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De la fanfiction (2)

Mon premier contact avec la fanfiction était durant mon DEA (note pour les djeuns : deuxième année de Master à l’époque où on avait oublié de mettre notre enseignement supérieur en conformité avec le reste du monde). Je bossais au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, dans un grand bureau rempli d’archives, de poussière, d’araignées grosses comme une pièce de deux euros et d’un collègue hautement arachnophobe, ce qui dynamisait les journées. Alors que j’attendais patiemment désespérément qu’un programme finisse d’itérer en série, je décidai de me balader sur le Net en quête de sites sur Albator (J’ai une passion fluctuante pour Albator, ne cherchez pas). Et là, entre une bio de l’auteur et des infos sur l’univers, je tombe sur un… roman. En français, le récit d’aventures explorait, en filigrane, la relation ambigüe entre notre capitaine balafré et Mîmé, l’extraterrestre sans bouche accro au vin rouge (qu’elle buvait… par la bouche). C’était très joliment écrit, je retrouvais mes héros, il y avait du suspense, de l’action, des rebondissements et, surtout, des RÉPONSES, chose qui m’avait toujours manquée dans la série originelle.
Je n’ai jamais réussi à remettre la main sur cette œuvre, mais je me souviens encore du plaisir qu’elle m’avait procuré.

Malheureusement, mes expériences suivantes furent moins heureuses.

Il me fallut quelques années pour prendre conscience de l’ampleur du monde de la fanfiction. Et, lorsque j’y pénétrai finalement, j’eus l’impression, comme je le sous-entendais dans mon premier article, de me balader au milieu d’une réunion de pervers qui ouvraient leurs manteaux sur mon passage et s’astiquaient le tuyau en sifflotant « non, non, j’lai pas fait ».

Il y avait beaucoup de pornographie mais, passée la surprise, je me suis contentée de l’ignorer en râlant vaguement sur le fait que le reste se trouvait noyé dedans. J’ai toujours été d’avis que s’il existe un genre dans lequel on peut TOUT se permettre, c’est bien celui-là. Les fantasmes ne sont pas la réalité et, tant qu’ils sont étiquetés comme tels, ma foi, on peut bien en penser ce qu’on veut, mais jouer les vierges effarouchées parce que le porno est pornographique me semble quelque peu stérile.
J’étais plus gênée par l’ensemble d’œuvres flirtant avec le genre sans l’assumer, où les auteurs étalaient leurs fantasmes l’air de rien, avec une absence de retenue et de recul bien plus malsaine, à mon sens, qu’une scène de fist fucking à sec bien premier degré.

La fanfic, comme d’ailleurs beaucoup de variations tout à fait professionnelles sur un thème, se nourrit des frustrations. Une des raisons pour lesquelles mon premier « fandom » fut celui d’Albator est que cette série est, à mon avis, un cas d’école des œuvres de qualité qui en donnent trop où pas assez. À quelques exceptions près (la superbe OAV L’Atlantis de ma jeunesse et le long métrage de 2013 de Shinji Aramaki notamment), le personnage principal et son contexte sont très peu développés : on sait que le garçon (quel âge il a, d’ailleurs, Albator ? On pourrait sans problème lui donner de 25 à 40 piges !) est doté d’un profond sens de la justice, qu’il est politiquement engagé et malin mais d’un courage parfois suicidaire, qu’il a un grand cœur mais bute ses ennemis sans se poser de questions (haha ! Le nombre de macchabs par épisode ! Et je matais ça à 8 ans !)… On aimerait l’apprécier pour ses ambigüités en plus de son héroïsme, mais on ne saura presque jamais rien de lui. Il n’a pas d’enfance, pas de vie affective, peu d’aspérités (et, lorsqu’elles existent, elles sont à peine sous-entendues). Ce type de narration, un poil manipulateur à mon sens, joue sur les attentes du lecteur en refusant jusqu’au bout de les combler. Rien d’étonnant, alors, à ce que les plus créatifs d’entre eux entrent en scène !
(Notons, par ailleurs, que l’univers officiel de Matsumoto dispose déjà de diverses variations sur le personnage, avec une timeline douteuse laissant imaginer un multivers… du pain béni pour se réapproprier l’ensemble).

Les genres principaux de la fanfiction donnent le ton. Je les détaillerai dans un prochain article, mais sachez déjà que nous avons « famille », « amitié », « angst » (que nous traduirons en pratique par « étude de caractères avec beaucoup d’émotion »), « fluff » (moments mignons, généralement scènes du quotidien sans vraiment de scénario) et, la star des stars « hurt/comfort », où des héros plus ou moins physiquement ou mentalement amochés pourront enfin craquer et trouveront, en leurs compagnons ou un personnage original créé pour ça, le réconfort qu’ils méritent.
S’ajoutent à cela des catégories spécifiquement définies pour qualifier les relations sexuelles entre les protagonistes (Homme/homme, homme/femme, plan à trois, bondage, j’en passe et des variées…) et qui sont LOIN de n’être utilisés que dans les fics érotiques.

Ces genres principaux, donc, désignent donc moins le style ou l’univers que les besoins des lecteurs. Besoins tout à fait compréhensibles, tant les succès de la pop culture, à force de multiplier les subplots, les twists et les rebondissements à la con, pèchent des points de vue intimiste, spirituel et intellectuel. Des personnages, souvent créés pour symboliser les grands questionnements humains, deviennent paradoxalement des fonctions dotées de trois ou quatre traits de caractère, et l’on aimerait bien les voir de temps en temps juste VIVRE pendant CINQ. FOUTUES . MINUTES. (Mais j’imagine que, s’ils gagnaient en épaisseur, les génies de la production craindraient que monsieur tout le monde cesse de s’identifier (Aparte : ya une différence entre identification et projection, yen a une des deux qui est malsaine, et, féloches, c’est celle qui a été choisie)).

Le problème c’est qu’en écriture comme en amour (pire analogie de ma vie à venir) quand la frustration est le seul moteur du désir, le passage à l’acte est rarement très satisfaisant (tching, tzaaa !).
Ayant construit ma jeune carrière sur des bouquins axés sur les personnages, je peux vous affirmer qu’un protagoniste qui baisse sa garde ou « craque » ne générera une empathie dénuée de malaise (malaise à l’égard de l’écrivain, j’entends) QUE si vous avez développé, dans un premier temps, à la fois ses forces et son CONTEXTE. Dans bien des fanfiction, soit que les auteurs s’imaginent que l’œuvre originale suffit à faire ce travail (non), soit qu’ils s’en battent la race, on a tendance à sauter directement à la partie « torrent de larmes » dans laquelle nos héros se transforment dans le meilleur des cas en créatures vides et niaiseuses, dans le pire en loques humaines à peine reconnaissables. Et c’est doublement malsain : non seulement le lecteur est forcé à plonger dans les fantasmes d’un auteur qui n’a pas l’air d’avoir vraiment conscience de se toucher en public, mais en plus, cette artificialité maladroite crée une distance détachée avec un personnage qui souffre, censé plutôt générer sympathie et réflexions humanistes.

Effet rebutant supplémentaire de la découverte de la fanfic : ces œuvres, quelles que soient leurs qualités d’écriture, semblent avoir du succès.
Je dis « semble », car le succès en question se mesure à des statistiques visibles : favoris et coups de cœur, faciles à accorder suite à un petit boost d’émotion, ou par copinage entre fans se retrouvant autour d’un fantasme commun. Et, comme souvent dans les microcosmes, niches et contre cultures, l’agrégation est efficace et l’enthousiasme à la mesure du temps passé seul et perdu avant d’enfin rencontrer quelqu’un qui nous comprend.

Il me faut aussi avouer que le fait d’être moi-même écrivaine a beaucoup contribué à mon rejet initial de la fanfiction, partagé par de nombreux collègues. Cet éloge permanent de l’indécence et de la médiocrité, associé à l’avilissement de personnages chers à leurs auteurs, ne donne pas envie de briser les frontières entre l’artiste et son public.

Sauf qu’en réalité… ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg. Et, en dessous, on observe les choses suivantes :

  • Il y existe, en fanfiction, des écrivains qui auraient des leçons à donner à bien des professionnels.
  • Plus discrets que les fans énamourés, se réunissent dans les fandoms une quantité de personnes d’une exigence et d’une érudition rares (qui, oui, forcément, allongent moins les « likes »).
  • De nombreuses œuvres affinent, développent et, parfois, dépassent leurs modèles.
  • Certaines « trahisons » sont en réalité de brillantes réappropriations d’univers et/ou de personnages, dont elles ont su garder (et donc parfaitement identifier !) le cœur.

C’est pourquoi, s’il est fort probable que, pour des raisons diverses, je me tiendrai à l’écart des éventuelles fanfictions issues de mes œuvres, je les accueillerai finalement avec plaisir. Inspirer d’autres auteurs, leur donner envie de créer, de réfléchir, de développer des choses auxquelles je n’aurais même pas songé… et, pourquoi pas, permettre à de futurs écrivains de talent de faire leurs premières armes avant d’oser travailler sur leurs propres univers… Quel degré improbable de possessivité envers son œuvre faudrait-il atteindre pour refuser cet honneur ?
Alors, si quelques productions indécentes en sont le prix, ma foi… je vivrai avec. Ce n’est pas comme si je pouvais contrôler ce qui se passe dans la tête des lecteurs.

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Représentation des femmes dans la littérature

Il y a quelques mois, j’ai accepté de répondre aux questions de Joanne Follorou, dans le cadre d’un projet d’études sur la représentation des femmes dans la littérature, mené conjointement avec Marie Andrès et Ameline Walle. Ce projet, auquel ont participé d’autres écrivaines et dessinatrices, ne sortira pas du cadre universitaire, mais, comme j’ai trouvé les questions très pertinentes, je me suis dit que notre entretien méritait d’être retranscrit ici.

Après tout, il a valu à ses autrices une très bonne note !

Je suis très intéressée par la planche « Sexisme internalisé » du tome 4 d’Alyssa, dans laquelle les personnages débattent de la place des femmes dans les mangas. Pouvez-vous nous donner votre avis sur ce problème ? D’après vous, les femmes en BD sont-elles souvent des stéréotypes ? Ces « femmes fortes » en BD (Atalante de Criss, Cixi dans Lanfeust…) sont-elles des types prédéfinis ? Quelle « case » remplissent-elles ? Quelle est leur fonction ? À quel cahier des charges doivent-elle répondre ?

Mon avis est pas mal résumé dans la planche. En bande dessinée comme ailleurs dans la fiction, les femmes souffrent d’une représentation à la fois inférieure en nombre à la réalité et biaisée. Dans la plupart des œuvres, le personnage par défaut est un homme blanc hétérosexuel. Le héros a besoin de discuter avec un individu quelconque pour faire avancer son cheminement ? C’est un homme. Il a un accrochage en voiture ? L’autre conducteur est un homme. Il achète un paquet de chewing-gum ? Le vendeur est un homme. Ce n’est pas systématique mais très fréquent et, lorsqu’on sort de ce schéma, c’est que le genre de la personne a une importance dans l’histoire : c’est le début d’une histoire d’amour, ou d’un attachement paternel, ou ça sert à souligner les préférences sexuelles du héros ou son rapport aux femmes…

Je pense que c’est dû au fait que, dans notre société, le masculin est le neutre par défaut. Cela demande un gros effort de passer outre ce réflexe, même pour des auteurs pas sexistes, même pour des autrices !

Lorsque les femmes sont bien présentes, elles incarnent la plupart du temps un stéréotype : la mère, la putain, la naïve innocente, mais aussi la femme forte qui est teeeellement supérieure aux hommes mais sera rarement la chef, l’élue, et aura souvent besoin que le héros vienne à son secours, quand bien même elle aurait été présentée comme le dépassant en tout ! Les rôles de femmes de caractère sont aussi des fantasmes masculins… Je n’ai aucun problème avec le fait que ces fantasmes existent et soient mis en scène, mais j’en ai un avec le fait qu’ils trustent le paysage et soient présentés comme des normes dans des œuvres au traitement réaliste. Leur surreprésentation, outre qu’elle dénote une paresse intellectuelle des auteurs, a des effets concrètement néfastes sur l’image des femmes, ou de « la femme », comme disent beaucoup de gens, et ce terme ne me semble pas innocent. Il y a « les hommes », dans toute leur diversité, et « la femme », cet écart à la norme, dans son unité.

Dans les œuvres jeunesse et la pop culture, on assiste souvent à une situation caricaturale très précise : le groupe de héros est constitué de, par exemple, le leader courageux, l’intello réservé, la brute au grand cœur, le rigolo gaffeur et… la fille. Le personnage féminin n’est pas héroïque, intello, brute ou rigolo. Il n’est caractérisé que par son genre, et doit le représenter entièrement. En pratique, ça la rend souvent forte mais fragile, courageuse mais casse-burnes, maligne mais perdue, drôle malgré elle, râlant sur le sexisme de ses compagnons comme s’il s’agissait d’un petit défaut innocent auquel elle réagit avec une sensibilité quasi hystérique… Il faut qu’elle ait tout ce à quoi les filles peuvent vouloir s’identifier et tout ce sur quoi les garçons peuvent fantasmer. Comment pourrait-elle être une personne ?

Les jeunes filles, les femmes adultes et même les hommes ont besoin d’héroïnes variées. On peut se targuer de savoir que, tout ça, c’est de la fiction, de ne pas être influencé parce qu’on a teeeellement de personnalité et qu’on comprend bien qu’en vrai les femmes sont diverses. La réalité, c’est que le simple fait que ces représentations caricaturales sont si présentes prouve que même les intellectuels spécialistes de l’écriture sont influencés. Et c’est logique ! On vit dans la société et on ne peut se prétendre totalement imperméable à ses conventions. Et ce n’est pas parce qu’on est capables d’un recul conscient qu’on ne les propage pas instinctivement.

Par ailleurs, des collègues hommes m’ont sorti comme si c’était une évidence qu’ils avaient plus de mal à écrire les femmes que les hommes. Alors qu’ils n’en avaient aucun à mettre en scène des militaires, des extraterrestres, des elfes ou des chiens qui parlent ! C’est incroyablement violent, quand on y réfléchit. Certains hommes ont plus de difficultés à faire preuve d’empathie pour une femme qui leur ressemble que pour d’autres espèces ! À quel point faut-il qu’on ait brisé notre objectivité pour qu’on s’imagine plus proche d’un troll pompier de l’espace que de notre voisine de palier ? On est en droit de s’interroger sur les conséquences concrètes de cet aveuglement sur les relations entre les gens.

Pensez-vous qu’il existe une pression à représenter des femmes conformes aux canons de beauté ? Pourquoi de très nombreuses femmes en BD (et dans l’illustration en général) ont-elles la même plastique ? Pourquoi ce type de physique est-il souvent lié à la position de « femme forte » ?

Je laisse les dessinateurs répondre pour la partie graphique. En ce qui me concerne, je pense qu’il y a une pression inconsciente pour que la femme soit, excusez-moi du terme, « baisable » et pas menaçante.

Même si ça s’arrange, au cinéma et dans la bd, les femmes physiquement puissantes sont rarement incarnées par des actrices très musclées alors que les héros, aussi fantasmés qu’ils peuvent l’être, sont physiquement impressionnants, avec des corps sains et matures : sportifs, pas trop maigres, la trentaine ou plus… Ils ont le droit d’avoir des gueules cassées, d’être vieux, et tout de même considérés comme sexys. Et, selon les œuvres, ils ont aussi celui de ne pas être sexys ! Si les femmes ne sont pas jolies, ou sont dotées d’une apparence qui ne plaira pas forcément à la moyenne, c’est généralement une spécificité, voire une thématique du scénario. Les hommes, eux, même s’ils ne sont pas à l’abri de pressions physiques, ont parfois le droit d’être ordinaires, ou bizarres, et qu’on s’en foute.

Pensez-vous qu’il en aille de la responsabilité d’un auteur de représenter des personnages non stéréotypés (au-delà de l’intérêt d’un point de vue créatif) ?

Je pense qu’il en va de la responsabilité d’un auteur de se poser la question. Je n’appellerai jamais à l’autocensure. L’art doit être libre, et rien ne nous oblige à choisir la voie de la création réaliste. Mais, en pratique (et je vais être obligée de parler de l’aspect créatif car les deux sont liés), quand vous commencez à vous interroger sur vos réflexes créatifs, ça enrichit toujours votre œuvre. Comme je le disais plus haut, partir sur sa première idée relève parfois de la paresse intellectuelle. C’est assez ironique de voir des auteurs en appeler à la liberté et à la créativité pour revendiquer le droit de reproduire des clichés en faisant comme tout le monde. C’est une stratégie d’évitement qui ne rend service à personne : lorsque l’on est conscient de nos biais, nos choix deviennent plus réfléchis, plus audacieux… Et, le jour où on représente un personnage caricatural ou fantasmé, on sait pourquoi et on est prêt à le défendre !

L’auteur est-il responsable des images qu’il diffuse et de leur impact sur les lecteurs ?

À un moment, l’interprétation de nos œuvres nous dépasse. On reçoit toujours des réactions qui nous paraissent complètement perchées, et je pense qu’on peut difficilement sauver ceux qui ne veulent rien entendre, en tout cas dans des formes d’écriture aussi subjectives que la fiction. Par contre, oui, je crois qu’on doit se poser la question de ce qu’on véhicule. Ne serait-ce que, comme je l’ai dit au-dessus, pour le faire consciemment. Plutôt que de limiter notre art, cela nous permet d’aller plus loin, de nous libérer de nos peurs d’aborder certains thèmes précisément parce qu’on a réfléchi dessus. Je n’ai jamais été aussi trash et subversive que depuis que j’ai conscience du caractère potentiellement offensant ou néfaste de certains sujets. Je suis également plus pertinente. Et c’est le lecteur qui en bénéficie.

Est-ce le rôle du livre de faire passer un message ?

D’une manière générale, non. Je n’ai pas de mépris pour les œuvres qui n’ont d’autre prétention que de distraire. De toute façon, si on prend du recul et ses responsabilités, je doute qu’on produise des œuvres totalement vides de sens.

À titre personnel, cependant, oui, je souhaite faire passer des messages, ou tout du moins poser des questions. En tant que public, j’ai l’impression d’avoir un peu perdu mon temps si une œuvre, même de détente, ne m’a pas un minimum ébranlée.

Dans le cas d’Alyssa, c’était particulier, parce que je m’adressais à des adolescents. J’ai donc choisi d’avoir une approche plus frontale que d’habitude de certains sujets, d’autant que le caractère de l’héroïne et la narration me le permettaient tout en restant naturelle. Dans mes œuvres pour adultes, ou plus réalistes, j’emploie généralement des stratégies plus suggestives et progressives, même s’il m’arrive de me servir de certains personnages pour asséner des questions ou des principes.

Alyssa est « différente », c’est le point de départ de la BD : pensez-vous que représenter des personnages « atypiques » soit important ? Avez-vous un message à véhiculer ?

Je pense que l’important n’est pas que chaque auteur se force à représenter des personnes « atypiques », mais d’avoir une production artistique globale qui représente réellement les gens dans leur ensemble (surtout quand la moyenne qu’on favorise, à savoir l’homme blanc par défaut, sort de nulle part). Pour cela, la première chose à faire est de donner la parole aux concernés (et même de la privilégier) parce que, au risque de me répéter, quand on ne l’est pas, on doit faire un effort conscient pour prendre du recul sur nos biais sociétaux. De plus, aussi intelligent et empathique soit-on, on n’est pas expert en tout et il existe forcément des choses spécifiques du vécu des concernés dont on n’a pas conscience.

Ceci ne m’a pas empêchée d’écrire Alyssa alors que je n’ai jamais été diagnostiquée HPI. En fait, sur cette série, j’ai pris le problème à l’envers : je voulais parler de l’adolescence, période où on a tendance à se sentir « trop différent » tout en recherchant la normalité, à travers une personne réellement décalée… mais qui découvre qu’elle n’est pas si « différente » que ça. Car ses amis au QI « normal » ont aussi leurs particularités (même si elles constituent rarement un handicap comme peut le devenir le HPI), et que leurs aspirations ne sont pas si différentes des siennes ! Alyssa est donc plus une série sur ce qui nous rapproche que sur la différence en soi.

Des héroïnes comme Tamara (Zidrou & Darasse), revendiquant sa « différence » physique,  ou Joséphine (Pénélope Bagieu), au physique plus réaliste et pleine de complexes : que pensez-vous d’elles ? Est-ce que ces personnages apportent quelque chose d’important dans le monde de la BD ? Quel impact pensez-vous que ces personnages peuvent avoir ?

C’est extrêmement important. Pendant des années, ce genre de personnage n’a pas été représenté alors qu’il correspond à la majorité des femmes. Comme si l’on ne pouvait exister qu’à travers le regard, ou carrément le fantasme masculin. Les grosses, les maladroites, les moches, ou juste les « physiquement ordinaires » ne pouvaient être qu’au mieux des seconds rôles, au pire des cautions comiques. Bien sûr, la fiction n’est qu’une partie du problème, et en faire la cause (comme c’est régulièrement le cas pour les jeux vidéo), c’est refuser d’en traiter les fondements sociétaux. Mais les conséquences sur l’image d’elles-mêmes, la santé ou, même, la sécurité des femmes, sont catastrophiques.

Par contre, je rêve de la prochaine étape, qui commence timidement : le jour où l’héroïne en surpoids ne sera plus « la grosse » et la fille normale « la complexée », aussi bienveillants ces termes soient-ils sous la plume de leurs auteurs. Comme les héros noirs ne doivent pas servir qu’à traiter du racisme, ou les héros gays de l’homophobie, la grosse peut être juste « une hackeuse en lutte contre le gouvernement », la boutonneuse « une militaire badass », la lesbienne « une scientifique qui ressuscite des dinosaures », la trapue aux épaules de nageuse « l’héroïne d’une tragédie romantique »… Notre genre, nos préférences sexuelles et notre apparence ne sont pas le « thème » de nos vies.

On peut s’identifier à ceux qui ne nous font pas fantasmer… et aussi à ceux qui ne nous ressemblent pas. Après tout, pendant des siècles, les femmes ont été obligées de le faire dès qu’elles ouvraient un bouquin.

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De la fanfiction (1)

Une fanfiction, ou fanfic (parfois écrit fan-fiction), est un récit que certains fans écrivent pour prolonger, amender ou même totalement transformer un produit médiatique qu’ils affectionnent, qu’il s’agisse d’un roman, d’un manga, d’une série télévisée, d’un film, d’un jeu vidéo ou encore d’une célébrité (Source : Wikipedia).

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De nombreux auteurs publiés écrivent de la fanfiction. Ça ne s’avoue pas trop, ou alors sous le sceau de la confidence, comme une anecdote professionnelle qui ne sortira pas d’un cercle de collègues choisis.
Je ne suis pas convaincue que les conséquences seraient bien dramatiques en cas de fuite. Une bonne partie des gens n’a aucune idée de l’existence du phénomène, une grosse autre se rappelle en avoir vaguement entendu parler (« y’a pas ta petite cousine qui faisait ça, au collège ? »), et le reste s’en fout probablement.
Pourtant, ça ne fait pas sérieux.

Pourquoi ? Plein de raisons, plus ou moins légitimes. La première est, à mon avis, celle qui s’avoue le moins à voix haute, car la plus méprisable : un snobisme tout ce qu’il y a de plus banal.
C’est un peu comme l’autoédition : on sait qu’on y trouve des auteurs brillants, parfois plus talentueux que bien des édités, parfois menant leur barque comme des gestionnaires de génie sans perdre leur authenticité, parfois vivant assez confortablement de leur plume pour lâcher leur boulot alimentaire mais, eh, eux n’ont pas signé le sacro-saint contrat, alors ça compte pas.
C’est une constante du milieu que de revendiquer son indépendance créative et de cracher sur ceux qui ne reconnaissent pas notre talent tout en recherchant désespérément l’approbation de l’Éditeur. Je ne détesterais pas à la fois les anglicismes et le stéréotype de l’artiste grand enfant, je dirais que beaucoup d’écrivains ont quelques daddy issues à régler.

La seconde, que je soupçonne sans pouvoir la prouver faute d’études, est le sexisme. À vue de nez (oui, je suis très scientifique, dans ce paragraphe), 90%, au bas mot, des auteurs de fanfiction sont des femmes. Des femmes qui profitent de cet espace de liberté pour se réapproprier deux domaines qui les ont longtemps soit négligées, soit considérées, non comme la majorité de l’humanité, mais comme une niche, un écart à la « norme masculine » : la littérature et la pornographie.
En fanfiction, les femmes (et, plus généralement, certaines minorités) se lâchent et ne cèdent pas de terrain. En résulte un déploiement de thématiques que l’on retrouve peu dans les sphères officielles, et de fantasmes aussi grotesques que ceux du porno traditionnel mais que leur rareté d’expression pare, aux yeux des naïfs effarouchés, de ridicule.
La fanfiction est, j’en suis persuadée, moquée en partie car elle  ne craint pas de bouleverser les conventions. On y crée avec un profond naturel et sans peur du jugement. Une liberté difficilement supportable pour des personnes que leur statut sociétalement dominant a paradoxalement fragilisées, en ne les confrontant que rarement aux condamnations globales.

La troisième rejoint une nouvelle fois les problèmes de l’autoédition : on trouve en fanfiction, il faut l’avouer, tout un gloubi-boulga d’écrits imbitables et de personnes ne manifestant aucun recul, qu’il s’agisse de la forme ou du fond, sur leur production. Il est difficile de faire le tri.
C’est cette raison qui, en ce qui me concerne, m’a longtemps fait considérer la chose avec une méfiance teintée de gêne, voire d’effroi. Il faut avouer que les textes mis en avant sur les sites dédiés ne sont pas toujours (1) les meilleurs, (2) ceux dans lesquels on retrouve ses héros tels qu’on les a connus (ce qui est rassurant lors d’une première approche) et (3) les plus sains. Même si un système de mots-clefs permet bien de faire un vague tri, jeter un œil sur ces sites revient parfois à mettre les pieds dans une librairie où Les Prêtresses Lubriques (ça existe) serait rangé sur la même étagère que Hamlet, juste à côté des aventures de T’choupi.
C’est une réalité que la part de fantasme, dans la « fanfic », est immense : il n’est pas rare de voir des autrices infliger des tortures innommables à leurs héros (souvent pour le plaisir de les cajoler par la suite), de les mettre en couple avec des personnages originaux à leur image (mais belles. Et douces. Et jeunes. Et si naïves et maladroites, en attendant d’être sauvées par leur prince), de les faire fondre en larmes au moindre pépin un peu sérieux parce que c’est beau un homme qui pleure, ou de buter leur copine pour les jeter dans les bras de leur acolyte de même sexe, puisqu’une bromance, manifestement, cache toujours un fantasme gay refoulé.
Amateurs des genres précités, attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : dans TOUS ces styles, on trouve d’excellents écrivains. Et, parfois, ces fantasmes servent, en réalité, à explorer des thématiques tout à fait brillantes, à développer des sujets laissés en plan par les créateurs originaux ou, tout bonnement, à se réapproprier un univers pour lui faire déployer toutes ses potentialités.
Reste que, comme dans tout domaine, les gens vraiment talentueux sont rares et que, quand tu débarques et que TOUT ce sur quoi tu tombes ressemble à une masturbation publique pas assumée, ça refroidit.
Surtout quand, comme moi, tu es écrivain, et que ton cerveau reptilien se met à hurler : « NE FAITES JAMAIS CA A MES PERSONNAGES, MES BÉBÉS, MES PAUVRES BÉBÉS ! PAR PITIÉ !!! »

Préjugés mis à part, la fanfiction n’est en réalité qu’un aspect de ce que l’on nomme plus généralement « œuvres transformatives ».
Et l’exercice n’a rien d’une nouveauté.
De tout temps, les auteurs se sont nourris, plus ou moins directement, des créations des collègues, et les ont parfois reprises sans vergogne pour donner leur version du personnage, leur variation sur le thème, ou leur développement de l’univers. C’est ainsi que naissent des mythes et des icônes. Don Juan fut de Tirso de Molina avant d’être doté d’un « m » par Molière, et le père Tirso lui-même aurait basé sa pièce sur un fait divers… ainsi que sur diverses histoires antérieures de séducteurs et/ou libertaires patentés, en butte avec les conventions morales. Le D’Artagnan de Dumas s’inspire de la biographie romancée rédigée par Gatien de Courtilz de Sandras… On ne compte plus les variations autour du vampire en général et de Dracula en particulier… Et ces trois personnages inspirent encore largement les créateurs, à cette différence près qu’étant tombés dans le domaine public, leurs auteurs actuels peuvent, s’ils le souhaitent, vendre le fruit de leur travail, et se déclarer ÉcrivÂÂÂins, pas comme ces gamines attardées, là, qui racontent les histoires de cœur des Avengers.

La fanfiction a existé avant d’être nommée ainsi. Et s’y sont toujours illustrés, avec des résultats plus ou moins heureux, les amateurs comme les professionnels, dont les motivations à l’exercice peuvent se rejoindre.

Depuis quelques mois, je me suis moi-même lancée. Et cet article est le premier d’une série dans laquelle je vous raconterai mon expérience.

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Je reviens (enfin… je reviendrai)

Un an sans une mise à jour. Mmm… Je ne vous cache pas que, depuis quelques mois, je m’interroge sur la pertinence de continuer à payer cet hébergement.

Et puis bon.

Même si la plupart de mes interventions se font maintenant sur ma page Facebook, je constate qu’avoir un site est bien pratique pour stocker les articles dont on souhaite garder une trace facilement accessible. Et, comme on m’a récemment demandé à plusieurs reprises de témoigner de mon expérience d’autrice et de donner des conseils d’écriture ; comme je rédige des articles de presse rigolos (j’espère) qui auraient aussi leur place ici ; comme je ferais bien quelques nouvelles traductions d’articles scientifiques et féministes ; et comme d’autres idées me viendront peut-être… Ma foi… Ça vaut sans doute le coup de ressusciter cet endroit.

Alors :

  • Je vais faire un peu le ménage dans les anciens articles ;
  • Ma webmistress d’amour va mettre à jour ma biblio qui prend la poussière pendant que mes parutions se poursuivent ;
  • J’ai enlevé l’onglet « dédicaces », que je suis persuadée que PERSONNE ne regarde. Pour tout ce qui est actu, c’est sur Facebook et Twitter que ça va se passer ;
  • J’ai déjà fermé les commentaires, car c’était une des choses qui me démotivait : à partir de maintenant, les discussions, si elles ont lieu, seront regroupées dans un fil dédié de ma page Facebook ;
  • Et je reviendrai très rapidement.

A très vite!

Retour d’Outretombe

Mot-clef du jour : « la vie privée d’une célébrité »

Il y a de l’écho, ici, vous ne trouvez pas ?

Il faut dire que j’ai été « légèrement » occupée ces derniers mois : travail intense sur le tome 3 d’Alyssa, bouclage d’un gros projet dont je vous parlerai très bientôt, lancement de deux chouettes commandes de bd, mise en place de quelque chose d’assez colossal à réaliser avec Anne-Catherine Ott (chht, c’est secret) et… tournage d’un film.

Comme ceux qui suivent le savent peut-être, j’ai eu la chance, le plaisir, la fatigue et le stress de jouer dans le premier long-métrage francophone en un seul plan-séquence (on dit « action ! » et on tourne d’une traite pendant 1h30). Ça s’appelle Maintenant, c’est une histoire d’amour et de secrets de famille écrite et réalisée par Michael Castellanet (qui joue aussi dedans), et c’est avec les formidables Jean-Claude Dreyfus, Brice Tripard et Olivia Algazi. Nous entamons actuellement la post-production et la recherche de distributeur.
Vous pouvez voir plein de magnifiques (sisi) photos de tournage sur la page FaceBook officielle du film.

fin_tournage

Vous comprendrez donc que ce site sente un peu le moisi, mais je reviens aujourd’hui pour ouvrir les fenêtres. Nouvelles dédicaces annoncées dans la colonne de droite, bibliographie en cours de mise à jour et, bientôt… de passionnantes nouvelles !

Rappel

Mot-clef du jour : « j’ai ma vie d’adulte »

Suite à la Marche des auteurs de bandes dessinées au festival d’Angoulême, je me suis dit que c’était l’occasion de donner une seconde vie à ce texte que j’avais écris il y a déjà six mois (six mois qu’on nous balade alors que nous ne demandons qu’une concertation à propos des modalités d’une réforme que nous acceptons par ailleurs) pour Le Plus du Nouvel Obs.

Je suis scénariste de bandes dessinées depuis 2005. Après quelques succès d’estime, je travaille sur une série grand public, bien défendue par mon éditeur. Aujourd’hui, avec deux enfants à charge et un conjoint à temps partiel, je gagne l’équivalent de 950 euros par mois.

Pourtant, ma situation n’est pas la pire parmi mes collègues. Nous subissons largement précarité et pauvreté. Seule la distance séparant l’épée de Damoclès de nos nuques varie. Mais on s’habitue. On apprend à vivre en oubliant jusqu’au souvenir des moments de sérénité.

Contrairement à d’autres travailleurs pauvres, nous exerçons un métier-passion. C’est une chance et une richesse que nous n’aurons jamais l’indécence de réfuter.
Je ne me plains pas, donc.
Et je suis débrouillarde : jamais d’emprunt, jamais de découvert… Je parviens même, en sacrifiant ma vie sociale, à mettre parfois quelques dizaines d’euros de côté.
En opposition à l’imagerie populaire qui se plaît à dépeindre les artistes comme de grands enfants rêveurs, ce métier nécessite beaucoup de rigueur et un profond sens des réalités.

Il y a deux ans, mon conjoint a soudainement perdu son travail. J’ai utilisé mon maigre réseau dans le but de décrocher, en urgence, de nouveaux contrats.
Le fort relais de mon annonce m’a fait prendre conscience que je n’étais pas seule. Que tous ces gens qui partageaient ma demande étaient motivés, outre par la volonté d’aider, par la peur.
« Demain, ça pourrait être moi », m’ont-ils avoué.
Nous nous serrions les coudes, toujours sans nous plaindre. Métier passion.

L’année dernière, je me suis tout de même permis d’interpeller Mme Filippetti quant à l’optimisme malsain de ses propos au Festival d’Angoulême.
En effet, comment pouvait-on affirmer sans trembler la bonne santé d’un secteur dont le premier maillon, les auteurs professionnels (sur lesquels repose au bas mot 80% de l’économie du livre, un domaine qui génère 80 000 emplois) gagne à peine de quoi se loger et se nourrir ?
J’ai manifesté mon incompréhension, j’ai déballé sans pudeur ma situation personnelle, recevant les promesses rassurantes de son chef adjoint de cabinet et le mépris de son conseiller en communication.
Je ne me suis pas plainte. Métier passion.

Aujourd’hui, le RAAP, l’organisme chargé de gérer notre retraite complémentaire, a décidé de passer d’un système de cotisations par tranches à un calcul en pourcentage de nos revenus. Sans concertation ni étude d’impact sur notre niveau de vie, ce taux a été fixé à 8%.
8%. Un douzième.
Un mois de revenus en moins pour une profession dont l’immense majorité des actifs ne gagne même pas le SMIC pour des journées de 10 à 15 heures de travail, week-ends compris.

Je ne pourrai pas payer.
La retraite complémentaire est un progrès social. Même si, comme beaucoup d’indépendants, nous ne nourrissons que peu d’illusions quant à ce qu’elle nous rapportera vraiment, nous jouons le jeu. Par solidarité.
Et un système proportionnel aux revenus nous semble juste. Mais ce taux ubuesque tuera la plupart d’entre nous. Je ne serai ni la première ni la dernière à tomber.

Métier passion ?

 

Nous payions déjà un lourd tribut pour avoir eu le courage et la chance de l’exercer. Nous n’aurions jamais imaginé que la mise à mort viendrait d’un organisme censé protéger nos intérêts.

 

Plus de 1000 auteurs de BD (sur environ 1500 professionnels) ont, à ce jour, signé une lettre ouverte à la ministre de la Culture. 
Le 26 juin, une délégation de notre syndicat sera reçue au ministère. Nous voulons un abaissement de ces prélèvements, un étalement de la réforme, un peu de sang froid et de rationalité…
Depuis une semaine, de nombreux auteurs d’autres secteurs du livre nous rejoignent. Nous nous fédérons afin de sauver nos emplois, nos existences, notre avenir.

 

Si cette réforme est malgré tout ratifiée, demain, seuls les plus riches d’entre nous pourront se permettre de continuer. A quoi ressemblera cette nouvelle production ?

 

Je me plains, donc.

 

Et, entre un soupir inquiet quant à l’avenir artistique de ma profession et une recherche d’emploi qui m’apprend que je suis surqualifiée/surdiplômée pour tout travail alimentaire, je me demande si, en 2016, les personnes supposées assurer ma sécurité vont, avec la complicité de l’État, me mettre à la rue avec mes gosses.

Et après ça, je continue de la fermer.

Mot-clef du jour : « cette année j’ai pas été classe, je me suis comportée comme une chaudass »

J’emmerde les bigots qui demandent à des non-croyants de respecter les traditions des croyants.
J’emmerde les tièdes qui pensent qu’il faudrait faire preuve d’égards pour la superstition alors que c’est tolérable d’insulter la raison.
J’emmerde les naïfs privilégiés qui ne pigent pas qu’on ne vit pas dans un délicieux monde rationnel, et que se foutre de la gueule de personnes qui s’en prennent déjà plein la tronche au quotidien, ça fait plus de mal que de se payer celles des hommes blancs hétérosexuels de classe moyenne supérieure.
J’emmerde les lâches qui se réfugient derrière Desproges pour insulter leurs camarades sous couvert de droit à l’humour (pour info, le « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » signifiait précisément que la blague devrait être contextualisée).
J’emmerde les incultes qui disent « c’est du second degré » sans connaître la définition de « second degré ».
J’emmerde les bas du front qui mettent des gens tenant parfois des propos maladroits et irrévérencieux envers les minorités dans le même sac que les cadres du FN.
J’emmerde les malhonnêtes qui râlent qu’on n’a pas fait de marche pour le massacre au Nigeria. A moins bien-sûr qu’ils ne pleurent la mort de mon voisin de pallier autant que celle de leur père, leur fils ou leur petite sœur.
J’emmerde les médias voyeurs qui ont à peine couvert le massacre au Nigéria, trop occupés à montrer en direct la position des snipers aux preneurs d’otages (Voici un exemple de moquerie au « premier degré »).
J’emmerde les désespérants imbéciles qui ont insulté les personnes présentes à la marche de dimanche ou les personnes qui en étaient absentes. (Dans un contexte de lutte pour la liberté de parler et d’agir, chapeau, les gars ! (Voici un exemple de moquerie au « second degré »)).
J’emmerde les monstres de prétention qui prétendent parler au nom de Dieu.
J’emmerde les ânes bâtés qui ignorent que la laïcité n’interdit pas de manifester sa foi, elle protège ce droit pour tous.
J’emmerde les dégueulasses qui ont déjà créé le « Point Charlie » parce qu’ils n’aiment pas qu’on leur suggère de se taire quand leur humour est blessant et naze.
J’emmerde les fragiles égoïstes qui hurlent « on ne peut plus rien dire » alors qu’ils sont payés des blindes pour déverser leurs insultes à la téloche mais n’ont pas les épaules pour supporter qu’on n’adhère pas à leurs propos.
J’emmerde les simplets qui hurlent au racisme dès qu’on remet en question certains aspects de l’islam.
J’emmerde les aveugles qui minimisent la responsabilité collective quand de jeunes français se transforment en terroristes.
J’emmerde les CAP-gauchisme qui résument ça à « c’est la faute au capitalisme ».
J’emmerde, enfin, les perfides qui refusent d’admettre que la liberté d’expression permet de ne pas aller en taule pour ses idées, mais n’oblige personne à les écouter.
J’emmerde tous ceux qui se sentent obligés de toujours l’ouvrir sous prétexte qu’ils en ont le droit.

Depuis quelques jours, j’emmerde à peu près tout mon entourage. Et, pour éviter de tomber dans les travers précités, j’ai pas mal fermé ma gueule. Mais, aujourd’hui, j’admire, le courage, l’humanisme, l’intelligence et la justesse des survivants de Charlie Hebdo pour cette magnifique couverture.

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Et j’avais envie de le dire, même si ça fait un peu Bisounours. Parce que, malgré les récupérations politiques, malgré les alliés ubuesques d’un soir, malgré les pleurnicheries télévisuelles, malgré la culture de la peur qui réinvestit les médias après cette parenthèse fraternelle, je me dis que, même si je suis bien loin d’adhérer à tout ce qui fait ce mystérieux « Esprit Charlie », l’espoir sera toujours permis tant qu’il restera des gens pourvus de ces qualités.

Tout nouveau, tout beau

Mot-clef du jour : « OLIE JAMBE MATURE »

Comme l’auront peut-être constaté les quelques égarés qui rappliquent sur ce blog même quand aucune nouvelle note n’y est postée, on a un peu tout cassé. Il faut dire qu’au bout d’un moment, le design des années 2003, ça a son charme, mais ça ne fait pas trop à la pointe de la modernité (et vous savez comme je tiens à être à la pointe de la modernité : j’ai même un téléphone portable qui va sur Internet).

En attendant une prochaine note qui ne saurait tarder, qu’il me soit permit de remercier pour son bénévolat dévoué à mes exigences à la con la formidable et patiente Nuryko, qui a aussi réalisé le beau site de Un Fil, notre projet de film. Au passage, sachez que la demoiselle fait également ce genre de travail contre rétribution financière, donc n’hésitez pas à la contacter.

Et, puisque je suis là, permettez-moi de vous rappeler que Rebecca Morse poursuit sa tournée de dédicaces d’Alyssa (pensez à regarder la colonne de droite). Elle sera notamment ce vendredi au Salon du Livre de Paris, et le week-end au festival bd de Cluny.

A très vite pour de nouvelles aventures !

Vous parlez anglais ?

Mot-clef du jour : « phrase intellectuelle pour casser les gens »

Je n’ai pas eu le temps/la motivation de faire un post de Noël, mais comme mes posts de Noël se résument généralement à dire « Joyeux Noël », vous ne ratez pas grand chose.

Par contre, j’ai fait un post de Noël sur mon tumblr, et c’est là que je voulais subtilement en venir.

Parce que oui, j’ai maintenant un tumblr.
Et c’est un peu particulier, parce que c’est un tumblr en anglais.
Je vous explique.
J’ai décidé, dans un moment de folie, que je voulais être capable d’écrire en anglais. Donc, je reprends des cours de grammaire, je lis plein de bouquins anglo-saxons en VO, je mate plein de films et de séries… et j’ai ouvert ce petit site où je mets des histoires courtes.
Le principe est très simple : quelqu’un me donne un mot et j’écris (directement en anglais) en fonction de ce que ce mot m’inspire.
Pour l’instant, je suis moyennement satisfaite. Sans surprise, mon niveau de langue est infiniment moins bon qu’en français, je pense que certaines tournures de phrases ne sont pas très idiomatiques et j’ai du mal à aller aussi loin que je le souhaiterais sur le fond. MAIS je suis tout de même contente de parvenir à pondre des textes un minimum construits qui, d’après les premiers retours que j’ai, semblent montrer un minimum que je sais écrire.

Et, comme j’ai vraiment besoin de retours pour progresser, amis lecteurs, j’aurais besoin de vous.
– Pour me suivre là-bas.
– Pour me donner votre avis sur mes textes (quel que soit votre niveau d’anglais du moment que vous le parlez assez pour piger ce que je raconte).
– Pour éventuellement me suggérer des modifications si vous êtes bilingues.
– Pour me proposer des mots.
– Pour parler de ce blog autour de vous.

Mon objectif : être capable de rédiger un court roman d’ici un an. Quelque chose de léger mais avec quand même un minimum de fond. Et je vous prie de croire qu’il va falloir bosser !

Le blog s’appelle Tea and Hard Cider (ce qui n’a aucun rapport avec le schmilblick, ce sont juste mes deux boissons préférées). Il n’y a que deux textes pour l’instant, dont un un peu expérimental, mais le troisième, une petite histoire de vampire, arrive lundi prochain.

Un grand merci d’avance !

Ah, et… Joyeux Noël, du coup.

Captain Obvious

Mot-clef du jour : « pacman comprendre »

En quoi admettre que nous ne naissons pas tous avec les mêmes facilités est-il nier qu’avec du travail et de la volonté on peut faire (presque) tout ce qu’on veut ?

Je me pose sincèrement la question.

En quoi admettre que l’inné existe est-il de l’essentialisme ?

En quoi signaler à un gamin qu’il semble doué pour un truc et l’encourager à persévérer s’il le souhaite est-il lui coller une pression ? En quoi constater qu’il part de loin est-il piétiner ses rêves ?

Évidemment que la plasticité cérébrale permet à l’acquis de très largement supplanter le tirage au sort génétique.

Évidemment que la technique, c’est une chose qui s’acquiert avec le travail.

Cependant, désolée si la vie est injuste, mais atteindre le même objectif demandera à certaines personnes plus de travail qu’à d’autres.
Et ce n’est pas JUSTE à cause de leur éducation, des pressions sociales, du poids des traditions, du vécu, tout ça.
C’est AUSSI parce que (bordel) (sérieusement faut l’écrire ?) : nous ne naissons pas égaux.
Je dois vraiment justifier cette affirmation ?

Oui. L’autre jour, j’ai discuté de don.
Je vis dangereusement.

Parce que figurez-vous que c’est un gros mot.
Car pour certaines personnes, admettre l’existence de ce dernier revient à nier la valeur du travail et de la volonté.
Et je m’interroge.
Car oui (gnigni), un don sans travail et sans envie, ça ne sert pas à grand chose.
Wé (gnégné), le travail et l’envie, même sans prédispositions, ont toutes les chances de vous permettre de réussir vos objectifs.
Oui, oui, si vous y croyez très TRES fort, vous pourrez réaliser vos rêves.

Mais de là à NIER la différence ?
A dire qu’on est tous pareils, qu’on a tous les mêmes chances, que l’inné n’existe même pas ?
(Les parents des génies de 5 ans qui résolvent des énigmes mathématiques seront ravis d’apprendre que tout va bien, leur enfant est comme tout le monde, il a juste potassé les bouquins de la fac d’à-côté derrière leur dos, le coquinou).
(Pareil pour ces Asperger qui, sans avoir jamais pris le moindre cours, te dessinent des villes avec une perspective au poil de cul juste après les avoir observés d’un hélico. Ah mais c’est pas pareil, eux ils ont des pouvoirs).
(Au passage, sportifs au pied du podium, pianistes passionnés de 14 ans n’ayant pas composé trouzemille symphonies comme le père Wolfgang, sérieusement, bougez-vous le cul, bande de nazes.)

Entendons-nous bien : moi aussi, j’ai très envie de croire que tout ce que j’ai mené à bien, je ne le dois à rien d’autre qu’à mon courage, mon travail et ma volonté.
Même que ça me ferait me sentir tellement supérieure à tous ces losers qui n’ont pas réussi.
Et puis, je trouverais ça si merveilleux, un monde à ce point empli de justice.

Mais à un moment, il faut être un minimum de bonne foi. Il y a plein de trucs que j’aime et dans lesquels je me serais épanouie et, bizarrement, j’ai surtout mené à bout ceux qui ne me demandaient pas d’efforts surhumains.
A quel point, d’ailleurs, nos goûts et notre volonté ne sont-ils pas façonnés par nos facilités ? Est-ce que je n’aime pas, aujourd’hui, plus l’écriture que le dessin en partie aussi parce que je m’y suis toujours sentie plus à l’aise ? Parce qu’on me disait : « C’est vachement bien » en lisant mes textes vite torchés alors que mes dessins patiemment exécutés ne récoltaient que des : « ah ouais, pas mal » ?

J’aurais très probablement pu devenir dessinatrice si j’avais eu le courage et l’envie de plus travailler.
Tout comme j’aurais pu devenir haltérophile malgré une maigre force dans les bras héritée de mon père et de bien d’autres ascendants avant lui.
M’est tout de même avis que je n’aurais pas chopé de médaille d’or aux JO. Quel niveau aurais-je atteint en dessin ? Mystère.
Reste que l’inné existe. C’est chiant comme tout, mais comme il n’est qu’une base sur laquelle travailler (ou pas) et ne prédétermine en rien ce que vous serez, rassurez-vous, c’est pas si grave.
N’employez pas le mot don si les connotations que lui ont en effet accolées des abrutis vous dérangent. Mais n’interdisez pas aux autres de l’utiliser dans son sens propre.
Foutez la paix à ceux qui ont emprunté un chemin différent du vôtre.
Et cessez de vouloir lisser les capacités de chacun.

Parce que c’est quand même marrant. D’un côté, on vous jette des tomates quand vous osez évoquer un « don », de l’autre, quand vous réussissez à force de travail et de volonté, ya toujours un con pour vous dire : « Ahlala, t’en as de la chance de vivre tes rêves ».

J’ai quand même un chouïa l’impression que le travail, c’est souvent la clé du succès… dans l’esprit de ceux qui ont réussi en travaillant.
Pour ceux qui se sont ramassés, c’est le bol.
Pour ceux qui avaient de grosses facilités et ce sont reposés dessus, j’imagine que ça doit être le don.

D’où finalement la question centrale de cet article : Ça va, les chevilles ?