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The Hour

Mot-clef du jour : « j’veux du nulcle »

Allez, je relance un peu les posts réguliers, on y croit.
Et comme mon taff ne suffit pas pour ça, que je suis un peu revenue du « je raconte ma vie sur le Web sous forme de petits râlages hohoho », et que ça me gonfle d’écrire des trucs chiadés juste pour le blog, je vais parler des autres.
Ça ne sera pas forcément de grandes œuvres, mais de celles dont j’ai envie de dire : « C’est trop bien, il FAUT l’avoir vu » (alors que je suis la première à pester contre les gens qui disent ça, persuadée qu’aucune œuvre ne doit absolument être vue, mais comme je vais essayer de présenter des trucs un peu originaux, je m’accorde une dérogation). Il s’agit en tout cas de choses qui m’ont beaucoup apporté, que ce soit artistiquement, professionnellement, personnellement ou humainement, et c’est selon cet axe que je vais les présenter.

Et je commence avec une série britannique, The Hour.
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L’histoire est celle du trio-star d’une émission pionnière de la télévision d’information dans les années 50 : une productrice (Romola Garai), un présentateur (Dominic West) et un journaliste d’investigation (Ben Whishaw). Dans une Angleterre en pleine Guerre Froide, prélude d’un monde moderne et libéré mais subissant encore la puissante pression d’une société de classes bien pensante, elle aborde, de front ou en filigrane, de nombreux thèmes : le droit à l’information et la responsabilisation des citoyens, la libération de la femme, la situation des homosexuels, le racisme, l’alcoolisme, la guerre, la notion d’héroïsme, l’attachement à la partie, les compromis politiques et humains, l’amitié et l’amour (l’amitié à la base de l’amour), et j’en passe.
the_hour_rue La première saison est très politique (il faut d’ailleurs un peu s’accrocher sur le premier épisode), la seconde parle de corruption et prend une tournure de polar de meurs plus classique mais très intéressante par les enjeux qu’elle soulève. Il n’y aura malheureusement pas de saison 3, et c’est à mon sens le point noir de la série : aucune question n’est laissée en suspens mais la conclusion, si elle constitue une excellente fin de saison, est frustrante pour une fin tout court.

Mais, faut quand même regarder. Il Faut.
Ce qui m’a plu, à moi qui n’aime pas la politique et ne suis pas super cliente de romans noirs, c’est qu’elle se focalise sur les aspects humains derrière les enjeux internationaux.
Beaucoup de séries historiques ne parviennent pas à combler cette espèce de distanciation engendrée par le changement d’époque. Je me demande même si les créateurs, consciemment ou non, ne le font pas un peu exprès. On observe ces choses avec un regard d’historien, un peu déconnecté, avec un tel recul que, bien qu’on lie, intellectuellement, certains enjeux à notre propre époque, on ne les ressent pas vraiment. Le passé, d’une manière générale, a ce pouvoir. (Un jour, il faudra que je vous parle de ma grande perplexité quand je vois exposées, dans un musée, des momies, par des gens qui hurleraient à la mort si on touchait à leur vieux caveau de famille. Au bout de combien de temps un corps n’est-il plus digne de respect, et qu’est-ce que le respect d’ailleurs, dans ce contexte ? Mais je digresse).
Qu’est-ce que je disais, déjà ?
the_hour_freddie_lyonAh, oui. La distanciation. Chose très fréquente dans le genre historique, avec une petite couche d’intellectualisation proprette par-dessus, pour faire réfléchir sans trop se mouiller, ahlala ma bonne dame dans quel monde on vit, c’était fou cette époque, monte le son Jean-Pierre j’entends pas bien, et passe-moi le beurre, mes légumes sont un peu secs. Là, ya pas. Du tout. Et pour moi, qui pense que le but de l’Art est de parler à l’humain, de le faire s’interroger pratiquement, voire se remettre en question, c’est d’une importance capitale.
Par-delà les thèmes précités, The Hour parle de positionnement de l’individu dans la société, des routes faciles à prendre et de celles de la rébellion, des notions d’intelligence, d’empathie, de courage… De courage, surtout. De ce point de vue, le casting est absolument brillant, avec de formidables comédiens menés par l’incroyable Ben Whishaw, certainement un des (si ce n’est le) meilleurs acteurs de sa génération.

Une autre grande force de la série, liée à la précédente, est aussi qu’elle… comment dire ça… qu’elle parle de la vraie vie, avec des vrais personnes, sur un vrai ton.
« J’veux dire… »
Souvent, on se sent obligé de donner un ton à son œuvre.
« J’veux dire… » Volontairement. De manière très calculée. Sur ce genre de thématiques, par exemple, on voudra être ironique, voire cynique, avec un humour un peu trash qui rendra le résultat reconnaissable, et créera une identification chez un certain public (les jeunes adultes cultivés de classe moyenne qui en ont marre des séries un peu lisses, pour ne pas les citer). C’est souvent réussi, mais ça relève de la stratégie. Une stratégie qui cache parfois une simple peur d’être chiant (Mais, les mecs, si vous écrivez bien, vous ne serez jamais chiants !). Et je suis persuadée qu’en la choisissant, on prend le risque de prêcher essentiellement les convaincus.
Ici, la narration est dynamique et vivante, moderne, mais réaliste, assez linéaire, sans effets ou presque. Et c’est ce qui lui donne son caractère immersif. Les acteurs sont de vrais gens. Romola Garai avec sa taille 40 et son mètre soixante-quinze, Dominic West avec sa beauté canonique un peu fade qui en fait un pion pour la télévision, Ben Whishaw avec son visage acéré et son corps chétif… La première campe une femme active hantée par une mère qui ne se définit que par son physique, fragilisée par sa position de « dominante inattendue » qui complique ses relations sociales. Le second, un héros de guerre, s’avère, dans la vie civile, un faible dont les certitudes bourgeoises sont douloureusement remises en question. Le dernier est un jeune homme brillant, un grand battant, un passionné d’une intégrité totale, toujours prêt à assumer les conséquences de ses actes, menaceraient-elles sa vie et tout ce qu’il a construit, mais aussi un caractériel prétentieux avec tant de choses à prouver… Je ne vous détaille pas les seconds rôles, je n’en finirais pas, mais ils sont tous passionnants, aucun faire-valoir.

The Hour, en fait, c’est tout simplement une des séries les plus dignes d’intérêt que j’ai vues. Elle est surtout la preuve qu’il n’y a pas besoin de démonstration pour susciter l’empathie, que les questionnements les plus efficacement suggérés le sont avec l’air de ne pas y toucher. C’est bien simple : si vous ne vous attachez pas aux personnages, si vous ne vibrez pas avec eux, si vous ne vous sentez pas remués dans votre propre quotidien par les questions soulevées, c’est que vous avez un cœur de pierre ou des putains d’œillères. Voilà. Je l’ai dit.

Il faut la voir.

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Eclairage

Mot-clef du jour : « c’est urgent appelle moi »

Elle est vivante ! Elle est vivante et elle fait une note de blog !

Et même bientôt une seconde, car j’ai des nouvelles « bdesques » à vous communiquer.

Mais, pour fêter dignement mon retour à une vie connectée, laissez-moi d’abord vous parler d’un court métrage. Un film de Michael Castellanet (pour changer), expérimental (pour changer, cette fois sans ironie) éclairé uniquement à l’orage (pour changer, hein, eh, dites, avouez !).

Ça s’appelle Eclairage, c’est sur une musique de Luc Messina et un mixage de James Leonard.

Et, en ce qui me concerne, je trouve ça très beau.

L’Encyclopédie du Dérisoire

Comme je n’ai pas glandouillé grand chose cette semaine (oui, je sais, on est jeudi, mais c’est parti pour durer), ni dans le domaine du vrai travail qui rapporte des sous, ni dans celui de mon blog aux trois lecteurs assidus, j’ai décidé d’inaugurer une nouvelle série de notes qui détailleront (enfin, résumeront) sous vos yeux ébahis ce que j’aime et pourquoi. Deux règles :
– ce ne sont pas « les petits machins que j’ai aimé » mais des choses qui, pour des raisons objectives ou subjectives, m’ont vraiment marquée,
– ce ne sont pas des « critiques », mais un exposé des raisons qui font que ça me plaît à MOI, dans lequel, si je ne me démerde pas trop mal, vous devriez pouvoir trouver suffisamment d’infos pour savoir SI ça vous plaira à VOUS (bon, en fait, ce sont ce que devraient être à mon sens des critiques, mais j’en ai pas vu passer beaucoup des comme ça).

Et dans la thématique de ma semaine léthargique, je vais vous présenter une série de bouquins à lire aux toilettes, dans une salle d’attente ou dans n’importe quel endroit où on se fait un peu chier (j’ai pas fait exprès, mais je la garde). Et pourquoi donc que je vous présente une telle oeuvre ? Parce que Bruno Léandri, avec sa Grande Encyclopédie du Dérisoire (éditions Fluide Glacial), démontre brillamment qu’on peut conférer à ce genre intelligence, talent, humour désopilant, et véritable instruction. Et accessoirement parce que, de ma vie entière, je ne me suis jamais autant poilée en lisant des bouquins.

Bruno Léandri, c’est le gars qui n’est ni vraiment dessinateur, ni vraiment écrivain, ni vraiment journaliste, mais qui fait des livres illustrés sur des faits scientifiques ou de société avec un grand talent. C’est un puits de culture générale, un obsédé de l’anecdote, et un gars qui ne se contente pas d’accumuler des connaissances, mais en fait profiter le monde d’une manière intelligente et ludique, avec un style d’une efficacité redoutable qui nous fait faire « hihi », « huhu » ou « WARFHAHAHAHA » malgré nous (attention aux humiliations dans les lieux publics).
Dans ces 5 opus, vous apprendrez, par exemple, les stratégies des ingénieurs fous pour vous vendre des emballages indéballables, pourquoi prétendre que Louis XVI a écrit « Rien » dans son journal le 14 juillet 89 est d’une désinformation qui ferait passer les journaux télé de TF1 pour des thèses élitistes, où se situe l’authentique trou du cul du monde, comment les honorables scientifiques dont on vous vante l’intelligence se tirent dans les pattes ou se lancent dans des parties de jambes en l’air illicites dès que le chef de labo a le dos tourné, pourquoi la légende du Triangle des Bermudes n’est qu’une effarante connerie qu’il suffisait d’être un poil rigoureux pour démontrer, vous constaterez l’existence de grandes découvertes « même pas faites exprès » qui nous ont changé la vie, ferez des petits stages d’étymologie et de poliorcétique (je vous laisse chercher) et AIMEREZ CA, assisterez à la démystification de certaines croyances populaires qu’on se passe avec une certitude en béton armé alors qu’en fait non c’est sévèrement nawak, vous délecterez d’illusions d’optique mais aussi auditives, gustatives et tactiles, apprendrez des stratégies (qui marchent) pour vaincre l’insomnie, réalisez avec effarement qu’on vous avait caché des petits détails de l’affaire Dreyfus par pudibonderie hétérosexuelle, et bien d’autres choses fascinantes ou austères mais que l’auteur aura rendues passionnantes. C’était une longue phrase, hein ?

Comme il faut bien critiquer un brin, on va dire que je déplore juste une certaine complaisance facile du monsieur
envers les zones d’ombre des « grands hommes ». C’est bien d’être humble face au génie mais, quitte à enfoncer des portes ouvertes, je préfèrerais qu’on saisisse l’occasion pour évoquer la complexité de l’être humain, la différence entre l’artiste et son oeuvre, ou entre l’intelligence et la sagesse, plutôt que de bouter en touche avec un « haha, les génies sont tous un peu barrés, on les aime bien comme ça », occultant ainsi tous les grands talents parfaitement normaux et sains, voir chiants, en tout cas qui n’ont écrasé ou buté personne, qu’on peut citer par pelletées. C’était une longue phrase également, mais moins.

Et donc : il faut lire Léandri. Pour se cultiver, pour se détendre, pour admirer la vraie culture d’un gars qui ne se contente pas d’être une Encyclopédie sur pattes mais en tire des conclusions, des regroupements, des idées, du fun. Et parce que, je l’ai déjà dit, c’est à se faire pipi dans sa culotte de rire.

Téléthon

Ce samedi, je serai sur France Télévision. Eh oui. Ca m’est tombé dessus comme ça.
Dans le cadre du Téléthon, de 8h à minuit, plusieurs auteurs de MMC BD vont réaliser des bandes dessinées en direct, sur le thème casse-gueule-mais-on-va-s’en-sortir de la Solidarité. Les toiles seront revendues au profit de la recherche.
Luca Saponti y sera, il mettra en images une courte histoire sans paroles pour enfants que j’ai imaginée, et je le rejoindrai dans l’après-midi pour… euh… ben pour être là, en fait.
Je ne sais pas trop comment ça va se passer, si on nous verra beaucoup, si on causera dans le poste, si on sera prévenu quand on est en direct ou s’il faudra se méfier quand on voudra se gratter une fesse ou réajuster ses sous-vêtements, ce sera une journée pleine de surprise. Mais sachez que si vous voyez une nana blonde aux cheveux  trrrèèèèèès longs et mal peignés se balader en arrière plan, il y a de fortes chances pour que ce soit moi.

Et évidemment, vous pouvez faire des promesses de don, ou tenter d’acquérir une des toiles, c’est pour la bonne cause.

Une image pour le Japon

Et comme je sais que d’aucuns bloquent un peu avec les images cliquables, voici :
Le site du projet
Le site de la galerie Arludik
L’endroit où précommander le livre
Le site de l’association Give2Asia (parce qu’on peut la soutenir même sans acheter les dessins/le bouquin)
Et :
– Le site du Café Salé
Le site de Jean-David Morvan
Le blog d’Anne-Catherine Ott