEL ! IL ARRÊTERA DE NOUS CASSER LES OVAIRES ! ET OUI, TIRE-TOI !!!), le nombre de moments de gêne face à des « T’as perdu ta barrette ? Elle a perdu sa barrette ! Non mais c’est tout elle, ça. C’est Léa » (MAIS « ELLE » EST LA, FOUTRECUL ! À MOINS DE DEUX MÈTRES ! REGARDEZ-LA ! ET ARRÊTEZ DE LEVER LES YEUX AU CIEL EN PRONONÇANT SON NOM ! SÉRIEUX, VOUS ALLEZ LUI EXPLIQUER LES RÈGLES DE POLITESSE, APRÈS CA ?!), et le nombre d’envies de meurtres face à des « Princesse, n’abîme pas ta rooobe » (C’est une GOSSE ! Elle DÉCOUVRE SON CORPS ! Elle DOIT SE DÉPENSER ! Si ça vous défrise qu’elle flingue une sape à cent boules, commencez par la coller en jean quand vous la mettez au parc ! Vous faites votre jogging en dentelles, vous ? C’est pas une FOUTUE POUPÉE, c’est UN ÊTRE HUMAIN !)

Et tiens-toi bien, et fais la bise au monsieur à qui tu pourrais simplement dire bonjour (Vous aimez vous frotter contre des inconnus, vous ?), et ne touche pas les objets dans la boutique (mais QUI ça dérange, sérieux, tant qu’il ne casse rien et ne met pas le dawa ?! Au moins il n’emmerde personne et il découvre des choses !), et tu comprendras quand tu seras plus grand (Vous êtes au courant que vous avez le droit d’avouer que vous avez la flemme de répondre, ou que vous ne savez pas, hein ?), et reste à table, donc (Ah ben oui, tiens ! Emmerde-toi et emmerde-nous au lieu d’aller t’amuser, c’est tellement plus fun pour tout le monde !), et ne cours pas dans le musée (IL N’A RIEN A FOUTRE DANS CE MUSÉE SI CA NE FAIT PAS PARTIE D’UN PLAN MACHIAVÉLIQUE POUR LE DÉGOÛTER DE L’ART A JAMAIS !!!)…

Parents, rappelez-vous que vous avez été des enfants. Et qu’il y avait des comportements que vous ne pouviez LEGITIMENET pas blairer.
Tout comme vous n’êtes pas obligés de vous couper les cheveux, d’arrêter de sortir, de vous maquiller comme des mémés bourgeoises ou de porter des chemises au lieu de t-shirts Star Wars dès que vous vous êtes reproduits, vous n’avez pas à enfiler une panoplie de vieux con.

Commentaires fermés ici. Les discussions éventuelles sont centralisées sur ma page Facebook.