Archives pour la catégorie Râleries vulgaires et moralistes

Grammar losers (Râlerie)

Râlerie publiée dans le Lanfeust Mag de mars 2017.

Pendant des années, face à l’assassinat en règle de l’orthographe sur les réseaux sociaux, je me suis volontairement qualifiée en rigolant de « grammar nazi ».
Mais ça, c’était avant de me rendre compte que c’était pas loin d’être un vrai truc.

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai toujours regardé les gens extrêmement cultivés dans plein de domaines d’un œil suspicieux. Je veux dire, c’est admirable de connaitre plein de choses mais, au bout d’un moment, quand tu passes ton temps à accumuler les savoirs, quand est-ce que tu les mets en pratique ? Ne vaut-il pas mieux se spécialiser dans nos sujets de prédilection, se servir de l’érudition obtenue pour travailler à devenir de meilleures personnes, et faire confiance à ceux qui auront fait cet effort dans d’autres domaines ?
Ce questionnement, étonnement posé et poli pour cette rubrique, a pris un tour nettement plus agressif et vulgaire lorsque j’ai été confrontée à ceux que l’on nomme, avec un sens de la mesure tout à fait délicieux, « grammar nazi ».
Si les quelques clampins qui soupirent devant les diatribes indéchiffrables de mous du bulbe, ou éclatent de rire face à la merveilleuse ironie d’un « la fransse au francé » ont toute ma sympathie, force est de constater que pas mal de connards ne sont pas loin de mériter le qualificatif.

Dernière anecdote en date, en ce qui me concerne : une jeune femme désirant devenir libraire demande des conseils de lecture, sur un forum dédié. Elle a le malheur, au milieu d’une prose par ailleurs tout à fait honorable, d’orthographier un infinitif du premier groupe avec « ez ».
Et là, un FOUTRECUL D’ENFOIRÉ FINI répond : « puisque vous voulez des conseils de classiques, essayez donc le Bescherelle ».
Yolo. Ni bonjour, ni merde, et mépris dans ta gueule.
Mais sans déconner, à quel moment tu vas parler comme ça à des gens qui, pour ce que tu en sais, n’ont si ça se trouve rien fait d’autre qu’une faute de frappe ? (dans « AZERTY », il n’y a que le « e » entre le « z » et le « r », voyez).
Alors que nous sommes deux-trois héros (sisi) à signaler à la petite gouape qu’avec ce genre d’attitude, il ne faut pas s’étonner que des gens peu sûrs de leurs acquis culturels craignent de passer la porte d’une librairie, la dame, décidément bien gentille, précise poliment qu’elle a arrêté tôt ses études, qu’elle fait des efforts, mais qu’il lui arrive de laisser des fautes.
Et là, l’imbécile cultivé, au lieu de passer à autre chose, genre, comme toute personne dotée d’une VIE et d’un minimum de foutue DIGNITÉ, en REMET UNE COUCHE. Comme quoi « Libraire, c’est un métier » (sans dec’ ?) dans lequel on est « jugé sur son écriture » (ah ?) et qu’il a juste donné un conseil (fous-toi de notre gueule).
Je vous passe la non-issue du débat, durant laquelle la fripouille a cru bon de nous balancer son CV (essayiste à micro-tirage, spécialiste d’auteurs humanistes qui l’auraient sans le moindre doute méprisé pour son attitude (on va surtout pas chercher à piger les œuvres tant qu’on a de quoi faire un concours de grosse… bibliothèque, n’est-ce pas ?), et… prof), puis de me tagger deux heures après que j’aie quitté la conversation (mais lâche-moi, sangsue ! je suis pas ta psy !). Laissez-moi en arriver au cœur du sujet (à la fin de l’article, il serait temps).

Les intégristes du pauvre, qui s’attaquent avec la même lâcheté virulente aux fautes de frappe, aux coquilles d’inattention et aux textes en effet truffés d’erreurs, mais où l’on sent bien que la personne a fait de son mieux, se divisent en trois catégories non exclusives : 

Le « pauvre type »
Confondant orthographe et intelligence, il s’enorgueillit d’avoir appris des machins par cœur, et méprise ceux qui ont eu autre chose à foutre. C’est bon, mec, on a vu, t’as de la mémoire, alors essaie donc de t’en servir pour te rappeler où tu as égaré tes projets de vie.

Le « vieux con »
Celui-ci est persuadé que la langue française, pure et immuable, est celle qu’il a apprise à l’école. Il s’opposera à toute réforme, criera au nivellement par le bas lorsqu’on voudra enlever le « i » de « oignon » même si c’est historiquement une coquille, et affichera sa parfaite maîtrise du subjonctif comme d’autres leur nouvelle BM. Pour lui, la forme prime sur le fond, la beauté de la langue française réside dans son absurde complexité, l’Histoire a commencé le jour de sa naissance, et il est même doté d’un petit côté revanchard : « Moi, j’en ai chié avec ces règles, alors Y’A PAS DE RAISON !!! »

La « sous merde »
Non, je ne ferai pas dans la nuance, celui-ci ne le mérite pas.
La sous-merde, c’est le type qui prétend, avec des trésors de mauvaise foi, ne pas faire la différence un cognaud ignare et puant et un brave gars qui galère un peu sur les accords, et s’amuse à rabaisser ce dernier parce qu’il est trop lâche pour confronter ses arguments.
Ce spécialiste de l’ad personam (Tu sais pas bien écrire, tu mérites pas de réponse même si tu nous a pondu la thèse la plus brillante de l’année) est un clebs apeuré qui mord quand on l’approche.
Une seule solution : abréger ses souffrances.

Commentaires fermés. Discussion éventuelle sur ma page Facebook.

La panoplie de parent (râlerie)

Depuis un peu plus d’un an, j’écris chaque mois, dans le Lanfeust Mag, une « râlerie » illustrée par la talentueuse Rebecca Morse. Il m’a fallu un peu de temps pour trouver mon ton, surtout en passant après la merveilleuse Rutile, mais, puisque je commence (1) à être contente de ma vulgarité moraliste et (2) à recevoir des courriers de lecteurs enthousiastes, je me suis dit qu’il était temps de partager la chose.
(La suite des articles sur les fanfictions arrive. Je manque un peu de temps en ce moment).

Râlerie de février 2017

Le terme « vieux con » est souvent utilisé pour désigner des personnes un peu rigides sur les principes et les traditions, un poil ringardes, légèrement chiantes et vaguement moralistes.
Pour moi, il est surtout synonyme de « parent ».

Je ne sais pas si vous vous souvenez bien de votre enfance, et notamment de ces moments où vous vous disiez : « sérieux, jamais, sur la vie de ma reum je fais un truc pareil le jour où j’ai des gamins ! ».
Bon, il faut bien l’avouer, la plupart du temps, vous pensiez ça juste quand un de vos vieux vous demandait (pour la centième fois) de ranger votre merdier, venait gentiment vous chercher devant le lycée et avait le malheur de vous claquer la bise, ou avait la bonté de vous expliquer que non, la pilule ça protège pas du SIDA, déconne pas Stéphanie, surtout déconne pas. Mais, parfois, vos parents étaient réellement, au mieux de gens très maladroits, au pire des sales cons. Par exemple :

  • Lorsqu’ils parlaient de vous à la troisième personne, en votre présence, devant leurs amis (« Tou-jours il laisse traîner ses caleçons sales ! Même qu’une fois, le chien en a ramassé un et l’a déposé sur les genoux de Stéphanie. Oui, la copine de son frère. Celle qu’il aime bieeeen ! »).
  • Lorsqu’ils ne vous écoutaient pas parce qu’il leur fallait terminer de baver comme des crapauds sur une quelconque blanche colombe :

« Et elle m’a dit qu’elle ne viendrait pas à la soirée de Noël, et j’ai rien répondu… »
« Maman ? »
« …mais tu me connais, j’en pensais pas moins. D’ailleurs, heureusement que je me tais parce que, des fois… »
« Maman ! »
« … J’te jure, si je m’écoutais. J’ai pas ma langue dans ma poche, hein. »
« Mamaaaan… »
« Et donc, quand même, j’aurais pu lui rappeler qu’elle était bien contente qu’on lui garde Julien pendant la soirée de Noël. Mais bon, je me suis tue. Faut dire que c’est pas mon genre… »
« MAMAAAAN !!! »
« … De baver sur le dos des gens. Je suis trop sympa, c’est ma croix. ».

  • Lorsqu’ils vous gonflaient dès que vous faisiez une pauvre tache sur un vêtement de toute façon destiné à la machine en fin de journée (surtout si vous étiez une fille).
  • Lorsqu’ils vous trainaient au Louvre pendant tout un après-midi pluvieux quand vous ne rêviez que de boucler Sonic 2 (Team Sega, les mecs).
  • Lorsqu’ils vous forçaient à rester à table pendant des repas de famille déjà chiants à crever pour les plus de vingt ans.
  • Et j’en passe.

On a probablement tous été traumatisés par cette absence d’empathie doublée de principes venus de nulle part, alors j’aimerais bien comprendre pourquoi, pourquoi, POURQUOI NOM DE DIEU la majorité d’entre nous les reproduit dès l’instant où ils ont expulsé le polichinelle du tiroir.
Depuis que je suis mère, je ne compte plus le nombre de conversations, dont j’aurais déjà aimé m’échapper, qui sont en plus interrompues par des « Mamaaan ! Papaaa ! Quand est-ce qu’on y vaaaa ? Mamaaaan ! Papaaaa ! » (MAIS RÉPONDS À TON GNIARD, BORDEL ! IL ARRÊTERA DE NOUS CASSER LES OVAIRES ! ET OUI, TIRE-TOI !!!), le nombre de moments de gêne face à des « T’as perdu ta barrette ? Elle a perdu sa barrette ! Non mais c’est tout elle, ça. C’est Léa » (MAIS « ELLE » EST LA, FOUTRECUL ! À MOINS DE DEUX MÈTRES ! REGARDEZ-LA ! ET ARRÊTEZ DE LEVER LES YEUX AU CIEL EN PRONONÇANT SON NOM ! SÉRIEUX, VOUS ALLEZ LUI EXPLIQUER LES RÈGLES DE POLITESSE, APRÈS CA ?!), et le nombre d’envies de meurtres face à des « Princesse, n’abîme pas ta rooobe » (C’est une GOSSE ! Elle DÉCOUVRE SON CORPS ! Elle DOIT SE DÉPENSER ! Si ça vous défrise qu’elle flingue une sape à cent boules, commencez par la coller en jean quand vous la mettez au parc ! Vous faites votre jogging en dentelles, vous ? C’est pas une FOUTUE POUPÉE, c’est UN ÊTRE HUMAIN !)

Et tiens-toi bien, et fais la bise au monsieur à qui tu pourrais simplement dire bonjour (Vous aimez vous frotter contre des inconnus, vous ?), et ne touche pas les objets dans la boutique (mais QUI ça dérange, sérieux, tant qu’il ne casse rien et ne met pas le dawa ?! Au moins il n’emmerde personne et il découvre des choses !), et tu comprendras quand tu seras plus grand (Vous êtes au courant que vous avez le droit d’avouer que vous avez la flemme de répondre, ou que vous ne savez pas, hein ?), et reste à table, donc (Ah ben oui, tiens ! Emmerde-toi et emmerde-nous au lieu d’aller t’amuser, c’est tellement plus fun pour tout le monde !), et ne cours pas dans le musée (IL N’A RIEN A FOUTRE DANS CE MUSÉE SI CA NE FAIT PAS PARTIE D’UN PLAN MACHIAVÉLIQUE POUR LE DÉGOÛTER DE L’ART A JAMAIS !!!)…

Parents, rappelez-vous que vous avez été des enfants. Et qu’il y avait des comportements que vous ne pouviez LEGITIMENET pas blairer.
Tout comme vous n’êtes pas obligés de vous couper les cheveux, d’arrêter de sortir, de vous maquiller comme des mémés bourgeoises ou de porter des chemises au lieu de t-shirts Star Wars dès que vous vous êtes reproduits, vous n’avez pas à enfiler une panoplie de vieux con.

Commentaires fermés ici. Les discussions éventuelles sont centralisées sur ma page Facebook.