Archives pour la catégorie Blabla

Retour d’Outretombe

Mot-clef du jour : « la vie privée d’une célébrité »

Il y a de l’écho, ici, vous ne trouvez pas ?

Il faut dire que j’ai été « légèrement » occupée ces derniers mois : travail intense sur le tome 3 d’Alyssa, bouclage d’un gros projet dont je vous parlerai très bientôt, lancement de deux chouettes commandes de bd, mise en place de quelque chose d’assez colossal à réaliser avec Anne-Catherine Ott (chht, c’est secret) et… tournage d’un film.

Comme ceux qui suivent le savent peut-être, j’ai eu la chance, le plaisir, la fatigue et le stress de jouer dans le premier long-métrage francophone en un seul plan-séquence (on dit « action ! » et on tourne d’une traite pendant 1h30). Ça s’appelle Maintenant, c’est une histoire d’amour et de secrets de famille écrite et réalisée par Michael Castellanet (qui joue aussi dedans), et c’est avec les formidables Jean-Claude Dreyfus, Brice Tripard et Olivia Algazi. Nous entamons actuellement la post-production et la recherche de distributeur.
Vous pouvez voir plein de magnifiques (sisi) photos de tournage sur la page FaceBook officielle du film.

fin_tournage

Vous comprendrez donc que ce site sente un peu le moisi, mais je reviens aujourd’hui pour ouvrir les fenêtres. Nouvelles dédicaces annoncées dans la colonne de droite, bibliographie en cours de mise à jour et, bientôt… de passionnantes nouvelles !

Rappel

Mot-clef du jour : « j’ai ma vie d’adulte »

Suite à la Marche des auteurs de bandes dessinées au festival d’Angoulême, je me suis dit que c’était l’occasion de donner une seconde vie à ce texte que j’avais écris il y a déjà six mois (six mois qu’on nous balade alors que nous ne demandons qu’une concertation à propos des modalités d’une réforme que nous acceptons par ailleurs) pour Le Plus du Nouvel Obs.

Je suis scénariste de bandes dessinées depuis 2005. Après quelques succès d’estime, je travaille sur une série grand public, bien défendue par mon éditeur. Aujourd’hui, avec deux enfants à charge et un conjoint à temps partiel, je gagne l’équivalent de 950 euros par mois.

Pourtant, ma situation n’est pas la pire parmi mes collègues. Nous subissons largement précarité et pauvreté. Seule la distance séparant l’épée de Damoclès de nos nuques varie. Mais on s’habitue. On apprend à vivre en oubliant jusqu’au souvenir des moments de sérénité.

Contrairement à d’autres travailleurs pauvres, nous exerçons un métier-passion. C’est une chance et une richesse que nous n’aurons jamais l’indécence de réfuter.
Je ne me plains pas, donc.
Et je suis débrouillarde : jamais d’emprunt, jamais de découvert… Je parviens même, en sacrifiant ma vie sociale, à mettre parfois quelques dizaines d’euros de côté.
En opposition à l’imagerie populaire qui se plaît à dépeindre les artistes comme de grands enfants rêveurs, ce métier nécessite beaucoup de rigueur et un profond sens des réalités.

Il y a deux ans, mon conjoint a soudainement perdu son travail. J’ai utilisé mon maigre réseau dans le but de décrocher, en urgence, de nouveaux contrats.
Le fort relais de mon annonce m’a fait prendre conscience que je n’étais pas seule. Que tous ces gens qui partageaient ma demande étaient motivés, outre par la volonté d’aider, par la peur.
« Demain, ça pourrait être moi », m’ont-ils avoué.
Nous nous serrions les coudes, toujours sans nous plaindre. Métier passion.

L’année dernière, je me suis tout de même permis d’interpeller Mme Filippetti quant à l’optimisme malsain de ses propos au Festival d’Angoulême.
En effet, comment pouvait-on affirmer sans trembler la bonne santé d’un secteur dont le premier maillon, les auteurs professionnels (sur lesquels repose au bas mot 80% de l’économie du livre, un domaine qui génère 80 000 emplois) gagne à peine de quoi se loger et se nourrir ?
J’ai manifesté mon incompréhension, j’ai déballé sans pudeur ma situation personnelle, recevant les promesses rassurantes de son chef adjoint de cabinet et le mépris de son conseiller en communication.
Je ne me suis pas plainte. Métier passion.

Aujourd’hui, le RAAP, l’organisme chargé de gérer notre retraite complémentaire, a décidé de passer d’un système de cotisations par tranches à un calcul en pourcentage de nos revenus. Sans concertation ni étude d’impact sur notre niveau de vie, ce taux a été fixé à 8%.
8%. Un douzième.
Un mois de revenus en moins pour une profession dont l’immense majorité des actifs ne gagne même pas le SMIC pour des journées de 10 à 15 heures de travail, week-ends compris.

Je ne pourrai pas payer.
La retraite complémentaire est un progrès social. Même si, comme beaucoup d’indépendants, nous ne nourrissons que peu d’illusions quant à ce qu’elle nous rapportera vraiment, nous jouons le jeu. Par solidarité.
Et un système proportionnel aux revenus nous semble juste. Mais ce taux ubuesque tuera la plupart d’entre nous. Je ne serai ni la première ni la dernière à tomber.

Métier passion ?

 

Nous payions déjà un lourd tribut pour avoir eu le courage et la chance de l’exercer. Nous n’aurions jamais imaginé que la mise à mort viendrait d’un organisme censé protéger nos intérêts.

 

Plus de 1000 auteurs de BD (sur environ 1500 professionnels) ont, à ce jour, signé une lettre ouverte à la ministre de la Culture. 
Le 26 juin, une délégation de notre syndicat sera reçue au ministère. Nous voulons un abaissement de ces prélèvements, un étalement de la réforme, un peu de sang froid et de rationalité…
Depuis une semaine, de nombreux auteurs d’autres secteurs du livre nous rejoignent. Nous nous fédérons afin de sauver nos emplois, nos existences, notre avenir.

 

Si cette réforme est malgré tout ratifiée, demain, seuls les plus riches d’entre nous pourront se permettre de continuer. A quoi ressemblera cette nouvelle production ?

 

Je me plains, donc.

 

Et, entre un soupir inquiet quant à l’avenir artistique de ma profession et une recherche d’emploi qui m’apprend que je suis surqualifiée/surdiplômée pour tout travail alimentaire, je me demande si, en 2016, les personnes supposées assurer ma sécurité vont, avec la complicité de l’État, me mettre à la rue avec mes gosses.

Et après ça, je continue de la fermer.

Mot-clef du jour : « cette année j’ai pas été classe, je me suis comportée comme une chaudass »

J’emmerde les bigots qui demandent à des non-croyants de respecter les traditions des croyants.
J’emmerde les tièdes qui pensent qu’il faudrait faire preuve d’égards pour la superstition alors que c’est tolérable d’insulter la raison.
J’emmerde les naïfs privilégiés qui ne pigent pas qu’on ne vit pas dans un délicieux monde rationnel, et que se foutre de la gueule de personnes qui s’en prennent déjà plein la tronche au quotidien, ça fait plus de mal que de se payer celles des hommes blancs hétérosexuels de classe moyenne supérieure.
J’emmerde les lâches qui se réfugient derrière Desproges pour insulter leurs camarades sous couvert de droit à l’humour (pour info, le « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » signifiait précisément que la blague devrait être contextualisée).
J’emmerde les incultes qui disent « c’est du second degré » sans connaître la définition de « second degré ».
J’emmerde les bas du front qui mettent des gens tenant parfois des propos maladroits et irrévérencieux envers les minorités dans le même sac que les cadres du FN.
J’emmerde les malhonnêtes qui râlent qu’on n’a pas fait de marche pour le massacre au Nigeria. A moins bien-sûr qu’ils ne pleurent la mort de mon voisin de pallier autant que celle de leur père, leur fils ou leur petite sœur.
J’emmerde les médias voyeurs qui ont à peine couvert le massacre au Nigéria, trop occupés à montrer en direct la position des snipers aux preneurs d’otages (Voici un exemple de moquerie au « premier degré »).
J’emmerde les désespérants imbéciles qui ont insulté les personnes présentes à la marche de dimanche ou les personnes qui en étaient absentes. (Dans un contexte de lutte pour la liberté de parler et d’agir, chapeau, les gars ! (Voici un exemple de moquerie au « second degré »)).
J’emmerde les monstres de prétention qui prétendent parler au nom de Dieu.
J’emmerde les ânes bâtés qui ignorent que la laïcité n’interdit pas de manifester sa foi, elle protège ce droit pour tous.
J’emmerde les dégueulasses qui ont déjà créé le « Point Charlie » parce qu’ils n’aiment pas qu’on leur suggère de se taire quand leur humour est blessant et naze.
J’emmerde les fragiles égoïstes qui hurlent « on ne peut plus rien dire » alors qu’ils sont payés des blindes pour déverser leurs insultes à la téloche mais n’ont pas les épaules pour supporter qu’on n’adhère pas à leurs propos.
J’emmerde les simplets qui hurlent au racisme dès qu’on remet en question certains aspects de l’islam.
J’emmerde les aveugles qui minimisent la responsabilité collective quand de jeunes français se transforment en terroristes.
J’emmerde les CAP-gauchisme qui résument ça à « c’est la faute au capitalisme ».
J’emmerde, enfin, les perfides qui refusent d’admettre que la liberté d’expression permet de ne pas aller en taule pour ses idées, mais n’oblige personne à les écouter.
J’emmerde tous ceux qui se sentent obligés de toujours l’ouvrir sous prétexte qu’ils en ont le droit.

Depuis quelques jours, j’emmerde à peu près tout mon entourage. Et, pour éviter de tomber dans les travers précités, j’ai pas mal fermé ma gueule. Mais, aujourd’hui, j’admire, le courage, l’humanisme, l’intelligence et la justesse des survivants de Charlie Hebdo pour cette magnifique couverture.

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Et j’avais envie de le dire, même si ça fait un peu Bisounours. Parce que, malgré les récupérations politiques, malgré les alliés ubuesques d’un soir, malgré les pleurnicheries télévisuelles, malgré la culture de la peur qui réinvestit les médias après cette parenthèse fraternelle, je me dis que, même si je suis bien loin d’adhérer à tout ce qui fait ce mystérieux « Esprit Charlie », l’espoir sera toujours permis tant qu’il restera des gens pourvus de ces qualités.

Tout nouveau, tout beau

Mot-clef du jour : « OLIE JAMBE MATURE »

Comme l’auront peut-être constaté les quelques égarés qui rappliquent sur ce blog même quand aucune nouvelle note n’y est postée, on a un peu tout cassé. Il faut dire qu’au bout d’un moment, le design des années 2003, ça a son charme, mais ça ne fait pas trop à la pointe de la modernité (et vous savez comme je tiens à être à la pointe de la modernité : j’ai même un téléphone portable qui va sur Internet).

En attendant une prochaine note qui ne saurait tarder, qu’il me soit permit de remercier pour son bénévolat dévoué à mes exigences à la con la formidable et patiente Nuryko, qui a aussi réalisé le beau site de Un Fil, notre projet de film. Au passage, sachez que la demoiselle fait également ce genre de travail contre rétribution financière, donc n’hésitez pas à la contacter.

Et, puisque je suis là, permettez-moi de vous rappeler que Rebecca Morse poursuit sa tournée de dédicaces d’Alyssa (pensez à regarder la colonne de droite). Elle sera notamment ce vendredi au Salon du Livre de Paris, et le week-end au festival bd de Cluny.

A très vite pour de nouvelles aventures !

Vous parlez anglais ?

Mot-clef du jour : « phrase intellectuelle pour casser les gens »

Je n’ai pas eu le temps/la motivation de faire un post de Noël, mais comme mes posts de Noël se résument généralement à dire « Joyeux Noël », vous ne ratez pas grand chose.

Par contre, j’ai fait un post de Noël sur mon tumblr, et c’est là que je voulais subtilement en venir.

Parce que oui, j’ai maintenant un tumblr.
Et c’est un peu particulier, parce que c’est un tumblr en anglais.
Je vous explique.
J’ai décidé, dans un moment de folie, que je voulais être capable d’écrire en anglais. Donc, je reprends des cours de grammaire, je lis plein de bouquins anglo-saxons en VO, je mate plein de films et de séries… et j’ai ouvert ce petit site où je mets des histoires courtes.
Le principe est très simple : quelqu’un me donne un mot et j’écris (directement en anglais) en fonction de ce que ce mot m’inspire.
Pour l’instant, je suis moyennement satisfaite. Sans surprise, mon niveau de langue est infiniment moins bon qu’en français, je pense que certaines tournures de phrases ne sont pas très idiomatiques et j’ai du mal à aller aussi loin que je le souhaiterais sur le fond. MAIS je suis tout de même contente de parvenir à pondre des textes un minimum construits qui, d’après les premiers retours que j’ai, semblent montrer un minimum que je sais écrire.

Et, comme j’ai vraiment besoin de retours pour progresser, amis lecteurs, j’aurais besoin de vous.
– Pour me suivre là-bas.
– Pour me donner votre avis sur mes textes (quel que soit votre niveau d’anglais du moment que vous le parlez assez pour piger ce que je raconte).
– Pour éventuellement me suggérer des modifications si vous êtes bilingues.
– Pour me proposer des mots.
– Pour parler de ce blog autour de vous.

Mon objectif : être capable de rédiger un court roman d’ici un an. Quelque chose de léger mais avec quand même un minimum de fond. Et je vous prie de croire qu’il va falloir bosser !

Le blog s’appelle Tea and Hard Cider (ce qui n’a aucun rapport avec le schmilblick, ce sont juste mes deux boissons préférées). Il n’y a que deux textes pour l’instant, dont un un peu expérimental, mais le troisième, une petite histoire de vampire, arrive lundi prochain.

Un grand merci d’avance !

Ah, et… Joyeux Noël, du coup.

Captain Obvious

Mot-clef du jour : « pacman comprendre »

En quoi admettre que nous ne naissons pas tous avec les mêmes facilités est-il nier qu’avec du travail et de la volonté on peut faire (presque) tout ce qu’on veut ?

Je me pose sincèrement la question.

En quoi admettre que l’inné existe est-il de l’essentialisme ?

En quoi signaler à un gamin qu’il semble doué pour un truc et l’encourager à persévérer s’il le souhaite est-il lui coller une pression ? En quoi constater qu’il part de loin est-il piétiner ses rêves ?

Évidemment que la plasticité cérébrale permet à l’acquis de très largement supplanter le tirage au sort génétique.

Évidemment que la technique, c’est une chose qui s’acquiert avec le travail.

Cependant, désolée si la vie est injuste, mais atteindre le même objectif demandera à certaines personnes plus de travail qu’à d’autres.
Et ce n’est pas JUSTE à cause de leur éducation, des pressions sociales, du poids des traditions, du vécu, tout ça.
C’est AUSSI parce que (bordel) (sérieusement faut l’écrire ?) : nous ne naissons pas égaux.
Je dois vraiment justifier cette affirmation ?

Oui. L’autre jour, j’ai discuté de don.
Je vis dangereusement.

Parce que figurez-vous que c’est un gros mot.
Car pour certaines personnes, admettre l’existence de ce dernier revient à nier la valeur du travail et de la volonté.
Et je m’interroge.
Car oui (gnigni), un don sans travail et sans envie, ça ne sert pas à grand chose.
Wé (gnégné), le travail et l’envie, même sans prédispositions, ont toutes les chances de vous permettre de réussir vos objectifs.
Oui, oui, si vous y croyez très TRES fort, vous pourrez réaliser vos rêves.

Mais de là à NIER la différence ?
A dire qu’on est tous pareils, qu’on a tous les mêmes chances, que l’inné n’existe même pas ?
(Les parents des génies de 5 ans qui résolvent des énigmes mathématiques seront ravis d’apprendre que tout va bien, leur enfant est comme tout le monde, il a juste potassé les bouquins de la fac d’à-côté derrière leur dos, le coquinou).
(Pareil pour ces Asperger qui, sans avoir jamais pris le moindre cours, te dessinent des villes avec une perspective au poil de cul juste après les avoir observés d’un hélico. Ah mais c’est pas pareil, eux ils ont des pouvoirs).
(Au passage, sportifs au pied du podium, pianistes passionnés de 14 ans n’ayant pas composé trouzemille symphonies comme le père Wolfgang, sérieusement, bougez-vous le cul, bande de nazes.)

Entendons-nous bien : moi aussi, j’ai très envie de croire que tout ce que j’ai mené à bien, je ne le dois à rien d’autre qu’à mon courage, mon travail et ma volonté.
Même que ça me ferait me sentir tellement supérieure à tous ces losers qui n’ont pas réussi.
Et puis, je trouverais ça si merveilleux, un monde à ce point empli de justice.

Mais à un moment, il faut être un minimum de bonne foi. Il y a plein de trucs que j’aime et dans lesquels je me serais épanouie et, bizarrement, j’ai surtout mené à bout ceux qui ne me demandaient pas d’efforts surhumains.
A quel point, d’ailleurs, nos goûts et notre volonté ne sont-ils pas façonnés par nos facilités ? Est-ce que je n’aime pas, aujourd’hui, plus l’écriture que le dessin en partie aussi parce que je m’y suis toujours sentie plus à l’aise ? Parce qu’on me disait : « C’est vachement bien » en lisant mes textes vite torchés alors que mes dessins patiemment exécutés ne récoltaient que des : « ah ouais, pas mal » ?

J’aurais très probablement pu devenir dessinatrice si j’avais eu le courage et l’envie de plus travailler.
Tout comme j’aurais pu devenir haltérophile malgré une maigre force dans les bras héritée de mon père et de bien d’autres ascendants avant lui.
M’est tout de même avis que je n’aurais pas chopé de médaille d’or aux JO. Quel niveau aurais-je atteint en dessin ? Mystère.
Reste que l’inné existe. C’est chiant comme tout, mais comme il n’est qu’une base sur laquelle travailler (ou pas) et ne prédétermine en rien ce que vous serez, rassurez-vous, c’est pas si grave.
N’employez pas le mot don si les connotations que lui ont en effet accolées des abrutis vous dérangent. Mais n’interdisez pas aux autres de l’utiliser dans son sens propre.
Foutez la paix à ceux qui ont emprunté un chemin différent du vôtre.
Et cessez de vouloir lisser les capacités de chacun.

Parce que c’est quand même marrant. D’un côté, on vous jette des tomates quand vous osez évoquer un « don », de l’autre, quand vous réussissez à force de travail et de volonté, ya toujours un con pour vous dire : « Ahlala, t’en as de la chance de vivre tes rêves ».

J’ai quand même un chouïa l’impression que le travail, c’est souvent la clé du succès… dans l’esprit de ceux qui ont réussi en travaillant.
Pour ceux qui se sont ramassés, c’est le bol.
Pour ceux qui avaient de grosses facilités et ce sont reposés dessus, j’imagine que ça doit être le don.

D’où finalement la question centrale de cet article : Ça va, les chevilles ?

Moi, rêveuse barrée, j’ai le droit de te chier dans la bouche

Mot-clef du jour : « qu’est ce que la vie d’adulte »

Je vous préviens, cette note ne va pas respirer la diplomatie.
Parce que des fois, quand on me hérisse trop, j’oublie un peu d’être douce et pure.

Ceux qui se sont réveillés d’une cryogénisation ce matin l’ignorent peut-être, mais La Vie d’Adele, adapté de la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, a reçu la Palme d’Or à Cannes.
S’en est suivi une polémique (ou, plus exactement, un gros gloubi-boulga de polémiques), le réalisateur, Abdellatif Kechiche, ayant été successivement attaqué pour avoir (1) omis de préciser que son film était adapté d’une bd, (2) zappé complètement Julie Maroh dans sa logorrhée de remerciements, (3) volé des images dans une manif lesbienne et (4) traité son équipe comme de la merde lors du tournage. Personnellement, je trouve la polémique n°1 mal formulée, les trois autres tout à fait justifiées, et en tout cas que ça commence à faire beaucoup. Mais on s’en fout, c’est pas de ça dont je voulais parler.

Je voulais parler de ces gens qui le défendent. Et plus exactement, de ceux qui le font avec l’argument suivant : « Non mais c’est bon, c’est sa personnalité décalée qui fait son talent. On n’attend pas d’un artiste qu’il marche dans les clous. D’ailleurs il fait de super films donc il a le droit. Et un artiste, ça doit être différent ».

« Un artiste, ça doit ».
C’est là que je voulais en venir.

Un artiste, ça doit être fou, fragile, ingérable, décalé, barré, rêveur.
Un artiste, du moment qu’il fait de belles œuvres, ça a tous les droits.
Ah, et ça a besoin d’être aimé, aussi. Et ça fait des oeuvres parce que ça coûte moins cher que de nourrir un labrador.

Je ne peux m’empêcher de constater que ces injonctions, quoique parfois reprises par certains artistes en mal de clichés, sont le plus souvent assénées par des gens qui… AURAIENT voulu être artistes. Amateurs plus ou moins éclairés, doux rêveurs, critiques, profs d’art*… Mes amis, ne vous êtes-vous pas demandés, des fois, si une des RAISONS pour lesquelles vous n’avez pas sauté le pas n’est pas précisément que vous avez une idée complètement foireuse de l’activité artistique ?

Mais ça, finalement, c’est votre problème. Le mien est tout autre, et c’est là que je vais être vulgaire.
Le mien, c’est de me demander DE QUEL FOUTU DROIT vous osez nous dire ce qu’est la réalité de notre métier et, pire, de notre PERSONNE ? De quel droit faites-vous de nous le réceptacle de vos fantasmes, comme ces dragueurs dégueulasses qui affirment que « cette fille, en fait, elle m’aime, mais elle ne le sait pas » ? Par quel égoïsme, par quelle prétention, par quelle indécence procédez vous ? Est-ce que vous vous permettez la même chose avec votre boucher, votre banquier et votre kiné, ou est-ce que c’est une petite boule puante juste pour nous ?

Vous savez pourquoi je suis devenue artiste ? En vrai ?
Déjà, j’ai toujours eu envie de faire un métier dirigé vers les autres. De me « sentir utile ». J’ai pensé à la médecine, à l’enseignement, au journalisme, à la recherche… j’en ai d’ailleurs tenté certains. Je voulais faire réfléchir, amuser, je voulais interroger.
Ça, c’est la belle raison. La seule que vous allez retenir si votre mauvaise foi dépasse mon imagination.
Car,  au moins autant, je voulais être indépendante. J’ai toujours eu du mal avec les horaires imposés. Pas de souci avec les patrons, mais un besoin de respecter mon rythme. Or, plusieurs métiers m’auraient permis cela en prenant moins de risques.

Alors pourquoi artiste ?
Parce que j’avais des facilités.
VOILA ma raison numéro 1.
J’ai été un mauvais chercheur, une vendeuse exécrable, une médiocre journaliste d’investigation. J’ai préféré être un bon écrivain.
J’ai fait ce job (et OUI PUTAIN, bande de cons éthérés, on a le droit de dire « job » quand on parle d’une activité artistique) parce que je savais le faire. Je suis devenue artiste parce que c’était SIMPLE. Et sérieusement, à bien des moments, j’aurais préféré être plutôt bonne en maths.

Les artistes ne passent pas leur vie à rêver. Rares, même, sont les métiers qui demandent d’être aussi terre à terre, aussi conscient des réalités.
Les artistes sont des gens comme vous, avec les mêmes contraintes, les mêmes envies, la même diversité de caractères, de forces et de faiblesses.
Et les artistes ont les MEMES droits et les mêmes FOUTUS DEVOIRS que chacun d’entre vous.

NON, faire de l’art n’est pas un passe-droit pour cracher à la gueule de son prochain, en tout cas pas sans rendre de comptes.
Et non, un artiste qui se préoccupe d’autrui ne fait pas des œuvres consensuelles. Fait des œuvres consensuelles un artiste avec une MENTALITE consensuelle. Et fait de belles œuvres, quel que soit son style, un artiste qui a de la foutue putain d’EMPATHIE !

Ce matin, sur FaceBook, je suis tombée sur cet article, évoquant un photographe qui trouve trop malin de faire pleurer des gamins pour prendre des photos.
Des bonnes photos, mais dont je doute que leur existence méritait de venir emmerder des mômes pour qui, rappelons-le, ce qui est une contrariété à nos yeux peut être, à la lumière de leur inexpérience, vécu comme un drame, même si ça nous parait con.
Je trouve que c’est la facilité absolue et, surtout, je trouve ça dégueulasse.
J’ai envie de lui dire que s’il veut du vrai sentiment, des vraies larmes, il peut se mouiller un peu et aller photographier de vrais drames, vu que c’est pas ça qui manque.
Ça fait de moi une coincée sans humour ? C’est pas normal de la part d’une artiste ?
Ben si tu penses ça, mange-toi ma consensualité dans la tronche, va te faire prendre avec du verre pilé, et achève tes plaies avec un lavement au jus de citron !
Ça va ? C’est suffisamment rock’n roll ?

 

* certains excellents, ce n’est pas la question, et NON, pas tous, ne venez pas me gonfler avec « tu généralises sur les profs et les critiques, c’est un peu facile, gnagnagna ». 

Voyage voyage

Mot-clef du jour : « dessin abstrait de la peur »

[Cette note est une copie du mail que j’ai envoyé au site de remerciements de l’Eurostar.]

Mon ami et moi sommes artistes. Ça signifie que nous avons des métiers cool, une quasi-liberté dans nos horaires, et des revenus cumulés équivalents au PIB du Burundi. Évidemment, cette constatation est d’abord triste pour le Burundi. Pour nous, elle implique surtout de vivre chichement, de gérer le stress des rentrées d’argent irrégulières et d’économiser plusieurs mois en prévision d’une dépense de plus de 200€.
Il y a quelques temps, nous apprenions que Ben Whishaw, un des acteurs les plus talentueux de sa génération et une de mes grandes inspirations, et Judi Dench, dont la carrière est au bas mot un modèle pour tout jeune artiste et toute jeune femme, jouaient ensemble au théâtre à Londres. Notre dernière grosse sortie, c’était en 2009. Bob Dylan au Palais des Congrès. On avait pris des places moyennes pour être raisonnables et on l’avait un peu regretté. Alors, cette fois, pas de blague : soyons fous, on mange des pâtes, et on claque nos £90 par tête pour les meilleurs sièges. Plus le transport, plus le logement… la moitié de nos revenus du mois y passent mais on s’en fout, on est contents, on y a d’autant plus droit qu’avec deux bébés à la maison on a besoin d’une vraie plage de repos. C’est parti, London calling !

Jour J. On a l’idée géniale de partir des Vosges, où on aime passer du temps. Voyage tranquille, avec un petit roman (en anglais, pour se remettre dans le bain). Arrivés à Gare du Nord, on se dirige tout joyeux vers le hall Londres. Et là, sur le chemin, les valises roulant à grand bruit, un doute m’assaille : est-ce que j’ai bien pris ma carte d’identité ?
J’ai souvent de ces petites angoisses : j’ai bien pris mon sac/les clefs de voiture/les clés de l’apart’/mon parapluie ? Pourtant, la réponse est toujours rassurante : oui, j’ai. J’ouvre donc mon portefeuille sans boule au ventre, juste « pour vérifier, hein, on sait jamais, et puis comme ça je l’aurai en main et on passera le contrôle plus vite ».
Et là, nous basculons dans le drame.
Ma.carte.d’identité.n’est.pas.là.

Flashback. Juillet 2012 :
– Chéri. Tu peux aller me chercher mon colis à La Poste ? Ya l’avis de passage sur la table.
– Ok, passe-moi ta carte d’identité.
– Dans mon portefeuille. Poche arrière.
15 minutes plus tard :
– J’ai ton colis.
– Merci. Oooh, regarde  : Mon pantalon de grossesse !
– Coool.

Mon.mec.m’a.pas.rendu.ma.carte.et.je.n’ai.aucune.foutue.idée.d’où.elle.est.
– Cherche dans ton sac ! Cherche dans ton sac, elle doit y être encore !
– Je ne la vois pas. Mais c’est bon, tu as ton passeport, non ?
– NON j’ai pas mon passeport ! Mon passeport est en sécurité dans une boîte sur mon bureau, PRECISÉMENT au cas où je me ferais tirer mon sac avec ma carte d’identité !
– Et ton permis de conduire ?
– C’est pas une pièce d’identité pour passer une frontière, bordel !
(Ma classe légendaire a tendance à se faire oublier en temps de stress)

On arrive au guichet, on s’explique. L’employé nous adresse un regard compatissant :
– Ça ne passera jamais. Côté français, c’est jouable, mais avec les Anglais, aucune chance.
– Putain c’est pas vrai. PUTAINSÉRIEUXC’ESTPASVRAI !
(Là, ça ne se voit pas, mais je suis en larmes, et Chéri n’est pas loin de m’imiter).
– Demandez toujours, on ne sait jamais.
Battant conjointement les records féminin et masculin du Cent Mètres Avec Valise, on se précipite vers les bornes d’enregistrement. Même son de cloche :
– Nous, on vous laisse passer, mais les Anglais ne voudront jamais.

Et tout d’un coup, on commence à avoir vraiment du mal à prendre du recul.
Nos premières vacances depuis trois ans.
Une pièce avec deux de nos acteurs préférés.
Les trois jours qu’on attend depuis des mois.
Les trois jours de détente après une année épouvantable qui a failli nous mettre à la rue.
Et la moitié de nos revenus mensuels nom de Dieu !

Face à mes larmes et aux tentatives désespérées de Chéri pour retenir les siennes, les agents se font compatissants.
– On va vous faire un a-valoir. Vous pourrez échanger vos billets pendant 2 mois.
– Mais la pièce ! La pièce ! 200€ de places et la pièce qu’on attendait depuis si longtemps ! Et c’est pour ça qu’on allait à Londres !
– On ne peut pas vous rembourser. C’est déjà un geste commercial de vous remplacer les billets.
– Je sais. Oh je sais, et merci, mais c’est l’horreur, c’est l’horreur… (À Chéri:) On n’aura jamais le droit au bonheur, jamais le droit d’être bien, yaura toujours une merde, TOUJOURS ! C’est pas possible ! C’est pas possible ! C’est pas possible d’avoir la poisse comme ça ! Et là c’est de notre faute, NOTRE FAUTE ! Jamais on n’aurait fait ce genre d’erreur avant. JAMAIS je n’ai oublié mes papiers ! Je ne crois pas à la malchance mais sérieux, SÉRIEUX, c’est QUOI notre problème ? C’estl’horreurl’horreurl’horreur…
(Des fois, la galère de trop cristallise tout le reste).
Un autre agent, une jeune femme, essaie d’aider :
– Vous n’avez pas d’autre pièce d’identité ?
– Si, mon passeport. Mais je ne sais plus s’il est à jour, et il est dans les Vosges… Mes parents y sont. Peut-être qu’ils peuvent m’envoyer un scan ?
– Je ne pense pas que ça suffira. Et s’il est périmé ça n’ira pas, c’est certain. Mais faites ça, et on essaiera de négocier avec les Anglais. Vous ne pourrez pas partir ce soir, mais peut-être demain matin. En attendant, on va s’occuper de l’échange de vos billets avant que le guichet ne ferme.
Chéri et l’agent foncent. Moi, j’appelle mon père, lui explique la situation, lui dis de sauter dans la voiture, de rouler jusqu’à chez nous, et que si mon passeport n’est pas dans la boîte en bois sur mon bureau c’est qu’il est dans le tiroir marqué « documents », et que mais bien sûr qu’il arrivera à utiliser notre scanner et grouuuuuuille !

Mon père et Chéri sont partis chacun de leur côté, l’un à 200 mètres, l’autre à 400 bornes. J’essaie de retenir les larmes qui reviennent et d’assumer mon erreur, mon chagrin, ma guigne. 5 minutes passent. Et là, la jeune femme qui était partie du côté anglais réapparaît, un peu essoufflée :
– Vous pouvez partir.
– Hein ?
– You-can-go.
– Tomorr… Euh… Demain ?
– Non, tout de suite ! Vite, votre train part dans 10 minutes !
– Les Anglais me laissent passer ?
– Oui.
– Avec un permis de conduire ?!
– OUI !
– Oh putain, oh putain. OhputainputainmercimerciMERCI !
Chéri revient justement. On fonce. On va passer la douane où l’agent anglais nous adresse un gentil sourire. Mon « Thank you, thank you, ohthankyousosoSOMUCH » sonne comme un « Je t’aime, veux-tu m’épouser, et mon mec avec ? »
Pressée vers le quai, j’ai juste le temps de me retourner vers nos sauveurs.
– C’est comment, votre nom ?
– Dyana.
– Et votre collègue ?
– Nicolas.
– Je vous ramène un truc !

Trois jours plus tard, douanes de St Pancras. Dans nos valises, un appareil avec plein de photos, quelques beautés glanées au Camden Market, notre exemplaire de la pièce signé par Ben Whishaw, du fudge, et 3 boîtes de chocolat pour nos sauveurs. L’agent de police des douanes :
– Je ne vous crois pas.
– Je vous jure.
– Ils vous ont laissée passer avec un permis de conduire ? Les Anglais ?
– Les Anglais.
– Je ne vous crois pas. Ça fait 2 ans que je n’ai pas vu un truc pareil.

Dyana, Nicolas, et votre collègue anglais dont nous n’avons pas eu le temps de demander le nom : encore merci. Merci pour votre gentillesse et votre humanité. Merci d’avoir vu au-delà des habitudes et de la rigueur administratives. Merci d’avoir tenté le coup au mépris des statistiques. Merci pour ce magnifique week-end qui, outre la détente qu’il nous a procurés, a restauré notre foi en une humanité bonne, rationnelle et compassionnelle. Merci pour le coup d’optimisme, merci, merci.

Et j’espère que vous avez aimé les chocolats.

De l’édition (titre pourri, mais on fera avec)

Mots-clefs du jour :  (1) « j’avais la traduction google sur twitter formspring et autres , plus maintenant , pourquoi »
(2) « une longue phrase »

Suite à la polémique suscitée par son interview sur ActuaBD, madame la ministre s’est exprimée sur Twitter a propos d’une petite phrase, prononcée à l’occasion d’une réunion du Syndicat National de l’Édition, et qui avait légèrement agacé mes confrères. Si vous désirez en savoir plus, c’est ici.
En ce qui me concerne, cette fameuse phrase ne m’a pas fait sauter au plafond. On sait ce que c’est que la comm’, faut dire un petit mot sympa qui brosse dans le sens du poil les gens qu’on va voir tout en sachant qu’une armée de pit-bulls peut vous sauter à la gorge en cas de maladresse, et dieu sait que les auteurs de bd peuvent être des pit-bulls. Cette phrase, je la trouvais surtout déplacée, et pour deux raisons :
– La focalisation sur les éditeurs et non les auteurs dès qu’on parle d’économie du livre (vous me dites si je me répète),
– Le fait qu’elle reflétait le point de vue d’écrivain de Mme Filippetti, alors qu’elle s’exprimait en tant que ministre.

Notez que, ce point de vue, je le trouve tout à fait intéressant, même s’il peut difficilement être plus éloigné du mien. Et, du coup, j’ai un peu envie de vous le donner, le mien, de point de vue, c’est même là que je voulais en venir.
Mon point de vue c’est que, pour l’instant, et à de rares exceptions près (j’ai des opinions très tranchées) je souhaite travailler avec un éditeur.

Des raisons qui font que l’éditeur m’est utile :

Déjà, parce que j’en ai déjà un. C’est con à dire mais, tant que je trouve mon compte dans une collaboration, je ne vais pas m’imposer des contraintes pour le plaisir. Mais, plus précisément, ma raison numéro 1 est bassement terre à terre : faire la distribution et la promotion de mon bouquin, ça m’emmerde.
Mon conjoint et moi, depuis plusieurs années, tentons de travailler dans le cinéma. Un milieu hautement consanguin, qu’il est quasiment impossible de pénétrer, en tant qu’acteur, sans piston. Et, quand je dis « piston », entendons-nous bien, je ne parle pas de simple réseau. Je parle de donner le poste au cousin de la frangine de sa belle-mère que ça amuserait de venir sur le plateau plutôt qu’à une personne compétente, parce que ça économie un casting qui se fasse au-delà du physique du candidat et que de toute façon le public, ce con, ira voir le film, que les petits rôles soient bien joués ou non.
Nous avons produit, avec notre argent, plusieurs courts et moyens métrages. Nous avons recruté des équipes d’artistes et techniciens, tous également bénévoles malgré leurs qualités professionnelles. Nous avons travaillé des heures, des semaines, des années sur ces films qui nous permettent, maintenant, enfin, de commencer à vaguement entrevoir la possibilité éventuelle de, pourquoi pas, faire un premier long métrage.
Nous sommes épuisés par ce combat épouvantable qui, alors qu’il se résume à un banal « laissez-nous faire notre taf », a plusieurs fois failli nous briser. Il est hors de question que je revive ce sur-investissement dévastateur dans mon métier d’écrivain, quand bien-même le milieu de l’édition serait moins destructeur (il l’est).
Le temps que je passe à vendre ma soupe, je ne le passe pas à écrire. Si quelqu’un est disposé à le faire pour moi, et qu’il le fait correctement, oh oui, grave, je signe son contrat !

Ma raison numéro 2, quoique liée à la première, est plus artistique. L’éditeur, c’est un gars qui va faire que votre œuvre sera un minimum visible.
Entendons-nous bien, je ne fais pas ce métier pour la gloire (haha). Je le fais, par contre, dans le but de parler aux gens. Je veux poser des questions, mettre en lumière des points de vue, engager des discussions, suggérer des remises en question, et je veux le faire auprès du plus grand nombre. Plus précisément : auprès des gens qui ne font pas nécessairement partie de mon quotidien, ma culture, mon réseau. Si je n’écrivais que pour ma gueule, je ferais un journal intime, et j’aurais la décence de ne pas étaler mon exutoire sous les yeux d’un public non concerné. Si je ne souhaitais prêcher que des convaincus, j’irais dans un bar, avec mes potes, refaire le monde, ça m’économiserait du temps de travail et ce serait plus convivial. Mon éditeur, il a un diffuseur, un distributeur, des commerciaux qui, s’ils font bien leur boulot, ont de fortes chances de ratisser plus large que mes petites jambes et mes beaux yeux.

Ma raison numéro 3 est si bêtement matérialiste que je vais à peine la développer : gros éditeurs = possibilité de bosser sur de gros projets, et donc de gagner un peu plus de thunasse, et donc de nourrir ses gosses se consacrer à ses travaux plus personnels avec un minimum de sérénité et de disponibilité, sans devoir courir les petits boulots, baisser son froc dans un milieu dont on ne cautionne pas toujours les règles, ou multiplier les dossiers à côté.

J’entends çà et là des gens couiner que, travailler avec un gros éditeur, c’est nécessairement aligner les compromis artistiques. Je suis trèèès tentée de réagir d’un rictus méprisant, mais comme d’une part je suis une personne polie et de l’autre l’outil blog est peu compatible avec une expression purement corporelle, je vais répondre, avec ce sens de l’opinion ferme et tranchée que j’ai déjà évoqué : ça dépend.

Des raisons qui font que l’éditeur est mon pote :

Comme tout le monde, je suis déjà tombée en amour pour des artistes dont la survie était une lutte de tous les instants. Pas assez accessibles, trop trash, trop menaçants, trop novateurs, « d’une autre époque »… la liste des arguments qui donnent des envies de baffes est longue, d’autant qu’elle nous renvoie à un triste double constat : l’assommante logique de marché dans laquelle nous vivons, et le manque de curiosité de nous autres, public, qui, qu’elle soit la conséquence d’un manque de temps ou d’un lâche abandon, nous empêche de donner à ces talents immenses le succès qu’ils méritent.
Que ceux-là ne puissent signer avec les majors qu’aux dépens de leur intégrité, je le crois, je le sais, je le hais.

Mais tout le monde n’est pas un artiste conceptuel ultra-novateur expérimental dont l’œuvre nécessite une culture de malade pour être vaguement appréhendée. Et tout le monde n’a pas cet univers siiiiiii personnel et teeeellement unique qui fait les incompris.
De nombreux auteurs, dont je suis, ont la prétention de produire des œuvres dignes d’intérêt, parfois originales, parfois audacieuses, mais de prime abord accessibles au plus grand nombre.
Et quand ceux-là clament que s’ils n’ont pas d’éditeur/producteur, c’est parce qu’ils sont trop purs, trop décalés, trop audacieux pour la plèbe, et trop courageux pour se prostituer au nom du vil argent sale, j’ai un peu envie de leur faire péter leur grosse tête à coups de batte.

Soyons clairs : jamais, en sept ans de carrière, je n’ai vu un éditeur tenter d’imposer sa vision des choses à l’auteur dont il avait accepté le projet. Je me doute bien que ça doit arriver, mais j’ai du coup beaucoup de mal à croire à la fréquence supposée de la chose.
Je possède, certains nez-fins l’auront peut-être constaté, une légère prétention quant à la qualité de mon travail. J’ai un peu tendance, si on veut toucher à ma prose, à dévoiler un sens de la diplomatie à la Mc Fly (révisez vos classiques) : « PERSONNE ne touche à mes dialogues ». Ceci pour dire que, l’éditeur intrusif, je l’aurais croisé, il m’aurait probablement marquée.
En sept ans de carrière, disais-je, mes directeurs de collection m’ont proposé quelques fois de changer un bout de phrase avec un autoritarisme dément : « Tu ne penses pas que ce serait mieux comme ça ? Je trouve, mais c’est toi qui vois ».
Jamais on ne m’a suggéré de modifications de l’histoire, du ton ou des personnages.
Jamais on ne m’a imposé quoi que ce soit.
Jamais on ne s’est fâché quand j’ai campé sur mes positions.
Jamais on n’est intervenu pour que ce soit « plus accessible », « plus vendeur », « plus peuple » ou que sais-je, et ce même pour mes bouquins les plus littéraires (bon, je ne fais pas du Proust, mais on se comprend).
Les seules modifications qu’on m’ait demandées ont concerné les commandes, les adaptations dans l’univers de quelqu’un d’autre. Et, même dans celles-ci, j’ai été autorisée à mettre « ma patte ».
Les seules suggestions qu’on m’ait faites, si on peut les appeler ainsi, se sont résumées à me tenir au courant qu’on cherchait des projets dans un style donné à un moment donné.
JAMAIS je n’ai eu à faire de compromis artistique pour un éditeur. Même les pires collaborations n’ont jamais « clashé » sur ce point, car on m’avait signé pour un projet clair et on savait à quoi s’attendre.

Ca ne signifie pas, d’ailleurs, que l’éditeur n’a pas à se mêler de l’artistique. Avec mon livre actuel, Alyssa 160, je suis, pour la première fois, demandeuse de conseils scénaristiques. Parce que je n’avais encore jamais écrit de gags, que je n’aurais probablement pas abordé ce genre si je n’avais pas eu une idée qui s’y prêtait particulièrement, que j’y prends cependant un plaisir qui me donne envie d’approfondir, que je souhaite des retours sur l’efficacité de mes chutes, et que la dessinatrice et l’éditrice sont mon premier public.
Mais si vous n’êtes pas assez carrés pour justifier vos choix d’auteur et tenir tête à un éditeur quand il vous fait une simple suggestion, ne lui mettez pas vos compromis sur le dos. Accusez votre propre inconsistance.

Des raisons qui font que ce n’est pas la panacée non plus :

Je n’exclus pas, cependant, de tester un jour l’auto-édition, car je déplore le manque d’audace actuel de la plupart des gros éditeurs. J’ai la faiblesse de penser que la production, par définition, implique une réelle prise de risque et, si l’on en croit l’état d’autres industries françaises, j’ai du mal à croire au caractère purement passager de cette tiédeur.
Je constate aussi que, de plus en plus, dans l’avalanche des sorties, beaucoup des rares innovations n’en sont qu’à moitié. Ok, on édite, mais on va voir si ça se vend tout seul.
Les projets osés sont difficiles à placer. Il faut s’appeler Larcenet pour faire du Blast.
J’ai, déjà, choisi pour un de mes futurs albums de m’adresser directement à une petite structure. Parce que je craignais que les grosses, même si elles l’éditaient, ne défendent pas bien le livre.

A l’ère du numérique et du crowfunding, l’aura de la reconnaissance de l’artiste par le producteur s’affadit. Le jour où il deviendra plus rentable pour les auteurs de se passer d’un éditeur, seuls quelques égos fragiles ressentiront encore le besoin impérieux d’emprunter cette voie traditionnelle. Et, là, je pense qu’on pourra vraiment parler de crise du livre.
Mais pas tellement pour les auteurs.

Bravo.

Mot-clef du jour : « phrase intellectuelle pour casser les gens »

Citation du jour : « Toute méchanceté a sa source dans la faiblesse » (Sénèque)

Alors, au départ, j’étais venue pour, à la lumière d’une nouvelle information, corriger une maladresse dans ma lettre à la ministre (c’est fait, dans le message concerné).
J’hésitais aussi à faire un post pour dire que j’appréciais quand même moyen que certains s’appuient sur mes propos, que j’ai voulu courtois, pour s’initier au bashing sur Internet, notamment sur le compte Twitter de Mme Filippetti. Déjà parce que c’est pas très choupinou, ensuite parce que, pour être pris au sérieux, écouté et soutenu, il est généralement conseillé de ne pas se comporter en gros péquenaud bourrin, enfin parce que, grâce à cette brillante stratégie, le débat se déplace sur le mini-clash entre la ministre et la presse qui a repris nos lettres, oubliant au passage le sujet de départ : la précarité des auteurs (retour à la normale, quoi).
Et puis, je suis tombée sur cet article, et notamment cette phrase : « ‘Aurélie Filippetti est excédée’, nous précise Franck Chaumont, conseiller presse et communication de la ministre – qui confirme qu’il n’y a pas eu mauvaise manipulation ou piratage de son compte. ‘Elle a été prise à partie sur Twitter, c’est là qu’elle y a répondu. Il y a un moment où il faut répondre calmement mais fermement à des blogs qui pratiquent la désinformation. D’autant plus lorsqu’ils sont repris ensuite par des sites sérieux comme Télérama ou Rue89‘. »

Monsieur Chaumont, je vous crois les épaules trop larges pour être ne serait-ce qu’ébranlé par le dégoût que vos propos m’inspirent. Alors je garderai en mémoire l’échange poli que j’ai eu avec monsieur Tiphagne qui a eu la courtoisie et le professionnalisme de m’appeler, quand bien même mon courroux lui était moins préjudiciable que celui de la presse.
A vous, que j’espère peu représentatif de la façon de penser de vos employeurs, je ne dirai qu’une chose : Bravo.
Très classe, très mature, très digne, très courageux.

Sur ce, je retourne travailler. Comme vous le savez sans doute, moi, je ne suis pas payée pour participer à des disputes de collégiens.