Alyssa tome 3 – La théorie de l’attraction

Mot-clef du jour : « réplique pour casser les gens auteur »

Hello les petits loups et les grands coyotes !

Aujourd’hui est un grand jour, celui de la sortie du tome 3 d’Alyssa. Il se nomme La théorie de l’attraction, et parle de voyages, de linguistique, de militantisme, de sciences humaines, de ‎féminisme‬, de ‪geocaching‬, de ‪Doctor Who‬, de poux et de sitcoms.

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AlyssaT3_DoctorWhoQuand j’ai commencé à travailler sur cette bd, je n’avais jamais écrit le moindre texte humoristique. Il y a bien toujours un peu de blagounette dans mes bouquins, parce que, même dans les moments les plus noirs, l’humour fait partie de la vie, et j’aime les traitement réalistes plus que les conventions de genre. Reste que mon univers est plus fait d’histoires d’amour compliquées, de société vilaine avec ses éléments décalés, voir de zombies, de monstres et de meurtres sanglants, et je n’aurais probablement jamais tenté la comédie pure si je n’avais pas eu l’idée du concept d’Alyssa, à savoir « une ado HQI infiltrée chez les ados normaux, qui se rend compte que la plupart des gens se sentent aussi décalés qu’elle et qu’on ne peut pas se définir juste par sa spécificité » (et qui, aussi, essaie de construire des trucs qui ne marchent pas, fait des expériences sur son chien, tente de survivre aux virées shopping et drague comme une quiche).
Cette série a été extrêmement formatrice pour moi. C’était la première fois que je m’éloignais de ma zone de confort et, avec ma talentueuse dessinatrice Rebecca Morse et ma merveilleuse éditrice Audrey Alwett, je crois que nous avons réussi à créer une série à la fois grand public et intelligente, potache avec du fond, farce et instructive. J’ai l’impression que chaque tome a été meilleur que le précédent et, dans ce troisième, nous avons essayé de passer un cap et de nous attaquer de manière plus frontale à des questions intellectuelles qui étaient surtout en filigrane des deux précédents.
Ceci, bien sûr, en préservant l’humour potache.
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J’espère que le résultat vous plaira !

Je vous annonce au passage que Rebecca et moi seront ce weekend au festival Normandiebulle, à Darnétal. J’y dédicacerai également Anasterry.

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Et, jusqu’à la fin de la semaine, vous pouvez tenter de gagner un tome 3 via ma page FaceBook, que je vous encourage par ailleurs à suivre car j’y donne plus souvent des nouvelles qu’ici.

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A bientôt les petits chats et les grands servals !

Premier roman, fantasy, jeux concours et innovation

Mot-clef du jour : « couverture facebook pacman »

Aujourd’hui est un grand jour.

Enfin… Avant-hier était un grand jour, mais c’est aujourd’hui que je communique dessus pour des raisons techniques.

Le 1er juillet 2015 est sorti mon premier roman.

Anasterry_C1_300Il s’appelle Anasterry, c’est de la fantasy plutôt « dark fantasy » qui exploite un univers en cinq tomes indépendants, il est beau, bon, pas cher, et c’est un peu le début du projet de ma vie, mais je vous en dirai plus dans 2 minutes, parce que, d’abord, je dois vous parler du concept.

Le Label BAD WOLF, créé à l’initiative d’Audrey Alwett, est un regroupement d’auteurs indépendants qui se veut à la fois une garantie de qualité littéraire et une ligne éditoriale : la fantasy pour adultes, dans toute sa variété. Les trois premiers livres, par Audrey Alwett, Christophe Arleston et moi-même, sont donc sortis ce 1er juillet, d’abord en exclusivité Amazon pour le numérique, et en impression à la demande.

Et, ami lecteur, leur lecture te permettra de gagner des bouquins, ainsi qu’un original de Didier Tarquin.

Alors, maintenant, les questions que tout le monde se pose.

Pourquoi l’auto-édition ? 

Pour plein de raisons, au nombre desquelles, j’en vois certains venir, ne figure pas le refus d’un éditeur traditionnel. Pour l’instant, aucun d’entre nous n’a proposé son livre à une maison d’édition. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous avions envie de tenter cette alternative, qu’elle constitue une solution définitive ou une première étape.

En roman, contrairement à la situation en bande dessinée, il est rare de percevoir une avance sur les droits d’auteur. En pratique, cela signifie que nous ne sommes pas payés pour écrire un ouvrage qui demande, en moyenne, une grosse année de travail. Avec ce label, nous ne bénéficions pas de la promotion effectuée par un éditeur mais nous récoltons directement les bénéfices de notre dur et solitaire labeur, ça fait toujours plaisir.

De plus, cette première étape ne nous coupe pas des circuits classiques : de la même façon que le poche constitue une seconde sortie du livre grand format, rien ne nous empêche d’avoir une première sortie en numérique et une autre en format papier, avec une maison d’édition.

C’est aussi une grande liberté, qui nous a permis d’inclure, dans chaque livre, trois jeux littéraires permettant chacun de gagner un album de bd et, pour les lecteurs des trois ouvrage, un autre doté d’une belle récompense : un original de Didier Tarquin !Souper_C1_300

Ajoutez à cela la motivation que procure le fait de maîtriser l’existence de notre livre et le plaisir de recueillir les réactions des lecteurs en direct, et vous comprendrez pourquoi cette innovation nous a motivés.

Bad Wolf, à terme, ça peut être une porte d’entrée vers le monde professionnel pour de jeunes auteurs, une alternative pour les confirmés et un label qualité pour les lecteurs.

C’est aussi une première française (et peut-être bien une première mondiale).

Pourquoi Amazon ?

Parce qu’à ce jour, ils sont les seuls à offrir un panel de solutions aussi intéressantes financièrement et artistiquement aux auteurs indépendants. Et parce qu’ils étaient intéressés par le concept et désireux de nous aider.

Nous restons donc indépendants pour l’édition papier mais leur avons confié, dans un premier temps, l’exclusivité de nos ventes numériques.

PoisonKatharz_C1_300Pourquoi la fantasy ?

Parce qu’on aime la fantasy. Parce qu’on aime tout particulièrement la fantasy adulte un peu littéraire. Parce qu’on s’est retrouvés par hasard à en faire tous en même temps et qu’on s’est dit : « vogue la galère ! »

Y aura-t-il d’autres romans ?

C’est l’idée ! Comme en témoigne le soin que nous avons approrté à afficher notre singularité (homogénéité des couvertures créées par Gaelle Merlini et, pour la mienne, la collaboration de Marianna Riefolo, logo dessiné par Pierô la lune…) Nous voulons faire de Bad Wolf une expérience sur le long terme ! Dans moins de six mois, deux ou trois auteurs devraient nous rejoindre, et d’autres encore par la suite, nous permettant d’élargir nos publications à tous les styles de fantasy.

J’ai écrit l’oeuvre du siècle ! Je peux vous rejoindre ?

La prochaine fournée est a priori plus ou moins complète, mais nous examinons déjà d’autres romans. Pour envoyer le vôtre : labelbadwolf[at]gmail.com
Rappelez-vous juste que, pour l’instant, nous nous concentrons uniquement sur la fantasy adulte.


Trois romans sont disponibles à ce jour, au prix fixe de 3,99 € en numérique et 17,50 € le format papier :

lestroisromans_300Le Souper des Maléfices, de Christophe Arleston
Les Poisons de Katharz, d’Audrey Alwett
Anasterry, d’Isabelle Bauthian (oui, je parle de moi à la troisième personne si ça me permet d’améliorer ma présentation).

Jamais un livre n’a autant compté pour moi, alors je vous serai infiniment reconnaissante si vous vouliez bien l’acheter, l’offrir et en faire la promotion. Egalement, si vous l’avez aimé, d’ajouter un petit commentaire sur Amazon, Babelio, Book.Node et/ou autre site spécialisé car, en auto-édition, le bouche à oreilles compte énormément.

Voici le synopsis :

Rien ne saurait ébranler Anasterry, la plus riche, intellectuelle et libertaire baronnie de Civilisation, qui place la maîtrise de soi au rang de vertu suprême. Rien… sauf peut-être un défi de gamins.
Quand Renaldo, fils du baron de Montès, et son meilleur ami Thélban Acremont, entreprennent, pour séduire une jeune fille, de trouver la faille de cette utopie, ils ignorent qu’ils vont déterrer de sombres secrets. Et les secrets des puissants ne leur appartiennent pas.
Quels sont ces monstres découverts dans les marais ? En quoi sont-ils liés à la tolérance d’Anasterry pour ces mi-hommes que, partout ailleurs, on opprime jusqu’à les réduire en esclavage ? Après trente ans de paix, Civilisation risque-t-elle d’être si facilement bouleversée ? Pour réparer ses erreurs, Renaldo va devoir choisir entre son patriotisme, sa fidélité amicale, ses idéaux héroïques et ses simples responsabilités d’homme libre.
Une aventure de dark fantasy politique et sensible, portée par des personnages d’une grande humanité.

Et, comme je vous aime d’amour, un extrait du premier chapitre :

Montès. An 4 du règne de Kolban le roux.

La première fois que Renaldo Jago Badiare de Montès assista à une mise à mort, il avait six ans et demi. Son frère, Deloncio, en avait neuf, et il avait souhaité manier la hache. Leur mère avait fermement désapprouvé cette initiative. Le condamné était un mi-homme pouilleux sans éducation et il était hors de question que son aîné, l’héritier de la baronnie, lui fasse un tel honneur public. Deloncio avait insisté, c’est-à-dire qu’il avait râlé, boudé, puis hurlé qu’il était l’offensé (le coupable avait dérobé une broche à la fille de l’un de ses serviteurs), qu’il était donc en droit, peut-être même en devoir de désigner l’exécuteur de la sentence, qu’il avait presque dix ans, que c’était l’occasion de verser son premier sang et que si la famille du voleur osait seulement se vanter d’avoir perdu leur rejeton de ses mains, il saurait, de toute façon, leur faire rentrer leur prétention dans la gorge.
Diema Reor de Sanzano, baronne de Montès, plissa le nez et une fine veine apparut le long de sa tempe gauche. Elle dit :
– J’en parlerai à ton père.
Ce qui était généralement de mauvais augure pour les projets des enfants. Mais, contre toute attente, le baron Jago de Montès tint tête à son épouse. Les arguments de Deloncio, bien que formulés sur un ton regrettable, faisaient sens. Il était grand et fort pour son âge, avait déjà prouvé sa tolérance à la violence et son respect des devoirs, et il était temps que les citoyens de Montès le connaissent pour autre chose que son esprit bagarreur et sa propension à chicaner le bon peuple. Diema s’était inclinée, au propre comme au figuré, devant son baron. Elle avait dit :
– Soit.
et quitté la pièce. Même Deloncio n’avait pas osé manifester sa satisfaction. Après que tension fut retombée, Renaldo avait demandé à son frère si l’offensée n’était pas plutôt la propriétaire de la broche, dont on aurait pu s’enquérir de l’avis quant à la désignation du bourreau. Deloncio l’avait giflé du revers de la main, le mettant à terre, et de petites lumières avaient dansé devant ses yeux jusqu’au soir. Il n’avait pas signalé l’incident à ses parents. Son père aurait sans doute pardonné sa faiblesse mais sa mère, après avoir sévèrement puni son aîné, lui aurait probablement administré une nouvelle correction pour lui apprendre tant à encaisser les attaques qu’à cesser de cafarder. Les lumières avaient finalement disparu, démontrant la vanité de son inquiétude. Il avait hâte, tout de même, d’être assez fort pour rendre les coups à son frère et faire lui aussi honneur à son nom.

Le jour de l’exécution, le soleil brillait dans le ciel et nimbait la lice de la citadelle d’une chaleur suffocante, même pour un été de Montès. Les nobles et leurs gens transpiraient dans leurs habits de cérémonie, et il émanait du peuple une odeur rance qui prenait au nez et à la gorge. Les émetteurs des effluves en souffraient eux-mêmes et, petit à petit, une rumeur se fit entendre, incriminant la présence des nombreux mi-hommes. Diema, dans la riche robe violette qu’elle réservait aux évènements les plus graves, dissimula sa bouche derrière son éventail assorti et murmura quelques mots à l’oreille du Sieur de Revinsio, le responsable de la sécurité. Ce dernier quitta l’esplanade destinée aux hauts dignitaires et disparut dans la foule. Quelques minutes plus tard, des soldats en livrée pourpre se déployaient dans l’assistance. Ils s’adressèrent brièvement aux grandes-gueules et la rumeur s’éteignit doucement.
– C’est idiot de dire que les mi-hommes puent, ma mère, affirma Renaldo histoire de participer au moins à une discussion. Tout le monde sait qu’ils sont sans odeur.
– Sottise, répondit négligemment Diema sans quitter la foule des yeux.
Jago se pencha alors vers son cadet et lui caressa les cheveux.
– Seules les fées n’avaient pas d’odeur, fils. Elles étaient d’humeur sèche et leur peau supportait mal la chaleur. C’est la raison pour laquelle elles se couvraient d’étoffes. Mais le condamné est un Métis, comme la plupart de nos affranchis.
Il se tourna vers sa femme et ajouta :
– Il serait temps que Cesano l’emmène sur le terrain.
– Je le lui dirai, répondit Diema. Ça pourra remplacer les leçons de vieux Malardien. Renaldo n’y fait aucun progrès et n’y a pas d’urgence à apprendre une langue morte d’un pays disparu.
Renaldo aimait bien les leçons de Malardien car, même s’il ne retenait pas la grammaire, elles reposaient sur des légendes passionnantes. Mais ses parents savaient ce qu’ils faisaient. Déçu de ne pas être parvenu à émettre une opinion intéressante, il reporta son regard sur l’estrade où, selon la coutume, le supplicié attendait, vêtu d’une toge grise, le visage couvert d’un voile. L’officier de cérémonie lui parla brièvement. Les deux hommes échangèrent quelques hochements de tête, suite à quoi l’officier s’adressa à la foule :
– Le coupable exprime le désir de confronter son bourreau.
De nombreuses voix s’élevèrent, générant une rumeur excitée et indistincte d’où émergeaient quelques insultes et applaudissements. Au bout d’une vingtaine de secondes, le baron de Montès se leva et fit de la main un geste agacé qui réduisit rapidement l’assemblée au silence.
– Qu’on y réponde, dit-il alors, selon la formule consacrée.
L’officier de cérémonie retira donc la capuche sous les cris réitérés de la foule, dévoilant un visage dont les ecchymoses ne parvenaient pas à effacer la bizarrerie des traits. La peau était brune, comme celles de Renaldo et de la plupart des citoyens de Montès. Mais elle était couverte de taches rose pâle, et ses yeux si rapprochés donnaient l’illusion d’un strabisme malgré leurs pupilles parfaitement centrées. Le regard était vif et perçant et Renaldo dut se forcer à le soutenir, alors même que l’attention du mi-homme n’était pas portée sur lui. Il observait le couloir reliant le bûcher à la porte sud, qui s’ouvrit soudain. Deloncio la franchit, sous les bravos et les applaudissements des animateurs, bientôt suivis par ceux du peuple.

Le garçon marcha jusqu’à l’estrade, droit et fier, un digne sourire aux lèvres. Bien qu’il fût plus petit que la plupart des personnes qui se massaient derrière les barrières dans l’espoir de sentir le souffle de l’air déplacé par son cheminement, bien que le sobre uniforme ait dû être ajusté à la va-vite pour épouser son corps d’enfant, sa présence à ce poste semblait parfaitement naturelle. Il toucha quelques mains tendues vers lui et distribua des paroles amicales avant de gravir les cinq marches menant au billot, sur lequel on avait attaché la tête du voleur dans l’indifférence générale.
Sans façon, il passa sa cape à l’officier de cérémonie qui la plia, puis la confia à un page et s’adressa à la foule :
– Garan, fils de Häne, de père inconnu. demi-homme, affranchi, servant aux cuisines de l’Illustre et Glorieuse citadelle de Montès, a été déclaré coupable de vol à l’encontre de la demoiselle Felana Ansine de Panale, fille de Daberto Padlio de Panale, maître de soupe, et de Rona Aura de Milles. Il a reconnu les faits, sous le témoignage du comité d’interrogations de la première province de Montès. Deloncio Jado Badiare de Montès, fils de notre Illustre et Glorieux baron, sans sa grande bienveillance, a accepté d’exécuter la sentence. Qu’il en soit ainsi et que la Terre Mère accueille l’âme funeste du fauteur en son sein.
– Que la Terre Mère l’accueille, répondit la foule.
Renaldo, tout à sa contemplation du mi-homme, n’eut le temps que de marmonner « …Mère l’accueille » à toute vitesse pour rattraper les autres, mais ni son père ni sa mère ne relevèrent sa maladresse. Il lui sembla que Diema n’avait d’ailleurs pas répété la formule. Elle ne quittait pas des yeux Deloncio, qui tendait maintenant les bras vers la lourde hache que l’officier de cérémonie lui présentait. Quand il la saisit sans la lâcher, elle laissa échapper un soupir de soulagement, puis se mordit la lèvre, probablement agacée d’avoir dévoilé son inquiétude.
Renaldo observa avec incrédulité son grand frère, avec qui il avait joué, et jouait parfois encore, à saute-la-butte, balle-au-pied et perce-au-bond, récoltant autant de cocards que de fous rires, soulever l’arme plus haute que lui, bander ses jeunes mais déjà larges muscles, trembler légèrement, mais ajuster sa visée avant de faire retomber la lame sur le cou moucheté. La foule émit un « aaaah » d’appréciation quand la tête se détacha du corps, mais elle ne chut pas. Quelque chose la retenait et, alors que le sang inondait le visage du supplicié, Renaldo vit distinctement un œil cligner et la bouche s’ouvrir et se refermer dans une tentative d’inspiration ou de cri qui se transforma en glouglous dégoûtants.
La foule fit « oooh ».
Deloncio baissa les yeux sur sa victime et constata qu’il avait raté son coup.
Renaldo déglutit. On lui avait expliqué que, lors des exécutions, les têtes tombaient dans un seau et les troncs étaient rapidement balancés dans une litière remplie de sciure, à l’abri des regards. La seule fois qu’il avait vu une décapitation de près, il s’était agi d’un poulet. Il réalisa avec fascination que la quantité de sang contenue dans un corps humain n’avait aucun rapport avec celle que renfermait celui d’un volatile. Chaque battement du cœur du malheureux, chaque convulsion et chaque mouvement désespéré de ses bras tachaient un peu plus l’estrade, menaçant les bottes des officiels qui s’y tenaient. Quelqu’un vomit non loin de la plateforme. Renaldo sentit l’odeur acide de repas de mauvaise qualité et plissa le nez. Des rires s’élevèrent pour moquer l’ami à l’estomac fragile, se mêlant à ceux, nerveux, de plusieurs membres de l’assistance. Un cri de rage se fit entendre dans un groupe de mi-hommes et Renaldo vit les soldats serrer de près les affranchis.
– Terre Mère ! jura doucement Diema en levant les yeux au ciel.
L’officier de cérémonie fit un pas en direction de Deloncio mais celui-ci, sans céder à la panique, brandit de nouveau la hache et l’abattit au même endroit. La tête pencha, résista encore un peu. Le garçon relevait une nouvelle fois son arme, ses jeunes muscles fatigués tremblant sous l’effort, quand elle se détacha enfin et tomba dans le seau.
Quelques secondes s’écoulèrent, durant lesquelles Renaldo vit ses parents jeter de discrets coups d’œil à la foule, à leurs hommes et aux affranchis scandalisés. Mais les soldats se déployèrent efficacement, les animateurs lancèrent quelques « chhhhht » vite repris par leurs voisins et, petit à petit, les clameurs s’étouffèrent. Le baron et la baronne se détendirent, Jago se leva et échangea un regard avec son aîné, par-dessus la foule. Du sang était tombé de la hache quand le garçon l’avait soulevée pour la deuxième fois, tachant son front, sa joue droite et le tissu sur son épaule de quelques perles rouges. Il sourit calmement mais Renaldo, qui le connaissait bien, ressentit sa fierté. Il sourit à son tour, vaguement gêné, mais gagné malgré lui par la satisfaction communicative de son frère. Il adressa un grand air ravi à sa mère avant de remarquer son regard courroucé. Jago leva de nouveau la main et le silence se fit.
– Justice est rendue, dit-il.
Alors, Deloncio rassembla ses dernières forces et brandit la hache au dessus de sa tête, ignorant la tension dans ses muscles et les gouttes de sang qui perlaient maintenant sur son poignet et glissaient dans sa manche. Il sourit cette fois à la foule et un tonnerre d’applaudissements s’éleva, qu’il accueillit avec un sourire de bienheureux, d’une sincérité dont seuls semblent capables les enfants innocents.

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Retour d’Outretombe

Mot-clef du jour : « la vie privée d’une célébrité »

Il y a de l’écho, ici, vous ne trouvez pas ?

Il faut dire que j’ai été « légèrement » occupée ces derniers mois : travail intense sur le tome 3 d’Alyssa, bouclage d’un gros projet dont je vous parlerai très bientôt, lancement de deux chouettes commandes de bd, mise en place de quelque chose d’assez colossal à réaliser avec Anne-Catherine Ott (chht, c’est secret) et… tournage d’un film.

Comme ceux qui suivent le savent peut-être, j’ai eu la chance, le plaisir, la fatigue et le stress de jouer dans le premier long-métrage francophone en un seul plan-séquence (on dit « action ! » et on tourne d’une traite pendant 1h30). Ça s’appelle Maintenant, c’est une histoire d’amour et de secrets de famille écrite et réalisée par Michael Castellanet (qui joue aussi dedans), et c’est avec les formidables Jean-Claude Dreyfus, Brice Tripard et Olivia Algazi. Nous entamons actuellement la post-production et la recherche de distributeur.
Vous pouvez voir plein de magnifiques (sisi) photos de tournage sur la page FaceBook officielle du film.

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Vous comprendrez donc que ce site sente un peu le moisi, mais je reviens aujourd’hui pour ouvrir les fenêtres. Nouvelles dédicaces annoncées dans la colonne de droite, bibliographie en cours de mise à jour et, bientôt… de passionnantes nouvelles !

Rappel

Mot-clef du jour : « j’ai ma vie d’adulte »

Suite à la Marche des auteurs de bandes dessinées au festival d’Angoulême, je me suis dit que c’était l’occasion de donner une seconde vie à ce texte que j’avais écris il y a déjà six mois (six mois qu’on nous balade alors que nous ne demandons qu’une concertation à propos des modalités d’une réforme que nous acceptons par ailleurs) pour Le Plus du Nouvel Obs.

Je suis scénariste de bandes dessinées depuis 2005. Après quelques succès d’estime, je travaille sur une série grand public, bien défendue par mon éditeur. Aujourd’hui, avec deux enfants à charge et un conjoint à temps partiel, je gagne l’équivalent de 950 euros par mois.

Pourtant, ma situation n’est pas la pire parmi mes collègues. Nous subissons largement précarité et pauvreté. Seule la distance séparant l’épée de Damoclès de nos nuques varie. Mais on s’habitue. On apprend à vivre en oubliant jusqu’au souvenir des moments de sérénité.

Contrairement à d’autres travailleurs pauvres, nous exerçons un métier-passion. C’est une chance et une richesse que nous n’aurons jamais l’indécence de réfuter.
Je ne me plains pas, donc.
Et je suis débrouillarde : jamais d’emprunt, jamais de découvert… Je parviens même, en sacrifiant ma vie sociale, à mettre parfois quelques dizaines d’euros de côté.
En opposition à l’imagerie populaire qui se plaît à dépeindre les artistes comme de grands enfants rêveurs, ce métier nécessite beaucoup de rigueur et un profond sens des réalités.

Il y a deux ans, mon conjoint a soudainement perdu son travail. J’ai utilisé mon maigre réseau dans le but de décrocher, en urgence, de nouveaux contrats.
Le fort relais de mon annonce m’a fait prendre conscience que je n’étais pas seule. Que tous ces gens qui partageaient ma demande étaient motivés, outre par la volonté d’aider, par la peur.
« Demain, ça pourrait être moi », m’ont-ils avoué.
Nous nous serrions les coudes, toujours sans nous plaindre. Métier passion.

L’année dernière, je me suis tout de même permis d’interpeller Mme Filippetti quant à l’optimisme malsain de ses propos au Festival d’Angoulême.
En effet, comment pouvait-on affirmer sans trembler la bonne santé d’un secteur dont le premier maillon, les auteurs professionnels (sur lesquels repose au bas mot 80% de l’économie du livre, un domaine qui génère 80 000 emplois) gagne à peine de quoi se loger et se nourrir ?
J’ai manifesté mon incompréhension, j’ai déballé sans pudeur ma situation personnelle, recevant les promesses rassurantes de son chef adjoint de cabinet et le mépris de son conseiller en communication.
Je ne me suis pas plainte. Métier passion.

Aujourd’hui, le RAAP, l’organisme chargé de gérer notre retraite complémentaire, a décidé de passer d’un système de cotisations par tranches à un calcul en pourcentage de nos revenus. Sans concertation ni étude d’impact sur notre niveau de vie, ce taux a été fixé à 8%.
8%. Un douzième.
Un mois de revenus en moins pour une profession dont l’immense majorité des actifs ne gagne même pas le SMIC pour des journées de 10 à 15 heures de travail, week-ends compris.

Je ne pourrai pas payer.
La retraite complémentaire est un progrès social. Même si, comme beaucoup d’indépendants, nous ne nourrissons que peu d’illusions quant à ce qu’elle nous rapportera vraiment, nous jouons le jeu. Par solidarité.
Et un système proportionnel aux revenus nous semble juste. Mais ce taux ubuesque tuera la plupart d’entre nous. Je ne serai ni la première ni la dernière à tomber.

Métier passion ?

 

Nous payions déjà un lourd tribut pour avoir eu le courage et la chance de l’exercer. Nous n’aurions jamais imaginé que la mise à mort viendrait d’un organisme censé protéger nos intérêts.

 

Plus de 1000 auteurs de BD (sur environ 1500 professionnels) ont, à ce jour, signé une lettre ouverte à la ministre de la Culture. 
Le 26 juin, une délégation de notre syndicat sera reçue au ministère. Nous voulons un abaissement de ces prélèvements, un étalement de la réforme, un peu de sang froid et de rationalité…
Depuis une semaine, de nombreux auteurs d’autres secteurs du livre nous rejoignent. Nous nous fédérons afin de sauver nos emplois, nos existences, notre avenir.

 

Si cette réforme est malgré tout ratifiée, demain, seuls les plus riches d’entre nous pourront se permettre de continuer. A quoi ressemblera cette nouvelle production ?

 

Je me plains, donc.

 

Et, entre un soupir inquiet quant à l’avenir artistique de ma profession et une recherche d’emploi qui m’apprend que je suis surqualifiée/surdiplômée pour tout travail alimentaire, je me demande si, en 2016, les personnes supposées assurer ma sécurité vont, avec la complicité de l’État, me mettre à la rue avec mes gosses.

« Je veux l’avoir, et je l’aurai »

Mot-clef du jour : « bd toilettes »

En ce moment, en plus de tenter de financer un long métrage, de prospecter pour travailler régulièrement en tant que traductrice anglais >> français, de ré-écrire mon roman pour un super projet avec d’autres auteurs, de bosser sur un concept de bd dont je ne peux rien dire mais vous verrez ça va déchirer, et d’avancer le scénario d’Ayssa, je me démène, avec Anne-Catherine Ott et un co-traducteur bilingue masqué, à adapter les trois tomes de Havre en anglais.

Oui, mes cocos, on tente l’Amérique, avec un éditeur traditionnel ou en auto-édition, on verra, mais on tente.

Et figurez-vous que c’est un peu de boulot parce que c’est moi qui me charge de la traduction. Eh ouais. 20000 mots, entre discussions politiques soutenues, palanquées d’argot et idiomes de djeunz, vers une langue qui n’est pas ma langue maternelle ! D’où la présence de mon co-traducteur/correcteur d’amour, qui est beau, grand et sent bon, qu’il soit remercié jusqu’à la fin des temps. Mine de rien, je suis assez fière de moi : après quelques tâtonnements sur le tome 1 (pas tant que ça me dit le co-traducteur masqué, mais c’est un gentil), j’ai quand même bien assuré. Au point que je songe de plus en plus à me lancer sur quelques projets directement en anglais.

Bref. Voici quelques exemples de ce que ça va donner pour le tome 1 (ne faites pas attention aux variations de couleurs).

Havre1_1

Haven1_1

Havre1_2

Haven1_2

Havre1_4

Haven1_4

Comme vous pourrez le constater, il y a aussi quelques retouches de dessin :

Havre1_6  Haven1_6

Havre1_3Haven1_3 Havre1_5

Haven1_5Il me reste encore quelques retouches de texte à faire en français (parce qu’on aimerait tenter l’Amérique sans laisser tomber la France).

En tout cas, j’espère que ça vous plait. Et, un jour, je vous parlerai peut-être de la difficulté à traduire des jurons en anglais en s’interdisant toute référence chrétienne.

 

Et après ça, je continue de la fermer.

Mot-clef du jour : « cette année j’ai pas été classe, je me suis comportée comme une chaudass »

J’emmerde les bigots qui demandent à des non-croyants de respecter les traditions des croyants.
J’emmerde les tièdes qui pensent qu’il faudrait faire preuve d’égards pour la superstition alors que c’est tolérable d’insulter la raison.
J’emmerde les naïfs privilégiés qui ne pigent pas qu’on ne vit pas dans un délicieux monde rationnel, et que se foutre de la gueule de personnes qui s’en prennent déjà plein la tronche au quotidien, ça fait plus de mal que de se payer celles des hommes blancs hétérosexuels de classe moyenne supérieure.
J’emmerde les lâches qui se réfugient derrière Desproges pour insulter leurs camarades sous couvert de droit à l’humour (pour info, le « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » signifiait précisément que la blague devrait être contextualisée).
J’emmerde les incultes qui disent « c’est du second degré » sans connaître la définition de « second degré ».
J’emmerde les bas du front qui mettent des gens tenant parfois des propos maladroits et irrévérencieux envers les minorités dans le même sac que les cadres du FN.
J’emmerde les malhonnêtes qui râlent qu’on n’a pas fait de marche pour le massacre au Nigeria. A moins bien-sûr qu’ils ne pleurent la mort de mon voisin de pallier autant que celle de leur père, leur fils ou leur petite sœur.
J’emmerde les médias voyeurs qui ont à peine couvert le massacre au Nigéria, trop occupés à montrer en direct la position des snipers aux preneurs d’otages (Voici un exemple de moquerie au « premier degré »).
J’emmerde les désespérants imbéciles qui ont insulté les personnes présentes à la marche de dimanche ou les personnes qui en étaient absentes. (Dans un contexte de lutte pour la liberté de parler et d’agir, chapeau, les gars ! (Voici un exemple de moquerie au « second degré »)).
J’emmerde les monstres de prétention qui prétendent parler au nom de Dieu.
J’emmerde les ânes bâtés qui ignorent que la laïcité n’interdit pas de manifester sa foi, elle protège ce droit pour tous.
J’emmerde les dégueulasses qui ont déjà créé le « Point Charlie » parce qu’ils n’aiment pas qu’on leur suggère de se taire quand leur humour est blessant et naze.
J’emmerde les fragiles égoïstes qui hurlent « on ne peut plus rien dire » alors qu’ils sont payés des blindes pour déverser leurs insultes à la téloche mais n’ont pas les épaules pour supporter qu’on n’adhère pas à leurs propos.
J’emmerde les simplets qui hurlent au racisme dès qu’on remet en question certains aspects de l’islam.
J’emmerde les aveugles qui minimisent la responsabilité collective quand de jeunes français se transforment en terroristes.
J’emmerde les CAP-gauchisme qui résument ça à « c’est la faute au capitalisme ».
J’emmerde, enfin, les perfides qui refusent d’admettre que la liberté d’expression permet de ne pas aller en taule pour ses idées, mais n’oblige personne à les écouter.
J’emmerde tous ceux qui se sentent obligés de toujours l’ouvrir sous prétexte qu’ils en ont le droit.

Depuis quelques jours, j’emmerde à peu près tout mon entourage. Et, pour éviter de tomber dans les travers précités, j’ai pas mal fermé ma gueule. Mais, aujourd’hui, j’admire, le courage, l’humanisme, l’intelligence et la justesse des survivants de Charlie Hebdo pour cette magnifique couverture.

laune

Et j’avais envie de le dire, même si ça fait un peu Bisounours. Parce que, malgré les récupérations politiques, malgré les alliés ubuesques d’un soir, malgré les pleurnicheries télévisuelles, malgré la culture de la peur qui réinvestit les médias après cette parenthèse fraternelle, je me dis que, même si je suis bien loin d’adhérer à tout ce qui fait ce mystérieux « Esprit Charlie », l’espoir sera toujours permis tant qu’il restera des gens pourvus de ces qualités.

Mon projet de film est sur Ulule ! Et ce sera le premier long métrage francophone en un seul plan séquence. Et avec Jean-Claude Dreyfus. Eh ouais !

Mot-clef du jour : « les plus beau garcons en france »

En fait, il y est même depuis 15 jours mais, comme j’ai un peu harcelé mes contacts FaceBook  avec ça, et que mes notes de blog sont publiées sur FaceBook, je voulais attendre un peu pour poster ici.

Et puis, la campagne a bien démarré : 1/3 du premier pallier en deux jours, 80% en un peu plus d’une semaine, pas un seul jour sans ne serait-ce qu’un petit don… Là, il ne nous manque plus que 210€ pour atteindre cet objectif minimum.

L’objectif à partir duquel on peut, entre cette campagne, quelques aides et un peu de « love money », tourner en se serrant la ceinture.

Et on commence à se demander si on ne peut pas viser plus haut.

En réalité, on l’avait prévu dès le début : à 5000€ on investit dans plus de matériel pour se faciliter énormément les conditions de tournage… A 11000€ on a une BO dédiée, par l’Orkestar Salijevic, interprètes d’Underground, d’Emir Kusturica !

Et à 15000€, on peut vraiment envisager de grandes choses : une équipe plus conséquente, une meilleure rémunération des artistes et techniciens qui sont pour l’instant au minimum syndical, l’inscription aux plus grands festivals…

Ce film, c’est pour mon conjoint acteur réalisateur et moi, l’aboutissement de près de 10 ans de travail.
10 ans de galères, avec deux projets acceptés par des productions, des acteurs renommés au casting, et un échec face au mur des financiers. Pas assez manichéen, pas assez familial, pas assez « premier film ».
10 ans de bataille contre l’omerta d’un milieu qui rejette de toute sa puissance ceux qui ne sont pas des enfants de la balle.
10 ans qui ont plusieurs fois failli nous détruire, mais sans jamais y parvenir.
Parce qu’on ne veut pas être des stars, on ne veut pas de paillettes et de glamour.
On veut faire notre métier.
Et personne ne nous en empêchera.

Aujourd’hui, on peut enfin l’affirmer : ce film se tournera.

On espère qu’il sera distribué. Que les gens en parleront autour d’eux. Qu’ils apprécieront le challenge que constitue 1h30 de film en temps réel sans la moindre coupe, mais qu’ils verront également que ce défi n’est pas juste là pour tenter le buzz. Qu’il est au service de l’histoire, et que c’est un putain de bon scénario, avec des acteurs formidables.

On va faire un très bon film.

Et, du coup, j’écris ce message pour deux raisons :

– Vous demander, amis lecteurs, de jeter un oeil à la page du film. D’y mettre quelques sous si ça vous tente, même une mini-somme (vous ne serez pas les premiers et on remercie de tout cœur TOUS nos contributeurs), d’en parler autour de vous.

Remercier chaleureusement tous ceux qui nous ont aidés jusque là.

Il nous reste 74 jours pour espérer approcher les 10 000€. Ca peut paraître beaucoup, mais, en crowdfunding comme ailleurs, c’est le succès qui appelle le succès.

Et notre premier pallier de 3000€ atteint pour Noël, ce serait un chouette succès, non ?

Plus que 210€ pour ça.

Vous nous aidez ?

Très bonnes fêtes à vous.

Les dix pièges dans lesquels nous tombons tous lorsque nous essayons d’interpréter des résultats de recherche (traduction)

Mot-clef du jour : « que veut dire « prendre tout au premier degré » »

Article original de Will J Grant et Rod Lamberts, publié le 2 octobre 2014 sur The Conversation et IFLScience.

COMPRENDRE LA RECHERCHE
Qu’entend-on exactement par « recherche » et comment cette dernière nous aide-t-elle à améliorer notre compréhension des choses ? Appréhender ce qui ressort d’une nouvelle découverte peut s’avérer complexe. Passons donc en revue quelques méprises communes.

Avez-vous déjà essayé d’interpréter des résultats scientifiques récents, de saisir ce qu’ils signifiaient dans un contexte global ?
Peut-être êtes-vous très intelligents et n’avez-vous jamais commis d’erreur. Mais il est plus probable que, comme la plupart des gens, vous soyez parfois tombés dans un de ces dix pièges :

1. Eh oh ! Ce n’est jamais qu’une seule étude !

Il ne vous viendrait pas à l’idée de juger l’ensemble des vieux messieurs en vous basant uniquement sur Rolf Harris* ou Nelson Mandela. De même, vous ne devriez pas statuer sur un sujet entier en vous reposant sur une seule étude.

Si vous le faites délibérément, on appelle ça une sélection malhonnête (cherry picking). Si c’est involontaire, vous sombrez dans la généralisation abusive (exception fallacy).

Un excellent exemple très connu de ces deux biais est le prétendu lien, largement infirmé, entre le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) et l’autisme.

Les personnes qui acceptent aveuglément les résultats de la publication (maintenant retirée) d’Andrew Wakefield (alors que toutes les autres études les ont démentis) sont dans la généralisation abusive. Ceux qui les ont volontairement sélectionnés pour s’opposer à la vaccination se sont rendus coupables de sélection malhonnête.

* : NDT : Artiste multidisciplinaire australien, condamné pour plusieurs agressions sexuelles sur mineurs.

2. Significatif ne veut pas dire important

Certains effets peuvent être statistiquement significatifs, mais tellement faibles qu’ils s’avèrent inutiles en pratique.

Les associations (telles les corrélations), ont une forte tendance à nous faire tomber dans ce piège, tout particulièrement quand les études sont réalisées sur un grand nombre de personnes. Si vous avez beaucoup de participants à une expérience, les associations sont souvent abondantes, mais pas forcément éloquentes.

Par exemple, voyez celle qui, sur un échantillon de 22 000 personnes, a trouvé une association significative (p<0.00001) entre le fait de prendre de l’aspirine et la diminution des attaques cardiaques. L’effet lui-même était minuscule.

La différence de probabilité de faire une attaque cardiaque entre les gens qui prenaient de l’aspirine tous les jours et ceux qui en prenaient moins était inférieure à 1%. Un effet si faible laisse quelque peu dubitatif quant à l’utilité d’avaler de l’aspirine… surtout si l’on tient compte des possibles effets secondaires !

3. Et important ne veut pas dire utile

Imaginons un traitement capable de diminuer de 50% le risque d’avoir une maladie. Mais si ce dernier était déjà drastiquement faible (disons 0.002% sur toute une vie), réduire encore ce chiffre peut sembler d’un intérêt discutable.

Ce qu’on appelle le Nombre de Sujets à Traiter (NST) permet de retourner la question : si, dans des conditions normales, deux personnes prises au hasard dans un échantillon de 100 000 présentent la pathologie durant leur vie, il faudra que l’ensemble de ces 100 000 personnes soient soumises au traitement pour faire passer ce nombre à… un malade.

4. Jugez-vous les extrêmes en fonction de la majorité ?

La biologie et la recherche médicale ont le don de nous rappeler que toutes les tendances ne sont pas linéaires.

Nous savons tous que les personnes consommant trop de sel présentent un risque de maladie cardio-vasculaire plus élevé que celles dont la consommation est modérée.

Mais vous savez quoi ? Les personnes consommant très peu de sel voient également leur probabilité de contracter une pathologie cardio-vasculaire augmenter.

En effet, la courbe correspondant a une forme de U, et non de ligne droite ascendante. Les personnes à chaque extrémité du graphe présentent sans doute des comportements très différents.

5. Est-ce que par hasard vous ne désireriez pas prouver cet effet ?

Même sans vraiment le vouloir, nous remarquons et donnons plus de crédit aux informations qui confortent nos opinions, pensées et croyances a priori.

Les exemples de ce biais dit « de confirmation » sont très nombreux, mais des expériences comme celle-ci nous révèlent à quel point ses effets peuvent être dérangeants.

Dans ce cas précis, plus les témoins croyaient que la personne qu’ils avaient précédemment rencontrée possédait un haut niveau d’instruction, plus, quand on leur a demandé par la suite de la décrire,  il  lui ont attribué (à tort) une couleur de peau claire.

6. Vous êtes vous fait piéger par du prêchi-prêcha scientifique ?

Tout le monde sait que le jargon scientifique est assez séduisant. Même les publicitaires nous le piquent !

Mais il s’agit là d’un effet avéré pouvant biaiser notre capacité à interpréter la recherche.

Dans une étude, des novices ont trouvé des explications psychologiques bidon du comportement plus convaincantes lorsqu’elles étaient associées à des termes inappropriés issus des neurosciences. Et si vous ajoutez à ça un joli scan IRM, je ne vous raconte pas !

7. La qualité n’est pas la quantité, et vise versa.

Pour une raison quelconque, les chiffres nous semblent plus objectifs qu’une description des choses pleine d’adjectifs.

Par exemple, nous savons que les gens n’apprécient pas de faire la queue à la banque. Si nous cherchions à améliorer cette expérience désagréable, nous pourrions être tentés de mesurer les périodes d’attente, puis de faire notre maximum pour les diminuer.

Mais, pratiquement, vous ne parviendrez à les réduire que jusqu’à un certain point. Et cette approche purement quantitative risquerait de vous faire passer à côté d’autres possibilités.

Car si vous demandiez aux gens de décrire comment ils ressentent la situation, vous pourriez bien découvrir que le problème n’est pas tant le temps d’attente que le confort de cette dernière.

8. Les modèles, par définition, ne sont pas des représentations parfaites de la réalité.

Un sujet de discorde récurrent entre ceux qui refusent de croire au réchauffement climatique et ceux qui comprennent réellement les preuves à leur disposition est l’efficacité et la représentativité des modèles météorologiques.

Nous pouvons discuter de ce problème en nous intéressant à des modèles plus simples. Prenez par exemple celui de l’atome. Ce dernier est fréquemment représenté comme un noyau tout calme et stable entouré d’électrons se baladant selon de jolies orbites bien nettes.

Ce modèle ne reflète pas la réalité de ce à quoi ressemblent vraiment les atomes. Mais il permet d’expliquer des aspects fondamentaux de leur fonctionnement, ainsi que de celui des éléments qui les constituent.

Ça ne signifie pas que personne ne s’est jamais fait d’idées fausses à propos des atomes en se basant sur ce modèle simplifié. Mais des enseignements, des études et des expériences plus poussés donnent la possibilité de venir à bout de ces erreurs.

9. Le contexte est important

Un jour, Harry Truman, ancien président des États-Unis, s’est plaint de cette tendance qu’avaient ses économistes à lui faire de super suggestions… puis d’enchaîner immédiatement avec un « ceci dit, d’un autre côté… »

Un scientifique donné – ou une discipline scientifique donnée – pourra probablement vous abreuver d’excellents conseils de son point de vue. Mais, lorsqu’on essaie de travailler sur un problème social, politique ou personnel complexe, il est souvent bon de tenir compte de multiples disciplines et perspectives.

Considérons l’exemple des lois relatives au port du casque à vélo. On niera difficilement que, si quelqu’un a un accident de vélo et se cogne la tête, il s’en sortira sans doute mieux s’il porte un casque.

Mais si nous nous intéressons aux bénéfices sanitaires à l’échelle de la société, des études suggèrent que, si on oblige les gens à porter un casque, une partie de la population décidera de ne plus faire de vélo tout court.

Si nous mettons ça en parallèle avec le nombre d’accidents dans lesquels le casque a vraiment fait une différence en matière de santé, nous découvrirons peut-être que son usage a en réalité un impact négatif sur la santé publique.

Des études tout à fait valables et fiables peuvent donc démontrer que les lois sur le port du casque sont à la fois bonnes et mauvaises pour la santé.

10. Et ce n’est pas parce que ça a été examiné par les pairs que c’est vrai

L’examen par les pairs (peer review) est considéré comme une référence dans la recherche scientifique de haut niveau (et dans la recherche de haut niveau en général).

Mais, même en partant du principe que les examinateurs ne font pas d’erreurs, ou que les politiques éditoriales ne sont jamais biaisées (en tout cas pas délibérément), le fait qu’un article soit accepté dans une publication basée sur ce mode de sélection garantit simplement que ce dont il parle est assez carré pour être rendu public, ou assez pertinent pour permettre à des experts de le tester, de l’affiner et de le remettre en question.

Cela ne signifie pas que c’est parfait, complet ou correct. L’examen par les pairs est le début de la vie publique d’une étude, pas son point culminant.

Et enfin…

La recherche est une démarche humaine, et donc sujette à toutes les beautés et toutes les horreurs inhérentes à l’humanité.

Comme dans chaque aspect de notre existence, à la fin, nous en sommes réduits à prendre nos propres décisions. Et, navrés, mais même l’usage le plus approprié de la meilleure étude du monde ne nous décharge pas de cette merveilleuse et effrayante responsabilité.

Nous serons toujours, à un moment ou un autre, empêtrés dans certaines ambigüités. Alors, comme dans toute aventure humaine, faites de votre mieux par vous-même, mais, si vous vous retrouvez coincé, demandez leur avis directement à des experts reconnus. Ou, au moins, basez-vous sur leurs travaux.