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Voyage voyage

Mot-clef du jour : « dessin abstrait de la peur »

[Cette note est une copie du mail que j’ai envoyé au site de remerciements de l’Eurostar.]

Mon ami et moi sommes artistes. Ça signifie que nous avons des métiers cool, une quasi-liberté dans nos horaires, et des revenus cumulés équivalents au PIB du Burundi. Évidemment, cette constatation est d’abord triste pour le Burundi. Pour nous, elle implique surtout de vivre chichement, de gérer le stress des rentrées d’argent irrégulières et d’économiser plusieurs mois en prévision d’une dépense de plus de 200€.
Il y a quelques temps, nous apprenions que Ben Whishaw, un des acteurs les plus talentueux de sa génération et une de mes grandes inspirations, et Judi Dench, dont la carrière est au bas mot un modèle pour tout jeune artiste et toute jeune femme, jouaient ensemble au théâtre à Londres. Notre dernière grosse sortie, c’était en 2009. Bob Dylan au Palais des Congrès. On avait pris des places moyennes pour être raisonnables et on l’avait un peu regretté. Alors, cette fois, pas de blague : soyons fous, on mange des pâtes, et on claque nos £90 par tête pour les meilleurs sièges. Plus le transport, plus le logement… la moitié de nos revenus du mois y passent mais on s’en fout, on est contents, on y a d’autant plus droit qu’avec deux bébés à la maison on a besoin d’une vraie plage de repos. C’est parti, London calling !

Jour J. On a l’idée géniale de partir des Vosges, où on aime passer du temps. Voyage tranquille, avec un petit roman (en anglais, pour se remettre dans le bain). Arrivés à Gare du Nord, on se dirige tout joyeux vers le hall Londres. Et là, sur le chemin, les valises roulant à grand bruit, un doute m’assaille : est-ce que j’ai bien pris ma carte d’identité ?
J’ai souvent de ces petites angoisses : j’ai bien pris mon sac/les clefs de voiture/les clés de l’apart’/mon parapluie ? Pourtant, la réponse est toujours rassurante : oui, j’ai. J’ouvre donc mon portefeuille sans boule au ventre, juste « pour vérifier, hein, on sait jamais, et puis comme ça je l’aurai en main et on passera le contrôle plus vite ».
Et là, nous basculons dans le drame.
Ma.carte.d’identité.n’est.pas.là.

Flashback. Juillet 2012 :
– Chéri. Tu peux aller me chercher mon colis à La Poste ? Ya l’avis de passage sur la table.
– Ok, passe-moi ta carte d’identité.
– Dans mon portefeuille. Poche arrière.
15 minutes plus tard :
– J’ai ton colis.
– Merci. Oooh, regarde  : Mon pantalon de grossesse !
– Coool.

Mon.mec.m’a.pas.rendu.ma.carte.et.je.n’ai.aucune.foutue.idée.d’où.elle.est.
– Cherche dans ton sac ! Cherche dans ton sac, elle doit y être encore !
– Je ne la vois pas. Mais c’est bon, tu as ton passeport, non ?
– NON j’ai pas mon passeport ! Mon passeport est en sécurité dans une boîte sur mon bureau, PRECISÉMENT au cas où je me ferais tirer mon sac avec ma carte d’identité !
– Et ton permis de conduire ?
– C’est pas une pièce d’identité pour passer une frontière, bordel !
(Ma classe légendaire a tendance à se faire oublier en temps de stress)

On arrive au guichet, on s’explique. L’employé nous adresse un regard compatissant :
– Ça ne passera jamais. Côté français, c’est jouable, mais avec les Anglais, aucune chance.
– Putain c’est pas vrai. PUTAINSÉRIEUXC’ESTPASVRAI !
(Là, ça ne se voit pas, mais je suis en larmes, et Chéri n’est pas loin de m’imiter).
– Demandez toujours, on ne sait jamais.
Battant conjointement les records féminin et masculin du Cent Mètres Avec Valise, on se précipite vers les bornes d’enregistrement. Même son de cloche :
– Nous, on vous laisse passer, mais les Anglais ne voudront jamais.

Et tout d’un coup, on commence à avoir vraiment du mal à prendre du recul.
Nos premières vacances depuis trois ans.
Une pièce avec deux de nos acteurs préférés.
Les trois jours qu’on attend depuis des mois.
Les trois jours de détente après une année épouvantable qui a failli nous mettre à la rue.
Et la moitié de nos revenus mensuels nom de Dieu !

Face à mes larmes et aux tentatives désespérées de Chéri pour retenir les siennes, les agents se font compatissants.
– On va vous faire un a-valoir. Vous pourrez échanger vos billets pendant 2 mois.
– Mais la pièce ! La pièce ! 200€ de places et la pièce qu’on attendait depuis si longtemps ! Et c’est pour ça qu’on allait à Londres !
– On ne peut pas vous rembourser. C’est déjà un geste commercial de vous remplacer les billets.
– Je sais. Oh je sais, et merci, mais c’est l’horreur, c’est l’horreur… (À Chéri:) On n’aura jamais le droit au bonheur, jamais le droit d’être bien, yaura toujours une merde, TOUJOURS ! C’est pas possible ! C’est pas possible ! C’est pas possible d’avoir la poisse comme ça ! Et là c’est de notre faute, NOTRE FAUTE ! Jamais on n’aurait fait ce genre d’erreur avant. JAMAIS je n’ai oublié mes papiers ! Je ne crois pas à la malchance mais sérieux, SÉRIEUX, c’est QUOI notre problème ? C’estl’horreurl’horreurl’horreur…
(Des fois, la galère de trop cristallise tout le reste).
Un autre agent, une jeune femme, essaie d’aider :
– Vous n’avez pas d’autre pièce d’identité ?
– Si, mon passeport. Mais je ne sais plus s’il est à jour, et il est dans les Vosges… Mes parents y sont. Peut-être qu’ils peuvent m’envoyer un scan ?
– Je ne pense pas que ça suffira. Et s’il est périmé ça n’ira pas, c’est certain. Mais faites ça, et on essaiera de négocier avec les Anglais. Vous ne pourrez pas partir ce soir, mais peut-être demain matin. En attendant, on va s’occuper de l’échange de vos billets avant que le guichet ne ferme.
Chéri et l’agent foncent. Moi, j’appelle mon père, lui explique la situation, lui dis de sauter dans la voiture, de rouler jusqu’à chez nous, et que si mon passeport n’est pas dans la boîte en bois sur mon bureau c’est qu’il est dans le tiroir marqué « documents », et que mais bien sûr qu’il arrivera à utiliser notre scanner et grouuuuuuille !

Mon père et Chéri sont partis chacun de leur côté, l’un à 200 mètres, l’autre à 400 bornes. J’essaie de retenir les larmes qui reviennent et d’assumer mon erreur, mon chagrin, ma guigne. 5 minutes passent. Et là, la jeune femme qui était partie du côté anglais réapparaît, un peu essoufflée :
– Vous pouvez partir.
– Hein ?
– You-can-go.
– Tomorr… Euh… Demain ?
– Non, tout de suite ! Vite, votre train part dans 10 minutes !
– Les Anglais me laissent passer ?
– Oui.
– Avec un permis de conduire ?!
– OUI !
– Oh putain, oh putain. OhputainputainmercimerciMERCI !
Chéri revient justement. On fonce. On va passer la douane où l’agent anglais nous adresse un gentil sourire. Mon « Thank you, thank you, ohthankyousosoSOMUCH » sonne comme un « Je t’aime, veux-tu m’épouser, et mon mec avec ? »
Pressée vers le quai, j’ai juste le temps de me retourner vers nos sauveurs.
– C’est comment, votre nom ?
– Dyana.
– Et votre collègue ?
– Nicolas.
– Je vous ramène un truc !

Trois jours plus tard, douanes de St Pancras. Dans nos valises, un appareil avec plein de photos, quelques beautés glanées au Camden Market, notre exemplaire de la pièce signé par Ben Whishaw, du fudge, et 3 boîtes de chocolat pour nos sauveurs. L’agent de police des douanes :
– Je ne vous crois pas.
– Je vous jure.
– Ils vous ont laissée passer avec un permis de conduire ? Les Anglais ?
– Les Anglais.
– Je ne vous crois pas. Ça fait 2 ans que je n’ai pas vu un truc pareil.

Dyana, Nicolas, et votre collègue anglais dont nous n’avons pas eu le temps de demander le nom : encore merci. Merci pour votre gentillesse et votre humanité. Merci d’avoir vu au-delà des habitudes et de la rigueur administratives. Merci d’avoir tenté le coup au mépris des statistiques. Merci pour ce magnifique week-end qui, outre la détente qu’il nous a procurés, a restauré notre foi en une humanité bonne, rationnelle et compassionnelle. Merci pour le coup d’optimisme, merci, merci.

Et j’espère que vous avez aimé les chocolats.

De l’édition (titre pourri, mais on fera avec)

Mots-clefs du jour :  (1) « j’avais la traduction google sur twitter formspring et autres , plus maintenant , pourquoi »
(2) « une longue phrase »

Suite à la polémique suscitée par son interview sur ActuaBD, madame la ministre s’est exprimée sur Twitter a propos d’une petite phrase, prononcée à l’occasion d’une réunion du Syndicat National de l’Édition, et qui avait légèrement agacé mes confrères. Si vous désirez en savoir plus, c’est ici.
En ce qui me concerne, cette fameuse phrase ne m’a pas fait sauter au plafond. On sait ce que c’est que la comm’, faut dire un petit mot sympa qui brosse dans le sens du poil les gens qu’on va voir tout en sachant qu’une armée de pit-bulls peut vous sauter à la gorge en cas de maladresse, et dieu sait que les auteurs de bd peuvent être des pit-bulls. Cette phrase, je la trouvais surtout déplacée, et pour deux raisons :
– La focalisation sur les éditeurs et non les auteurs dès qu’on parle d’économie du livre (vous me dites si je me répète),
– Le fait qu’elle reflétait le point de vue d’écrivain de Mme Filippetti, alors qu’elle s’exprimait en tant que ministre.

Notez que, ce point de vue, je le trouve tout à fait intéressant, même s’il peut difficilement être plus éloigné du mien. Et, du coup, j’ai un peu envie de vous le donner, le mien, de point de vue, c’est même là que je voulais en venir.
Mon point de vue c’est que, pour l’instant, et à de rares exceptions près (j’ai des opinions très tranchées) je souhaite travailler avec un éditeur.

Des raisons qui font que l’éditeur m’est utile :

Déjà, parce que j’en ai déjà un. C’est con à dire mais, tant que je trouve mon compte dans une collaboration, je ne vais pas m’imposer des contraintes pour le plaisir. Mais, plus précisément, ma raison numéro 1 est bassement terre à terre : faire la distribution et la promotion de mon bouquin, ça m’emmerde.
Mon conjoint et moi, depuis plusieurs années, tentons de travailler dans le cinéma. Un milieu hautement consanguin, qu’il est quasiment impossible de pénétrer, en tant qu’acteur, sans piston. Et, quand je dis « piston », entendons-nous bien, je ne parle pas de simple réseau. Je parle de donner le poste au cousin de la frangine de sa belle-mère que ça amuserait de venir sur le plateau plutôt qu’à une personne compétente, parce que ça économie un casting qui se fasse au-delà du physique du candidat et que de toute façon le public, ce con, ira voir le film, que les petits rôles soient bien joués ou non.
Nous avons produit, avec notre argent, plusieurs courts et moyens métrages. Nous avons recruté des équipes d’artistes et techniciens, tous également bénévoles malgré leurs qualités professionnelles. Nous avons travaillé des heures, des semaines, des années sur ces films qui nous permettent, maintenant, enfin, de commencer à vaguement entrevoir la possibilité éventuelle de, pourquoi pas, faire un premier long métrage.
Nous sommes épuisés par ce combat épouvantable qui, alors qu’il se résume à un banal « laissez-nous faire notre taf », a plusieurs fois failli nous briser. Il est hors de question que je revive ce sur-investissement dévastateur dans mon métier d’écrivain, quand bien-même le milieu de l’édition serait moins destructeur (il l’est).
Le temps que je passe à vendre ma soupe, je ne le passe pas à écrire. Si quelqu’un est disposé à le faire pour moi, et qu’il le fait correctement, oh oui, grave, je signe son contrat !

Ma raison numéro 2, quoique liée à la première, est plus artistique. L’éditeur, c’est un gars qui va faire que votre œuvre sera un minimum visible.
Entendons-nous bien, je ne fais pas ce métier pour la gloire (haha). Je le fais, par contre, dans le but de parler aux gens. Je veux poser des questions, mettre en lumière des points de vue, engager des discussions, suggérer des remises en question, et je veux le faire auprès du plus grand nombre. Plus précisément : auprès des gens qui ne font pas nécessairement partie de mon quotidien, ma culture, mon réseau. Si je n’écrivais que pour ma gueule, je ferais un journal intime, et j’aurais la décence de ne pas étaler mon exutoire sous les yeux d’un public non concerné. Si je ne souhaitais prêcher que des convaincus, j’irais dans un bar, avec mes potes, refaire le monde, ça m’économiserait du temps de travail et ce serait plus convivial. Mon éditeur, il a un diffuseur, un distributeur, des commerciaux qui, s’ils font bien leur boulot, ont de fortes chances de ratisser plus large que mes petites jambes et mes beaux yeux.

Ma raison numéro 3 est si bêtement matérialiste que je vais à peine la développer : gros éditeurs = possibilité de bosser sur de gros projets, et donc de gagner un peu plus de thunasse, et donc de nourrir ses gosses se consacrer à ses travaux plus personnels avec un minimum de sérénité et de disponibilité, sans devoir courir les petits boulots, baisser son froc dans un milieu dont on ne cautionne pas toujours les règles, ou multiplier les dossiers à côté.

J’entends çà et là des gens couiner que, travailler avec un gros éditeur, c’est nécessairement aligner les compromis artistiques. Je suis trèèès tentée de réagir d’un rictus méprisant, mais comme d’une part je suis une personne polie et de l’autre l’outil blog est peu compatible avec une expression purement corporelle, je vais répondre, avec ce sens de l’opinion ferme et tranchée que j’ai déjà évoqué : ça dépend.

Des raisons qui font que l’éditeur est mon pote :

Comme tout le monde, je suis déjà tombée en amour pour des artistes dont la survie était une lutte de tous les instants. Pas assez accessibles, trop trash, trop menaçants, trop novateurs, « d’une autre époque »… la liste des arguments qui donnent des envies de baffes est longue, d’autant qu’elle nous renvoie à un triste double constat : l’assommante logique de marché dans laquelle nous vivons, et le manque de curiosité de nous autres, public, qui, qu’elle soit la conséquence d’un manque de temps ou d’un lâche abandon, nous empêche de donner à ces talents immenses le succès qu’ils méritent.
Que ceux-là ne puissent signer avec les majors qu’aux dépens de leur intégrité, je le crois, je le sais, je le hais.

Mais tout le monde n’est pas un artiste conceptuel ultra-novateur expérimental dont l’œuvre nécessite une culture de malade pour être vaguement appréhendée. Et tout le monde n’a pas cet univers siiiiiii personnel et teeeellement unique qui fait les incompris.
De nombreux auteurs, dont je suis, ont la prétention de produire des œuvres dignes d’intérêt, parfois originales, parfois audacieuses, mais de prime abord accessibles au plus grand nombre.
Et quand ceux-là clament que s’ils n’ont pas d’éditeur/producteur, c’est parce qu’ils sont trop purs, trop décalés, trop audacieux pour la plèbe, et trop courageux pour se prostituer au nom du vil argent sale, j’ai un peu envie de leur faire péter leur grosse tête à coups de batte.

Soyons clairs : jamais, en sept ans de carrière, je n’ai vu un éditeur tenter d’imposer sa vision des choses à l’auteur dont il avait accepté le projet. Je me doute bien que ça doit arriver, mais j’ai du coup beaucoup de mal à croire à la fréquence supposée de la chose.
Je possède, certains nez-fins l’auront peut-être constaté, une légère prétention quant à la qualité de mon travail. J’ai un peu tendance, si on veut toucher à ma prose, à dévoiler un sens de la diplomatie à la Mc Fly (révisez vos classiques) : « PERSONNE ne touche à mes dialogues ». Ceci pour dire que, l’éditeur intrusif, je l’aurais croisé, il m’aurait probablement marquée.
En sept ans de carrière, disais-je, mes directeurs de collection m’ont proposé quelques fois de changer un bout de phrase avec un autoritarisme dément : « Tu ne penses pas que ce serait mieux comme ça ? Je trouve, mais c’est toi qui vois ».
Jamais on ne m’a suggéré de modifications de l’histoire, du ton ou des personnages.
Jamais on ne m’a imposé quoi que ce soit.
Jamais on ne s’est fâché quand j’ai campé sur mes positions.
Jamais on n’est intervenu pour que ce soit « plus accessible », « plus vendeur », « plus peuple » ou que sais-je, et ce même pour mes bouquins les plus littéraires (bon, je ne fais pas du Proust, mais on se comprend).
Les seules modifications qu’on m’ait demandées ont concerné les commandes, les adaptations dans l’univers de quelqu’un d’autre. Et, même dans celles-ci, j’ai été autorisée à mettre « ma patte ».
Les seules suggestions qu’on m’ait faites, si on peut les appeler ainsi, se sont résumées à me tenir au courant qu’on cherchait des projets dans un style donné à un moment donné.
JAMAIS je n’ai eu à faire de compromis artistique pour un éditeur. Même les pires collaborations n’ont jamais « clashé » sur ce point, car on m’avait signé pour un projet clair et on savait à quoi s’attendre.

Ca ne signifie pas, d’ailleurs, que l’éditeur n’a pas à se mêler de l’artistique. Avec mon livre actuel, Alyssa 160, je suis, pour la première fois, demandeuse de conseils scénaristiques. Parce que je n’avais encore jamais écrit de gags, que je n’aurais probablement pas abordé ce genre si je n’avais pas eu une idée qui s’y prêtait particulièrement, que j’y prends cependant un plaisir qui me donne envie d’approfondir, que je souhaite des retours sur l’efficacité de mes chutes, et que la dessinatrice et l’éditrice sont mon premier public.
Mais si vous n’êtes pas assez carrés pour justifier vos choix d’auteur et tenir tête à un éditeur quand il vous fait une simple suggestion, ne lui mettez pas vos compromis sur le dos. Accusez votre propre inconsistance.

Des raisons qui font que ce n’est pas la panacée non plus :

Je n’exclus pas, cependant, de tester un jour l’auto-édition, car je déplore le manque d’audace actuel de la plupart des gros éditeurs. J’ai la faiblesse de penser que la production, par définition, implique une réelle prise de risque et, si l’on en croit l’état d’autres industries françaises, j’ai du mal à croire au caractère purement passager de cette tiédeur.
Je constate aussi que, de plus en plus, dans l’avalanche des sorties, beaucoup des rares innovations n’en sont qu’à moitié. Ok, on édite, mais on va voir si ça se vend tout seul.
Les projets osés sont difficiles à placer. Il faut s’appeler Larcenet pour faire du Blast.
J’ai, déjà, choisi pour un de mes futurs albums de m’adresser directement à une petite structure. Parce que je craignais que les grosses, même si elles l’éditaient, ne défendent pas bien le livre.

A l’ère du numérique et du crowfunding, l’aura de la reconnaissance de l’artiste par le producteur s’affadit. Le jour où il deviendra plus rentable pour les auteurs de se passer d’un éditeur, seuls quelques égos fragiles ressentiront encore le besoin impérieux d’emprunter cette voie traditionnelle. Et, là, je pense qu’on pourra vraiment parler de crise du livre.
Mais pas tellement pour les auteurs.

Bravo.

Mot-clef du jour : « phrase intellectuelle pour casser les gens »

Citation du jour : « Toute méchanceté a sa source dans la faiblesse » (Sénèque)

Alors, au départ, j’étais venue pour, à la lumière d’une nouvelle information, corriger une maladresse dans ma lettre à la ministre (c’est fait, dans le message concerné).
J’hésitais aussi à faire un post pour dire que j’appréciais quand même moyen que certains s’appuient sur mes propos, que j’ai voulu courtois, pour s’initier au bashing sur Internet, notamment sur le compte Twitter de Mme Filippetti. Déjà parce que c’est pas très choupinou, ensuite parce que, pour être pris au sérieux, écouté et soutenu, il est généralement conseillé de ne pas se comporter en gros péquenaud bourrin, enfin parce que, grâce à cette brillante stratégie, le débat se déplace sur le mini-clash entre la ministre et la presse qui a repris nos lettres, oubliant au passage le sujet de départ : la précarité des auteurs (retour à la normale, quoi).
Et puis, je suis tombée sur cet article, et notamment cette phrase : « ‘Aurélie Filippetti est excédée’, nous précise Franck Chaumont, conseiller presse et communication de la ministre – qui confirme qu’il n’y a pas eu mauvaise manipulation ou piratage de son compte. ‘Elle a été prise à partie sur Twitter, c’est là qu’elle y a répondu. Il y a un moment où il faut répondre calmement mais fermement à des blogs qui pratiquent la désinformation. D’autant plus lorsqu’ils sont repris ensuite par des sites sérieux comme Télérama ou Rue89‘. »

Monsieur Chaumont, je vous crois les épaules trop larges pour être ne serait-ce qu’ébranlé par le dégoût que vos propos m’inspirent. Alors je garderai en mémoire l’échange poli que j’ai eu avec monsieur Tiphagne qui a eu la courtoisie et le professionnalisme de m’appeler, quand bien même mon courroux lui était moins préjudiciable que celui de la presse.
A vous, que j’espère peu représentatif de la façon de penser de vos employeurs, je ne dirai qu’une chose : Bravo.
Très classe, très mature, très digne, très courageux.

Sur ce, je retourne travailler. Comme vous le savez sans doute, moi, je ne suis pas payée pour participer à des disputes de collégiens.

Réponse du ministère

Mot-clef du jour : « qu’est ce que la vie d’adulte »

Suite à la lettre ouverte à Mme Flippetti (voir post précédent), le ministère m’a contactée, en la personne de monsieur Alexandre Tiphagne, son chef-adjoint de cabinet.
Bon, je tiens à le remercier de m’avoir personnellement contactée, j’avoue que je m’attendais à un bref mail un peu « type », ça fait déjà plaisir.

En vrac, ressort de cette discussion :
– Que le ministère n’ignore pas la situation des auteurs, qu’ils sont même plusieurs anciens auteurs eux-mêmes. Que le statut des auteurs est régulièrement au centre des discussions, même si ce n’est pas bien repris dans la presse.
– Que la visite à Angoulême s’inscrivait dans le cadre d’une politique culturelle sur le territoire, qu’ils sont bien conscients que le FIBD n’est pas représentatif du quotidien de la bd.
– Qu’ils ne sont pas allés voir que les gros éditeurs (mais notamment, à temps égal, les indépendants)
– Qu’ils sont en train de travailler à un accord sur le contrat d’édition avec l’ensemble des acteurs de la profession (y compris le SNAC). Que le numérique a servi de fer de lance au lancement de cette discussion, mais qu’elle concerne le contrat global (notamment concernant la reddition des comptes, qui pose un vrai problème actuellement). Dans une semaine, les partenaires doivent aboutir à un accord. Dans le cas contraire, ce sera (je cite : ) « à l’Etat de prendre ses responsabilités ». Qu’ils ont bien dit au SNE qu’il devait lâcher du lest, et que ce dernier a proposé récemment des avancées réelles.
– Que l’aide à la librairie est un de leurs gros chantiers actuels, raison pour laquelle elle a insisté sur le rôle du libraire.
– Que, quand elle a parlé d’absence de crise de la bd, elle s’exprimait relativement à l’ensemble des secteurs artistiques.

J’ai bien insisté, de mon côté, sur le fait que je comprenais que des propos puissent être sortis du contexte, des phrases maladroites prononcées parfois, et qu’on (enfin, je, tout du moins) n’allait pas jouer sur les mots juste pour les critiquer, mais que le fait que les auteurs semblent systématiquement exclus de toute discussion concernant l’économie du livre (on les cite, oui, mais plus pour parler d’un « beau métier certes difficile ») était un réel problème. Qu’on était des artistes, mais aussi des travailleurs. Et que notre statut était catastrophique. Que le numérique était un symbole de fracture mais pas le sujet le plus grave super important de la life non plus. Et que même « relativement » on ne pouvait pas dire qu’il n’y avait pas de crise dans la bd.
Le monsieur m’a répondu qu’il n’allaient pas tout résoudre mais qu’ils y travaillaient sérieusement.

Bref, wait and see. Des résultats sont attendus ce mois-ci concernant le contrat d’édition, d’autres en mars (surtout concernant les libraires) pour le Salon du Livre.

Je vous livre les choses brutes, à vous de vous faire votre propre opinion. En ce qui me concerne, je suis dans l’expectative, espérant de petites avancées générales sans m’illusionner, vous vous en doutez bien (enfin… j’espère que vous vous en doutez, ya parfois des sur-interprétations curieuses quand je poste un truc sérieux, ça m’effraie un brin, mais ça doit être mon côté open d’artiste qui me rend facilement surprise).

Un petit tour sur le site Bulle d’Encre vous en dira plus.

De mon côté, j’espère surtout que mon article aura permis à certains de prendre conscience de la réalité de la situation de la majorité des auteurs, et de réaliser que ce n’est pas parce qu’on fait un métier agréable qu’on doit être prêt à tous les sacrifices. Oui, nous assumons notre choix. Non, nous n’avons pas à « faire un autre métier si on n’est pas contents » (dites ça aux précaires pas artistes, tiens, on va rigoler).

Ah et, personnes qui ont découvert mon nom suite au mini-buzz… soyez curieux des jeunes auteurs. Ne vous laissez pas noyer dans la masse des nouveautés. Sortez des sentiers battus, farfouillez, demandez conseil, ouvrez-vous à ce qui sort de l’habituel, oubliez les genres, oubliez les a priori sur le mainstream et l’underground (et sachez qu’il y a un MONDE au milieu), n’ayez pas peur d’être surpris ou remis en question par une oeuvre… Bref : faites vivre le livre et les auteurs.

Sur ce, je retourne gagner mes pâtes, en espérant pouvoir y mettre un peu plus souvent un morceau de jambon.

Auteurs de bd – Non, tout n’est pas « extrêmement positif »

Mot-clef du jour : « blague extremement drole »

Lettre à Madame la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, suite à son entretien avec Didier Pasamonik, du site ActuaBD.

Madame la Ministre,

Scénariste de bandes dessinées, j’ai lu avec intérêt votre interview sur le site actuabd. Je ne vous cache pas que j’en suis ressortie triste, amère, et très inquiète quant à l’avenir de ma profession.

Passe encore votre méconnaissance de ce média, vous avez au moins la franchise de la reconnaître. Passent plus difficilement les clichés que vous y associez (oseriez-vous tenir ces mêmes propos vis à vis du cinéma, un autre « art populaire » destiné à ceux qui n’ont pas la maturité ou l’intellect nécessaire pour aborder de vraies œuvres ?). Ne passent pas du tout vos affirmations quant à la santé du milieu qui, selon vous, semble se résumer au nombre de sorties.
Vous parlez du numérique comme d’un sujet réglé alors qu’il s’agit de l’un des plus gros conflits actuels entre auteurs et éditeurs. Il existe un syndicat des auteurs, le SNAC, qui œuvre depuis des années, en vain, pour aboutir à un accord raisonnable sur ce sujet. Mais vous n’avez discuté qu’avec le SNE. Auriez-vous parlé d’accord sur une politique industrielle en ne négociant qu’avec le MEDEF ?
Vous semblez ignorer la fulgurante baisse des ventes des nouveautés mises sur le marché, et même la diminution de la rentabilité des best-sellers. Mais, eh, « la diversité est conservée » !
Vous parlez des libraires, en affirmant que le livre n’est rien sans eux. L’affirmation, un peu plus nuancée, aurait pu être vraie. Mais vous semblez oublier que l’inverse l’est plus encore. Un écrivain, sans éditeur, ni diffuseur, ni libraire, est toujours un écrivain. Mais aucune des professions du livre n’existerait sans les auteurs. Les auteurs, systématiquement oubliés de toute discussion un peu sérieuse (entendez par là : « économique ») sur leur milieu.

Permettez-moi de brièvement vous exposer mon cas. Je suis scénariste professionnelle depuis 2006. Je travaille à plein temps avec quatre des plus gros éditeurs de bandes dessinées. Malgré ma faible notoriété, mes livres (pas tous pour les enfants, certains littéraires, eh oui !) reçoivent des retours globalement très positifs du public et des médias.
Cette année, j’ai gagné en moyenne 750€ par mois. Suite à un incident professionnel vécu par mon conjoint, j’ai failli, enceinte de mon second fils, ne plus pouvoir payer mon logement.
Ma situation, madame la Ministre, n’est pas une anecdote isolée et personnelle. Elle est celle de l’écrasante majorité des auteurs de bd. Et je fais partie des chanceux. Ceux qui survivent.

Les propos que vous avez tenus, vous, écrivain, me font trembler. Vous venez du roman et je sais, pour y travailler également, que la situation des auteurs y est encore pire. Je déplore que le succès, ou votre nouvelle position, vous ait à ce point déconnectée de la réalité de l’immense majorité de vos collègues.

Je ne suis pas engagée politiquement, je ne suis pas syndicaliste, je ne suis pas militante. D’autres interlocuteurs seront plus à même que moi de vous proposer des solutions pour faire face à une paupérisation toujours plus grande de ceux sur qui repose toute la chaîne du livre. La situation est complexe. Les éditeurs, également, doivent être entendus. Personne ne vous demande de miracle. Mais un peu d’attention, un respect suffisant pour vous documenter un minimum serait un bon début. Ne vous a-t-on pas remis en mains propres le documentaire « Sous les Bulles », qui donne la parole à tous les métiers concernés par le sujet ? Regardez-le, s’il vous plaît. Il dure moins d’une heure et économisera un long travail de recherche à vos assistants.

Nous faisons un vrai métier.

Cordialement,

Isabelle Bauthian
Scénariste, écrivain, caressant encore l’espoir que sa ministre et consœur accordera à son métier l’attention qu’il mérite.

Edit « Alors comme ça ya des gens que ça choque que je compare le SNE au MEDEF » :
Mes petits amis, je SAIS que l’éditeur est un partenaire et non un patron. J’ai d’excellentes relations avec la plupart de mes éditeurs. Des relations fondées sur la confiance et le respect mutuel. Dargaud m’a d’ailleurs offert un très bon exemple de ce qu’est le respect de l’auteur récemment, j’en profite pour les remercier (coucou !).
Reste que, à titre individuel, on sait tous que la relation de dépendance n’est pas spécialement équilibrée. Des centaines d’auteurs, 5-6 éditeurs qui permettent de vivre de son art, même dans le meilleur des mondes ça semble une équation assez simple à résoudre.
Bref : ma remarque n’avait rien de dépréciatif, ni pour les éditeurs, ni pour la gauche, ni même pour le MEDEF. Je comparais juste des situations qui me semblent assez évidemment similaires. Quand on négocie, on ne le fait pas qu’avec un seul des partenaires sociaux, a fortiori avec le plus fort. C’est tout. Vous pouvez maintenant respirer mais faites gaffe : les idéologies et les grands principes, il parait que ça rend parfois un peu nerveux dans l’interprétation des choses.

Edit « La bd, c’est pour les enfants… Wé, non, en fait, elle n’a pas tout à fait dit ça » :
D’après monsieur Chaumont, conseiller en communication de la ministre, « L’entretien [sur actuabd] a eu lieu lors d’un atelier avec des élèves de CM1 et CM2, dans le cadre du tour de France de l’éducation artistique initié par le ministère de la culture et qui s’arrêtait à Angoulême. D’où la focalisation sur les enfants lors de l’interview. »
Bon, ça ne change rien au fond de ma lettre qui, je le rappelle aux mal-comprenants, concerne la crise des conditions de rémunération des auteurs de bd (comme le formulait fort judicieusement un mien-collègue), mais je trouve honnête de le préciser. D’autant que, si j’avais su ça dès le début, et même si ça m’agace toujours un brin qu’on parle surtout de l’aspect « jeunesse » de la bd car ça entretient les clichés, je n’aurais pas ironisé dessus.

De l’activisme exigé

Mot-clef du jour : « un homme qui vous a pas respecter trahi comment agir quand on le croise »

Dans l’édition d’aujourd’hui du Huffington Post, Marlène Schiappa* se demande s’il est possible de boycotter le réveillon du nouvel an sans passer pour un misanthrope.
J’ai commencé à répondre que, moi, je ne le fêtait pas et que je me fichait un peu de pour quoi je passais mais, rapidement, la question suivante est venue se poser à mon esprit disgressif : « est-ce que je suis vraiment obligée de boycotter ? »
Parce que… Bon, ok, chacun a réalisé, à un moment de sa vie, qu’il est parfois difficile de ne pas se fondre dans le moule sans se faire regarder de travers. Oui, la différence est menaçante, oui, affirmer sa personnalité n’est pas toujours simple (ceci dit, ça s’appelle grandir, et c’est pas non plus sensé être un chemin de croix), oui, la pression de la société, houlala, et ça demande du courage de devenir soi-même, je vous dis pas mon bon monsieur, alors, forcément, on aime bien que ceux qui y arrivent le crient haut et fort, ça les rend un peu plus normaux à nos yeux apeurés.
Donc, allez, je veux bien boycotter si ça vous fait plaisir. Mais quelque part ça me contrarie un peu parce que l’activisme c’est fatiguant, surtout quand on se tamponne de la cause, et moi tout ce que je veux c’est passer la soirée avec une verveine menthe et un bouquin dans mon pyjama en pilou, et encore, même pas tous les ans, juste si, comme souvent, j’ai rien prévu.

Je ne fête pas le nouvel an pour deux raisons très bêtes : d’une part parce que c’est un truc de fêtard et je ne suis pas fêtarde, d’autre part parce que je trouve ça couillon.
J’aime sortir avec des copains, j’aime faire des bouffes ou aller au spectacle, mais la fête, dans son côté lâchage de soupapes débridé et délires youpi-tralalère, je n’en ai jamais ressenti le besoin.
Et je trouve la célébration d’une date couillonne parce que je n’ai pas la culture du symbole. J’ai déjà essayé, hein, en plus, pas chiante pour deux sous, mais je n’ai pas réussi à intégrer le concept. C’est une date. Un foutu chiffre. Et c’est au milieu de l’année scolaire, quand on a déjà recommencé toutes nos activités, quand le boulot est bien lancé, quand les gamins ont déjà changé de classe… Non, sans déconner, il se passe quoi de spécial, le 31 décembre ?
Naaaan mais c’est boooon, fais pas chieeer avec tes phraaaases, c’est juste une occasiiiooooon, quoiiii. Oui, ben à la limite, si tu m’invites à un truc cool, je viens, hein, comme je l’ai dit, en vrai, ça me contrarie de boycotter, surtout quand on parle de bouffe gratos. Mais des occasions, finalement, yen a d’autres, à des moments où on ne se pèle pas de froid, où le périf n’est pas blindé de connards alcoolisés, où c’est pas une chierie pour trouver un baby sitter, et où on a eu le temps de digérer la dinde aux marrons.

Je ne fête pas non plus la Saint Valentin. Pas parce que c’est consumériste gnigni ou qu’on n’a pas besoin d’occasion pour se dire qu’on s’aime gnagna. Non, je ne fête pas la Saint Valentin parce qu’il se trouve que oui, mon copain et moi, on se dit qu’on s’aime toute l’année, que oui on se fait des cadeaux régulièrement et sans occasion spéciale et que, du coup, on ne voit pas au nom de quel masochisme idiot on se forcerait à garder un œil sur le calendrier pour penser à se tasser dans des magasins ou des restaurants un des rares jours de l’année où l’on est à peu près certain qu’ils seront noirs de monde. Par contre, on s’en fout que ce soit une fête capitaliste et ça ne nous remue pas une cellule stomacale que ce soit hérité de la France de Vichy (d’autant que ce n’est PAS une invention de Pétain, quitte à asséner avec un petit air péteux des trucs que tout le monde sait, arrangez-vous au moins pour qu’ils soient vrais).

J’ai une télé. Plusieurs de mes amis n’en ont pas, alors on les traite de hippies ou d’élitistes… en tout cas, on leur a tous demandé au moins une fois d’où, grands dieux, venait ce besoin de ne surtout pas faire comme tout le monde.
La plupart de mes copains sans poste n’ont même pas consciemment pris la décision de s’en passer. Simplement, à un moment de leur vie, au détour d’un déménagement, d’une panne ou d’une semaine de folie, ils se sont retrouvés sans télévision. Et ça ne leur a pas manqué, et ils ne l’ont jamais rallumée/n’en ont jamais racheté. Ils ont fait comme avec n’importe quel objet dont ils ne voyaient pas l’utilité, il n’y a qu’avec la télévision que ça a fait meugler le chaland. Du coup, la question devient : « mais d’où vient ce besoin de faire comme tout le monde au point d’emmerder ceux qui ne suivent pas le mouvement ? », mais comme tout le propos de cette note est de démontrer qu’on peut faire ce qu’on veut sans revendication particulière, et que de toute façon c’est une question de merde, je ne vais pas la traiter, sinon ça va finir en « PC ou Mac ? », « Quick ou MacDo ? » ou, pour la nouvelle génération de snobinards des abysses, « Nolan ou Whedon ? ».

Je n’ai rien contre les traditions. Je marque le coup à Pâques parce que je trouve ça marrant de voir les gamins chercher des trucs dans les jardins, j’achète ma galette des rois parce que miam, je célèbre les anniversaires juste parce que je n’ai jamais remis ça en question, et je fête un Noël athée avec un nombre de cadeaux décent.
Je n’ai rien contre les traditions mais je ne me force pas à les embrasser. Ça ne fait pas de moi une punk, une altermondialiste, une hippie, une élitiste ou une misanthrope. Je fais juste ce qui me plaît, en espérant que ça ne vous collera pas une ride du lion de le constater. Et j’essaie de le faire… oh, en l’espèce, même pas avec respect de moi-même, amour de la liberté ou autre concept de bisounours gauchiste… non, juste avec un minimum de foutue logique. Et j’apprécierais d’avoir encore le droit de simplement me battre la race d’un sujet donné.

Oui, il existe une troisième voie, entre le conformisme de moule et le militantisme chieur, vous n’avez qu’à dire que je milite pour si ça vous rassure.
Mais la seule raison pour laquelle je ne fais pas systématiquement les choses que tout le monde fait, c’est que j’fais s’que j’veux, quand j’veux. Et j’aimerais bien ne pas avoir à ajouter : et j’vous emmmerde. Parce que ce serait bien plaisant que ça ne vous emmerde pas.

 

* : Marlène Schiappa est journaliste et essayiste. Elle est aussi la fondatrice du réseau Maman Travaille qui milite pour une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Je vous conseille hautement de vous intéresser à son travail.

Remerciements et gazouillis

Mot-clef du jour : « des gens du havre qui invite les gens chez eux pr une bonne soirre »

Quand j’ai posté la note précédente, j’avais dans l’idée qu’elle ferait le tour de mes « contacts bd », qu’elle serait un peu relayée, jusqu’à arriver aux yeux de quelques directeurs de collection et chargés de comm’ qui sauraient que je recherche des commandes. Ca ne coûte rien de tenter le coup, on ne sait jamais, il ne faut négliger aucune piste, et cætera.
Au lieu de ça, sur mon blog déserté suite à 2 pauvres infos postées cet été entre un bâillement et une balade en forêt, voici ce qui s’est passé :

J’ai commencé à essayer de remercier individuellement tous les gens qui avaient transféré mon appel sur FaceBook, puis j’ai rapidement perdu le fil, le message s’est retrouvé sur Twitter, j’ai reçu plusieurs pistes venues de proches, de vagues connaissances et d’inconnus. Alors, en un mot : MERCI !

Merci d’avoir pris le temps de transférer, merci de m’avoir fait passer vos tuyaux, merci pour les gentils mots que j’ai vus passer çà et là sur la qualité de mon travail, merci aussi d’avoir respecté mon intimité dans cette situation difficile comme je le demandais. Vous êtes super, adorables, gentils, MERCI.

Pour info, ma situation, même si elle reste difficile, semble un peu moins noire que la semaine dernière. Entre prospection dans nos domaines d’activité et recherche de pistes plus alimentaires, il semble que, sans échapper à un sérieux serrage de ceinture façon corset, nous ayons déjà la certitude de ne point passer l’hiver à squatter chez autrui.
Bien-sûr, il va falloir concrétiser les pistes qui s’offrent à nous (rien de signé à ce stade), bien-sûr, je suis toujours en recherche de boulots… Mais on commence à envisager les choses calmement à défaut de tout à fait sereinement.

Et, dans cette vague enthousiasmante, suite aux conseils de collègues qui m’affirmaient que « naaaan mais quand t’es freelance il FAUT aller sur Twitter, c’est VACHEMENT plus efficace que FaceBook. Mais naaaaaan c’est pas forcément bordélique/conformiste/chronophage ! Vas-yyyyyyy ! », j’ai craqué.
Conspuez donc ma faiblesse et, si vous souhaitez gazouiller avec moi, c’est

@IsaBauthian.

Je cherche du travail. C’est urgent. J’en appelle à vos réseaux.

Mot-clef du jour : « probleme? »

Note préliminaire : Je sais que j’ai tendance à forcir le trait, et à abuser d’un langage peu châtié pour le plaisir. Aujourd’hui, urgence signifie urgence, misère veut dire misère, et le merdier est bien le merdier. Donc, pour ceux qui ont l’habitude de prendre tout au premier degré, ne changez rien : c’en est.

La situation :
Pour des raisons trop longues (et agaçantes) à expliquer, mon conjoint se retrouve à partir de ce mois-ci sans revenus. Moi, je n’ai pas les moyens de faire vivre seule ma famille.
Pour des raisons encore plus longues (et tout aussi agaçantes) à détailler, la bande dessinée, en ce moment, ne signe quasiment pas de nouveautés.
Une personne, qui devait me faire travailler dans la presse, a rompu son accord de principe il y a quelques mois, ce qui fait que je ne dispose, actuellement, que de la dite bd pour survivre.
Ça fait longtemps que nous sommes pauvres. Nous vivions avec, satisfaits par d’autres aspects de nos existences, tout en envisageant une diversification professionnelle (dans l’écriture d’animation en ce qui me concerne) pour laquelle nous pensions avoir une petite année devant nous. Aujourd’hui, sans crier gare, notre situation franchit la barre du catastrophique. Catastrophique étant à prendre dans le sens : « c’est pas qu’on risque de devoir se serrer la ceinture, c’est qu’on risque d’être à la rue ».

Ce que je recherche :
Du TAF.
Du taf PAYE.
Des pistes CONCRETES.
Dans le REDACTIONNEL.
Dans les domaines où j’ai de l’expérience :

  • Bande dessinée (tout public, tout genre)
  • Adaptations (tout support)
  • Romans ou essais de commande (y compris collectifs)
  • Communication, institutionnel, communiqués de presse
  • Journalisme (scientifique ou culturel essentiellement)
  • Audiovisuel (prises de vues réelles ou animation)
  • Modération de forum

Dans ceux dans lesquels j’ai des compétences :

  • Traduction anglais → français (anglais scientifique possible)
  • Rédaction de catalogue
  • etc…

Mon CV est en ligne.
Je suis mobile tant que c’est financièrement rentable (je collabore pour l’instant avec des gens sur Paris, mais aussi avec le Nord et la Lorraine). Je travaille vite et bien, et je m’adapte extrêmement facilement aux nouveaux environnements.
Mon seul impératif, à ce jour, est de travailler en freelance, en télétravail ou en mission.

Mon conjoint cherche, lui aussi, du boulot en tant qu’acteur, réalisateur, scénariste.

Ce que je ne recherche pas :
Des considérations profondes, dans les commentaires, sur la situation de la bd, le statut de freelance, celui d’auteur ou celui d’artiste, la crise, la gauche, la droite… Des supers anecdotes en rapport avec ce qui m’arrive.
Des messages de sympathie. C’est gentil, mais c’est pas le lieu.
Des conseils évidents (Tu as pensé à demander à tes éditeurs s’ils avaient des commandes ? Tu as appelé Pôle Emploi ? Tu as contacté des agences d’intérim/de comm’ ? T’as pas droit au RSA ? Ta famille peut pas t’aider ? Et le crowfunding ? Et l’auto-édition ?). Partez du principe que si l’idée est logique, je l’ai déjà eue.
Des plans de merde : boulot gratuit (hors test évidemment) ou payé uniquement sur bénéfices, lien vers une obscure association ouverte aux gens dans mon cas qui se regroupent pour refaire le monde sans trouver de boulot vu qu’ils en oublient de chercher, idées surréalistes (« La petite cousine par alliance de mon beau-père est balayeuse chez EuropaCorp, elle peut peut-être te présenter des gens ? »), réseaux à la légalité douteuse…

En très clair et prosaïque : le but de cette note est de contribuer à me sauver la mise, pas de meubler mon temps libre.

Vous êtes évidemment autorisés, voir vivement conviés, à faire tourner ce message et le CV associé. L’onglet « contact » est en haut à droite de cette page.

Mes excuses pour mon ton particulièrement abrupt. Promis, je serai drôle un autre jour.

Et, bien entendu, je vous remercie sincèrement pour votre aide.

Isabelle.