Archives de l’auteur : Isabelle

Dysmorphie corporelle… La chirurgie n’était pas une solution (traduction).

Article original de Reid Ewing, publié le 19 novembre 2015 sur le site américain du Huffington Post.

AVERTISSEMENTS DE LA TRADUCTRICE (c’est moi) :

  • Cet article mentionne des abus médicaux. Il n’y a pas de description crue et anatomique des procédures chirurgicales, mais si vous n’êtes pas à l’aise avec le sujet, la lecture peut s’avérer psychologiquement difficile. Vous êtes prévenus.
  • Ce témoignage fait référence à des faits s’étant déroulés aux États-Unis. La loi française est bien plus protectrice des patients (par exemple, on ne rigole pas avec le délai de réflexion, et vous ne verrez pas un chirurgien faire sa pub à la téloche, en tout cas pas aussi directement).
  • L’article original s’accompagne d’un lien vers une association d’aide aux personnes souffrant de troubles anxieux et dépressifs comme la dysmorphie corporelle. Je ne trouve pas de structure équivalente en francophonie. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à me les signaler.

Un peu de contexte : Reid Ewing est un acteur américain. Il joue notamment un personnage récurrent de la série Modern Family, qui est un peu LA sitcom US du moment. Il a maintenant 27 ans.

La dysmorphie corporelle est un trouble psychiatrique qui se caractérise par une obsession pathologique de son apparence. En ce qui me concerne, rien d’autre n’avait d’importance à mes yeux. Jeune acteur, je venais de débarquer à Los Angeles, presque, voir totalement, sans amis. Je passais mon temps assis dans mon appartement, à me prendre en photo sous tous les angles et à analyser chaque détail de mon visage.

Un jour, après quelques années à ce rythme, j’ai décidé de passer le cap de la chirurgie esthétique. Je me disais : « Personne n’a le droit d’être aussi laid, c’est inacceptable ».

En 2008, j’avais 19 ans, et j’ai pris mon premier rendez-vous avec un chirurgien. Je croyais sincèrement qu’une seule intervention suffirait pour me donner la tête de Brad Pitt.

J’ai expliqué au docteur pourquoi je pensais avoir besoin de me faire refaire le visage, lui précisant que j’étais acteur. Il m’a répondu qu’en effet, pour le bien de ma carrière, c’était nécessaire. Il a ensuite rapidement opté pour de larges implants au niveau des joues et, quelques semaines plus tard, j’étais sur la table d’opération. Pendant qu’on m’administrait l’anesthésique, le chirurgien m’a parlé, mais l’empathie qu’il avait manifestée lors de la consultation avait disparu. Son ton était sec, il ignorait mes inquiétudes, et s’est mis à bavarder avec son équipe pendant que je perdais connaissance.

Je me suis réveillé en larmes, en hurlant de douleur. Le docteur n’arrêtait pas me dire de me calmer, mais j’en étais incapable. J’arrivais seulement à crier, et son équipe et lui luttaient manifestement pour se retenir de rire.

On avait oublié de me mentionner un détail : je devais porter un masque facial durant 15 jours. Horrifié à l’idée que quelqu’un puisse découvrir ce que j’avais fait, j’ai embarqué mon chien et quelques affaires, et quitté Los Angeles pour Joshua Tree [Parc naturel californien, NDT]. Sur la route, je me suis trompé de chemin et me suis arrêté à une station-service, au milieu de la nuit. L’endroit était fermé, mais il y avait quelqu’un à l’intérieur. Bien conscient de mon apparence singulière, j’ai toqué doucement à la fenêtre du magasin, m’efforçant de prendre l’air le moins menaçant possible. Quand le propriétaire m’a vu, il a reculé, terrifié, et s’est jeté sur le téléphone pour appeler (je suppose) la police. J’ai couru jusqu’à ma voiture et quitté l’endroit.

J’ai passé les deux semaines suivantes dans un hôtel, défoncé à l’hydrocodone. Quand le temps est venu de retirer les bandages, le résultat ne ressemblait en rien à ce que j’avais imaginé. Je n’aurais jamais pu trouver une fausse excuse pour expliquer à quel point mon visage était enflé, et j’ai donc décidé de me cacher encore une semaine dans mon appartement de Los Angeles, le temps que les dégâts se résorbent.

Sur la route du retour, une policière m’a arrêté pour un feu arrière cassé. Lorsqu’elle est parvenue à hauteur de ma vitre, nous nous sommes regardés avec une confusion mutuelle. Elle m’a demandé ce qui était arrivé à mon visage et j’ai répondu que j’avais eu un accident de voiture. Elle est retournée à son véhicule, est revenue avec un Polaroid et m’a pris en photo. Elle est ensuite repartie, presque sans un mot, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’imaginer qu’une fois de retour à son commissariat, elle allait montrer le cliché à tout le monde, et qu’un jour, il referait surface et démolirait ma carrière.

Quand mon visage désenfla enfin, le résultat était catastrophique. La moitié inférieure de mes joues était creuse comme celle d’un cadavre, ce qui était quelque peu en contradiction avec ce que l’on est en droit d’attendre d’un implant de joue. On aurait plutôt dit qu’on m’avait greffé des pommettes.

Je suis retourné voir le médecin, en panique, plusieurs fois d’affilée, mais, durant six mois, il a refusé de me réopérer, affirmant que je finirais par m’habituer aux changements. Il n’était pas question de laisser qui que ce soit me voir dans cet état, et je me suis donc complètement isolé. Les gens me dévisageaient à chaque fois que je mettais le nez dehors et, lorsque j’allais chez mes parents, ils pensaient que j’étais malade.

Incapable de vivre ainsi, je suis parti en quête d’un autre médecin. Celui sur lequel je suis tombé était encore moins qualifié, mais je m’en fichais ; je voulais juste en finir. Je lui ai raconté mon histoire, et il m’a proposé un implant du menton. Je lui ai demandé si cela arrangerait mon visage cadavérique, ce à quoi il a répondu que je serai si content du résultat que cette question n’aurait plus d’importance. Le jour-même, il me conduisait à son bureau et m’opérait.

Comme la première fois, il m’a fallu me cacher durant ma convalescence. Mais, après seulement quelques jours, je me suis rendu compte que je pouvais déplacer l’implant de droite à gauche, simplement en touchant ma peau. Je me suis précipité chez le chirurgien, qui a reconnu son erreur et m’a de nouveau opéré. Après quoi, il est resté à mes côtés, le temps que l’anesthésie se dissipe et que je sois en état de conduire jusqu’à chez moi. Nous avons discuté à cœur ouvert, et il m’a avoué qu’il avait des difficultés à garder son cabinet, à cause des nombreux procès.

J’avais 20 ans. Pendant encore deux ans, j’ai subi plusieurs interventions, avec deux autres docteurs. Chaque opération posait de nouveaux problèmes, que je devais régler avec la suivante. Une situation bien connue de tous ceux qui enchaînent les ratés chirurgicaux. L’argent n’était pas un réel souci, car ces interventions ne sont pas aussi chèques qu’on l’imagine. La médecine esthétique actuelle obéit à un modèle économique nouveau : facturer moins, opérer plus. J’ai utilisé ce que je gagnais en jouant la comédie et, lorsque j’étais vraiment désespéré, emprunté le reste à mes parents et à ma grand-mère.

Tout ceci s’est produit en grande partie pendant que je travaillais sur Modern Family. Les tournages eux-mêmes avaient généralement lieu aux moments où je faisais retirer mes nombreux implants. Je recourais alors plutôt à des injections ou des transpositions de tissus graisseux, qui rendaient les changements sur mon visage moins frappants. Ces procédures ont des effets limités dans le temps, et ne valent pas ce qu’elles coûtent.

Début 2012, l’isolement, le secret, la dépression et le dégoût de moi-même n’étaient plus supportables. Même si j’étais toujours extrêmement fragile quant à mon apparence, j’ai décidé de ne plus jamais avoir recours à la chirurgie. Il m’a fallu six mois pour être capable d’accepter de simples regards sur ma personne.

Aucun des quatre docteurs m’ayant opéré n’avait mis en place d’entretiens psychologiques avec leurs patients. On m’a juste demandé si j’avais des antécédents dépressifs. Quand je répondais que oui, la discussion s’arrêtait là. Mes troubles alimentaires, et les cas de troubles obsessionnels compulsifs dans ma famille n’ont jamais été abordés. Aucun médecin ne m’a orienté vers un psychologue alors que mon problème n’était, de toute évidence, pas esthétique. Aucun ne m’a mis en garde contre les risques d’addiction.

Les personnes souffrant de dysmorphie corporelle sont souvent sujettes à l’addiction à la chirurgie esthétique. Jouer avec son apparence, tout en consommant de grandes quantités d’analgésiques, est une expérience hautement addictive. Ce problème est rarement pris au sérieux, à cause de la honte qui accompagne ces interventions. Le secret entourant la chirurgie esthétique empêche de mettre en lumière les pratiques contraires à l’éthique de beaucoup de médecins. J’ai le sentiment que, la plupart du temps, les gens se tournent vers la chirurgie dans l’espoir d’être acceptés, et finissent par se marginaliser encore plus. Et les récits sur les transformations chirurgicales sont rarement abordés de ce point de vue.

Peu de temps après avoir décidé de cesser les interventions, j’ai revu le premier docteur que j’avais rencontré à un talk-show, puis dans un article de magazine. Il donnait des trucs et astuces pour les personnes désirant se faire opérer. J’écris cet article en espérant contrecarrer son influence. Avant de décider de changer votre visage, vous devriez vous demander si les choses à réparer ne sont pas dans votre tête.

La chirurgie esthétique n’est pas toujours mauvaise. Elle peut être d’une grande aide pour les personnes qui en ont vraiment besoin. Mais c’est une occupation désastreuse, qui vous bouffera jusqu’à ce que vous ayez perdu toute joie et toute estime de vous-même. J’aimerais pouvoir revenir en arrière et annuler toutes ces interventions. Je réalise, maintenant, n’avoir jamais eu le moindre problème physique, et le moindre besoin de changer mon apparence.

Versipelle (Bauthian/Ott/Akileos) – Ça avance !

Mot-clef du jour : « isabelle grosse+poésie »

Je sors de ma léthargie (en réalité, de mon hyperactivité malsaine de ces derniers mois) pour vous remontrer un peu le très bel album sur lequel je travaille avec la merveilleuse Anne-Catherine Ott pour les formidables éditions Akileos.

Des vikings, une vengeance, des discriminations sociales, des loups-garous, des fantômes, de la magie, l’intellectualisme en opposition à l’instinct… un conte cruel et horrifique inspiré d’une vieille légende auvergnate.

Planches encrées toutes finies. Colo en cours. Sortie début 2016.

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C’est beau, hein ?

Anasterry demain à 1.19 € !

Mot-clef du jour : « avant j’étais en couple »

Hello tous,

Juste un petit mot pour vous dire que, demain mardi 27 octobre, mon roman Anasterry sera disponible en version numérique au prix démentiel (carrément) de 1,19 € (ça vaut bien le qualificatif de « démentiel », quand même. Non ?).

Cette opération de promotion durera toute la journée, et j’espère que vous serez nombreux à en profiter pour découvrir le livre… D’autant que les premiers retours sont vraiment TRÈS positifs. Sisi. Mais genre vraiment.

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Peut-être même que cela vous donnera envie de prolonger le voyage Bad Wolf en vous jetant sur les excellents romans de mes compères Audrey Alwett et Christophe Arleston.

N’hésitez pas à me communiquer vos retours, et à très bientôt pour des nouvelles « bd ».

Alyssa tome 3 – La théorie de l’attraction

Mot-clef du jour : « réplique pour casser les gens auteur »

Hello les petits loups et les grands coyotes !

Aujourd’hui est un grand jour, celui de la sortie du tome 3 d’Alyssa. Il se nomme La théorie de l’attraction, et parle de voyages, de linguistique, de militantisme, de sciences humaines, de ‎féminisme‬, de ‪geocaching‬, de ‪Doctor Who‬, de poux et de sitcoms.

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AlyssaT3_DoctorWhoQuand j’ai commencé à travailler sur cette bd, je n’avais jamais écrit le moindre texte humoristique. Il y a bien toujours un peu de blagounette dans mes bouquins, parce que, même dans les moments les plus noirs, l’humour fait partie de la vie, et j’aime les traitement réalistes plus que les conventions de genre. Reste que mon univers est plus fait d’histoires d’amour compliquées, de société vilaine avec ses éléments décalés, voir de zombies, de monstres et de meurtres sanglants, et je n’aurais probablement jamais tenté la comédie pure si je n’avais pas eu l’idée du concept d’Alyssa, à savoir « une ado HQI infiltrée chez les ados normaux, qui se rend compte que la plupart des gens se sentent aussi décalés qu’elle et qu’on ne peut pas se définir juste par sa spécificité » (et qui, aussi, essaie de construire des trucs qui ne marchent pas, fait des expériences sur son chien, tente de survivre aux virées shopping et drague comme une quiche).
Cette série a été extrêmement formatrice pour moi. C’était la première fois que je m’éloignais de ma zone de confort et, avec ma talentueuse dessinatrice Rebecca Morse et ma merveilleuse éditrice Audrey Alwett, je crois que nous avons réussi à créer une série à la fois grand public et intelligente, potache avec du fond, farce et instructive. J’ai l’impression que chaque tome a été meilleur que le précédent et, dans ce troisième, nous avons essayé de passer un cap et de nous attaquer de manière plus frontale à des questions intellectuelles qui étaient surtout en filigrane des deux précédents.
Ceci, bien sûr, en préservant l’humour potache.
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J’espère que le résultat vous plaira !

Je vous annonce au passage que Rebecca et moi seront ce weekend au festival Normandiebulle, à Darnétal. J’y dédicacerai également Anasterry.

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Et, jusqu’à la fin de la semaine, vous pouvez tenter de gagner un tome 3 via ma page FaceBook, que je vous encourage par ailleurs à suivre car j’y donne plus souvent des nouvelles qu’ici.

AlyssaT3

A bientôt les petits chats et les grands servals !

Premier roman, fantasy, jeux concours et innovation

Mot-clef du jour : « couverture facebook pacman »

Aujourd’hui est un grand jour.

Enfin… Avant-hier était un grand jour, mais c’est aujourd’hui que je communique dessus pour des raisons techniques.

Le 1er juillet 2015 est sorti mon premier roman.

Anasterry_C1_300Il s’appelle Anasterry, c’est de la fantasy plutôt « dark fantasy » qui exploite un univers en cinq tomes indépendants, il est beau, bon, pas cher, et c’est un peu le début du projet de ma vie, mais je vous en dirai plus dans 2 minutes, parce que, d’abord, je dois vous parler du concept.

Le Label BAD WOLF, créé à l’initiative d’Audrey Alwett, est un regroupement d’auteurs indépendants qui se veut à la fois une garantie de qualité littéraire et une ligne éditoriale : la fantasy pour adultes, dans toute sa variété. Les trois premiers livres, par Audrey Alwett, Christophe Arleston et moi-même, sont donc sortis ce 1er juillet, d’abord en exclusivité Amazon pour le numérique, et en impression à la demande.

Et, ami lecteur, leur lecture te permettra de gagner des bouquins, ainsi qu’un original de Didier Tarquin.

Alors, maintenant, les questions que tout le monde se pose.

Pourquoi l’auto-édition ? 

Pour plein de raisons, au nombre desquelles, j’en vois certains venir, ne figure pas le refus d’un éditeur traditionnel. Pour l’instant, aucun d’entre nous n’a proposé son livre à une maison d’édition. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous avions envie de tenter cette alternative, qu’elle constitue une solution définitive ou une première étape.

En roman, contrairement à la situation en bande dessinée, il est rare de percevoir une avance sur les droits d’auteur. En pratique, cela signifie que nous ne sommes pas payés pour écrire un ouvrage qui demande, en moyenne, une grosse année de travail. Avec ce label, nous ne bénéficions pas de la promotion effectuée par un éditeur mais nous récoltons directement les bénéfices de notre dur et solitaire labeur, ça fait toujours plaisir.

De plus, cette première étape ne nous coupe pas des circuits classiques : de la même façon que le poche constitue une seconde sortie du livre grand format, rien ne nous empêche d’avoir une première sortie en numérique et une autre en format papier, avec une maison d’édition.

C’est aussi une grande liberté, qui nous a permis d’inclure, dans chaque livre, trois jeux littéraires permettant chacun de gagner un album de bd et, pour les lecteurs des trois ouvrage, un autre doté d’une belle récompense : un original de Didier Tarquin !Souper_C1_300

Ajoutez à cela la motivation que procure le fait de maîtriser l’existence de notre livre et le plaisir de recueillir les réactions des lecteurs en direct, et vous comprendrez pourquoi cette innovation nous a motivés.

Bad Wolf, à terme, ça peut être une porte d’entrée vers le monde professionnel pour de jeunes auteurs, une alternative pour les confirmés et un label qualité pour les lecteurs.

C’est aussi une première française (et peut-être bien une première mondiale).

Pourquoi Amazon ?

Parce qu’à ce jour, ils sont les seuls à offrir un panel de solutions aussi intéressantes financièrement et artistiquement aux auteurs indépendants. Et parce qu’ils étaient intéressés par le concept et désireux de nous aider.

Nous restons donc indépendants pour l’édition papier mais leur avons confié, dans un premier temps, l’exclusivité de nos ventes numériques.

PoisonKatharz_C1_300Pourquoi la fantasy ?

Parce qu’on aime la fantasy. Parce qu’on aime tout particulièrement la fantasy adulte un peu littéraire. Parce qu’on s’est retrouvés par hasard à en faire tous en même temps et qu’on s’est dit : « vogue la galère ! »

Y aura-t-il d’autres romans ?

C’est l’idée ! Comme en témoigne le soin que nous avons approrté à afficher notre singularité (homogénéité des couvertures créées par Gaelle Merlini et, pour la mienne, la collaboration de Marianna Riefolo, logo dessiné par Pierô la lune…) Nous voulons faire de Bad Wolf une expérience sur le long terme ! Dans moins de six mois, deux ou trois auteurs devraient nous rejoindre, et d’autres encore par la suite, nous permettant d’élargir nos publications à tous les styles de fantasy.

J’ai écrit l’oeuvre du siècle ! Je peux vous rejoindre ?

La prochaine fournée est a priori plus ou moins complète, mais nous examinons déjà d’autres romans. Pour envoyer le vôtre : labelbadwolf[at]gmail.com
Rappelez-vous juste que, pour l’instant, nous nous concentrons uniquement sur la fantasy adulte.


Trois romans sont disponibles à ce jour, au prix fixe de 3,99 € en numérique et 17,50 € le format papier :

lestroisromans_300Le Souper des Maléfices, de Christophe Arleston
Les Poisons de Katharz, d’Audrey Alwett
Anasterry, d’Isabelle Bauthian (oui, je parle de moi à la troisième personne si ça me permet d’améliorer ma présentation).

Jamais un livre n’a autant compté pour moi, alors je vous serai infiniment reconnaissante si vous vouliez bien l’acheter, l’offrir et en faire la promotion. Egalement, si vous l’avez aimé, d’ajouter un petit commentaire sur Amazon, Babelio, Book.Node et/ou autre site spécialisé car, en auto-édition, le bouche à oreilles compte énormément.

Voici le synopsis :

Rien ne saurait ébranler Anasterry, la plus riche, intellectuelle et libertaire baronnie de Civilisation, qui place la maîtrise de soi au rang de vertu suprême. Rien… sauf peut-être un défi de gamins.
Quand Renaldo, fils du baron de Montès, et son meilleur ami Thélban Acremont, entreprennent, pour séduire une jeune fille, de trouver la faille de cette utopie, ils ignorent qu’ils vont déterrer de sombres secrets. Et les secrets des puissants ne leur appartiennent pas.
Quels sont ces monstres découverts dans les marais ? En quoi sont-ils liés à la tolérance d’Anasterry pour ces mi-hommes que, partout ailleurs, on opprime jusqu’à les réduire en esclavage ? Après trente ans de paix, Civilisation risque-t-elle d’être si facilement bouleversée ? Pour réparer ses erreurs, Renaldo va devoir choisir entre son patriotisme, sa fidélité amicale, ses idéaux héroïques et ses simples responsabilités d’homme libre.
Une aventure de dark fantasy politique et sensible, portée par des personnages d’une grande humanité.

Et, comme je vous aime d’amour, un extrait du premier chapitre :

Montès. An 4 du règne de Kolban le roux.

La première fois que Renaldo Jago Badiare de Montès assista à une mise à mort, il avait six ans et demi. Son frère, Deloncio, en avait neuf, et il avait souhaité manier la hache. Leur mère avait fermement désapprouvé cette initiative. Le condamné était un mi-homme pouilleux sans éducation et il était hors de question que son aîné, l’héritier de la baronnie, lui fasse un tel honneur public. Deloncio avait insisté, c’est-à-dire qu’il avait râlé, boudé, puis hurlé qu’il était l’offensé (le coupable avait dérobé une broche à la fille de l’un de ses serviteurs), qu’il était donc en droit, peut-être même en devoir de désigner l’exécuteur de la sentence, qu’il avait presque dix ans, que c’était l’occasion de verser son premier sang et que si la famille du voleur osait seulement se vanter d’avoir perdu leur rejeton de ses mains, il saurait, de toute façon, leur faire rentrer leur prétention dans la gorge.
Diema Reor de Sanzano, baronne de Montès, plissa le nez et une fine veine apparut le long de sa tempe gauche. Elle dit :
– J’en parlerai à ton père.
Ce qui était généralement de mauvais augure pour les projets des enfants. Mais, contre toute attente, le baron Jago de Montès tint tête à son épouse. Les arguments de Deloncio, bien que formulés sur un ton regrettable, faisaient sens. Il était grand et fort pour son âge, avait déjà prouvé sa tolérance à la violence et son respect des devoirs, et il était temps que les citoyens de Montès le connaissent pour autre chose que son esprit bagarreur et sa propension à chicaner le bon peuple. Diema s’était inclinée, au propre comme au figuré, devant son baron. Elle avait dit :
– Soit.
et quitté la pièce. Même Deloncio n’avait pas osé manifester sa satisfaction. Après que tension fut retombée, Renaldo avait demandé à son frère si l’offensée n’était pas plutôt la propriétaire de la broche, dont on aurait pu s’enquérir de l’avis quant à la désignation du bourreau. Deloncio l’avait giflé du revers de la main, le mettant à terre, et de petites lumières avaient dansé devant ses yeux jusqu’au soir. Il n’avait pas signalé l’incident à ses parents. Son père aurait sans doute pardonné sa faiblesse mais sa mère, après avoir sévèrement puni son aîné, lui aurait probablement administré une nouvelle correction pour lui apprendre tant à encaisser les attaques qu’à cesser de cafarder. Les lumières avaient finalement disparu, démontrant la vanité de son inquiétude. Il avait hâte, tout de même, d’être assez fort pour rendre les coups à son frère et faire lui aussi honneur à son nom.

Le jour de l’exécution, le soleil brillait dans le ciel et nimbait la lice de la citadelle d’une chaleur suffocante, même pour un été de Montès. Les nobles et leurs gens transpiraient dans leurs habits de cérémonie, et il émanait du peuple une odeur rance qui prenait au nez et à la gorge. Les émetteurs des effluves en souffraient eux-mêmes et, petit à petit, une rumeur se fit entendre, incriminant la présence des nombreux mi-hommes. Diema, dans la riche robe violette qu’elle réservait aux évènements les plus graves, dissimula sa bouche derrière son éventail assorti et murmura quelques mots à l’oreille du Sieur de Revinsio, le responsable de la sécurité. Ce dernier quitta l’esplanade destinée aux hauts dignitaires et disparut dans la foule. Quelques minutes plus tard, des soldats en livrée pourpre se déployaient dans l’assistance. Ils s’adressèrent brièvement aux grandes-gueules et la rumeur s’éteignit doucement.
– C’est idiot de dire que les mi-hommes puent, ma mère, affirma Renaldo histoire de participer au moins à une discussion. Tout le monde sait qu’ils sont sans odeur.
– Sottise, répondit négligemment Diema sans quitter la foule des yeux.
Jago se pencha alors vers son cadet et lui caressa les cheveux.
– Seules les fées n’avaient pas d’odeur, fils. Elles étaient d’humeur sèche et leur peau supportait mal la chaleur. C’est la raison pour laquelle elles se couvraient d’étoffes. Mais le condamné est un Métis, comme la plupart de nos affranchis.
Il se tourna vers sa femme et ajouta :
– Il serait temps que Cesano l’emmène sur le terrain.
– Je le lui dirai, répondit Diema. Ça pourra remplacer les leçons de vieux Malardien. Renaldo n’y fait aucun progrès et n’y a pas d’urgence à apprendre une langue morte d’un pays disparu.
Renaldo aimait bien les leçons de Malardien car, même s’il ne retenait pas la grammaire, elles reposaient sur des légendes passionnantes. Mais ses parents savaient ce qu’ils faisaient. Déçu de ne pas être parvenu à émettre une opinion intéressante, il reporta son regard sur l’estrade où, selon la coutume, le supplicié attendait, vêtu d’une toge grise, le visage couvert d’un voile. L’officier de cérémonie lui parla brièvement. Les deux hommes échangèrent quelques hochements de tête, suite à quoi l’officier s’adressa à la foule :
– Le coupable exprime le désir de confronter son bourreau.
De nombreuses voix s’élevèrent, générant une rumeur excitée et indistincte d’où émergeaient quelques insultes et applaudissements. Au bout d’une vingtaine de secondes, le baron de Montès se leva et fit de la main un geste agacé qui réduisit rapidement l’assemblée au silence.
– Qu’on y réponde, dit-il alors, selon la formule consacrée.
L’officier de cérémonie retira donc la capuche sous les cris réitérés de la foule, dévoilant un visage dont les ecchymoses ne parvenaient pas à effacer la bizarrerie des traits. La peau était brune, comme celles de Renaldo et de la plupart des citoyens de Montès. Mais elle était couverte de taches rose pâle, et ses yeux si rapprochés donnaient l’illusion d’un strabisme malgré leurs pupilles parfaitement centrées. Le regard était vif et perçant et Renaldo dut se forcer à le soutenir, alors même que l’attention du mi-homme n’était pas portée sur lui. Il observait le couloir reliant le bûcher à la porte sud, qui s’ouvrit soudain. Deloncio la franchit, sous les bravos et les applaudissements des animateurs, bientôt suivis par ceux du peuple.

Le garçon marcha jusqu’à l’estrade, droit et fier, un digne sourire aux lèvres. Bien qu’il fût plus petit que la plupart des personnes qui se massaient derrière les barrières dans l’espoir de sentir le souffle de l’air déplacé par son cheminement, bien que le sobre uniforme ait dû être ajusté à la va-vite pour épouser son corps d’enfant, sa présence à ce poste semblait parfaitement naturelle. Il toucha quelques mains tendues vers lui et distribua des paroles amicales avant de gravir les cinq marches menant au billot, sur lequel on avait attaché la tête du voleur dans l’indifférence générale.
Sans façon, il passa sa cape à l’officier de cérémonie qui la plia, puis la confia à un page et s’adressa à la foule :
– Garan, fils de Häne, de père inconnu. demi-homme, affranchi, servant aux cuisines de l’Illustre et Glorieuse citadelle de Montès, a été déclaré coupable de vol à l’encontre de la demoiselle Felana Ansine de Panale, fille de Daberto Padlio de Panale, maître de soupe, et de Rona Aura de Milles. Il a reconnu les faits, sous le témoignage du comité d’interrogations de la première province de Montès. Deloncio Jado Badiare de Montès, fils de notre Illustre et Glorieux baron, sans sa grande bienveillance, a accepté d’exécuter la sentence. Qu’il en soit ainsi et que la Terre Mère accueille l’âme funeste du fauteur en son sein.
– Que la Terre Mère l’accueille, répondit la foule.
Renaldo, tout à sa contemplation du mi-homme, n’eut le temps que de marmonner « …Mère l’accueille » à toute vitesse pour rattraper les autres, mais ni son père ni sa mère ne relevèrent sa maladresse. Il lui sembla que Diema n’avait d’ailleurs pas répété la formule. Elle ne quittait pas des yeux Deloncio, qui tendait maintenant les bras vers la lourde hache que l’officier de cérémonie lui présentait. Quand il la saisit sans la lâcher, elle laissa échapper un soupir de soulagement, puis se mordit la lèvre, probablement agacée d’avoir dévoilé son inquiétude.
Renaldo observa avec incrédulité son grand frère, avec qui il avait joué, et jouait parfois encore, à saute-la-butte, balle-au-pied et perce-au-bond, récoltant autant de cocards que de fous rires, soulever l’arme plus haute que lui, bander ses jeunes mais déjà larges muscles, trembler légèrement, mais ajuster sa visée avant de faire retomber la lame sur le cou moucheté. La foule émit un « aaaah » d’appréciation quand la tête se détacha du corps, mais elle ne chut pas. Quelque chose la retenait et, alors que le sang inondait le visage du supplicié, Renaldo vit distinctement un œil cligner et la bouche s’ouvrir et se refermer dans une tentative d’inspiration ou de cri qui se transforma en glouglous dégoûtants.
La foule fit « oooh ».
Deloncio baissa les yeux sur sa victime et constata qu’il avait raté son coup.
Renaldo déglutit. On lui avait expliqué que, lors des exécutions, les têtes tombaient dans un seau et les troncs étaient rapidement balancés dans une litière remplie de sciure, à l’abri des regards. La seule fois qu’il avait vu une décapitation de près, il s’était agi d’un poulet. Il réalisa avec fascination que la quantité de sang contenue dans un corps humain n’avait aucun rapport avec celle que renfermait celui d’un volatile. Chaque battement du cœur du malheureux, chaque convulsion et chaque mouvement désespéré de ses bras tachaient un peu plus l’estrade, menaçant les bottes des officiels qui s’y tenaient. Quelqu’un vomit non loin de la plateforme. Renaldo sentit l’odeur acide de repas de mauvaise qualité et plissa le nez. Des rires s’élevèrent pour moquer l’ami à l’estomac fragile, se mêlant à ceux, nerveux, de plusieurs membres de l’assistance. Un cri de rage se fit entendre dans un groupe de mi-hommes et Renaldo vit les soldats serrer de près les affranchis.
– Terre Mère ! jura doucement Diema en levant les yeux au ciel.
L’officier de cérémonie fit un pas en direction de Deloncio mais celui-ci, sans céder à la panique, brandit de nouveau la hache et l’abattit au même endroit. La tête pencha, résista encore un peu. Le garçon relevait une nouvelle fois son arme, ses jeunes muscles fatigués tremblant sous l’effort, quand elle se détacha enfin et tomba dans le seau.
Quelques secondes s’écoulèrent, durant lesquelles Renaldo vit ses parents jeter de discrets coups d’œil à la foule, à leurs hommes et aux affranchis scandalisés. Mais les soldats se déployèrent efficacement, les animateurs lancèrent quelques « chhhhht » vite repris par leurs voisins et, petit à petit, les clameurs s’étouffèrent. Le baron et la baronne se détendirent, Jago se leva et échangea un regard avec son aîné, par-dessus la foule. Du sang était tombé de la hache quand le garçon l’avait soulevée pour la deuxième fois, tachant son front, sa joue droite et le tissu sur son épaule de quelques perles rouges. Il sourit calmement mais Renaldo, qui le connaissait bien, ressentit sa fierté. Il sourit à son tour, vaguement gêné, mais gagné malgré lui par la satisfaction communicative de son frère. Il adressa un grand air ravi à sa mère avant de remarquer son regard courroucé. Jago leva de nouveau la main et le silence se fit.
– Justice est rendue, dit-il.
Alors, Deloncio rassembla ses dernières forces et brandit la hache au dessus de sa tête, ignorant la tension dans ses muscles et les gouttes de sang qui perlaient maintenant sur son poignet et glissaient dans sa manche. Il sourit cette fois à la foule et un tonnerre d’applaudissements s’éleva, qu’il accueillit avec un sourire de bienheureux, d’une sincérité dont seuls semblent capables les enfants innocents.

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Retour d’Outretombe

Mot-clef du jour : « la vie privée d’une célébrité »

Il y a de l’écho, ici, vous ne trouvez pas ?

Il faut dire que j’ai été « légèrement » occupée ces derniers mois : travail intense sur le tome 3 d’Alyssa, bouclage d’un gros projet dont je vous parlerai très bientôt, lancement de deux chouettes commandes de bd, mise en place de quelque chose d’assez colossal à réaliser avec Anne-Catherine Ott (chht, c’est secret) et… tournage d’un film.

Comme ceux qui suivent le savent peut-être, j’ai eu la chance, le plaisir, la fatigue et le stress de jouer dans le premier long-métrage francophone en un seul plan-séquence (on dit « action ! » et on tourne d’une traite pendant 1h30). Ça s’appelle Maintenant, c’est une histoire d’amour et de secrets de famille écrite et réalisée par Michael Castellanet (qui joue aussi dedans), et c’est avec les formidables Jean-Claude Dreyfus, Brice Tripard et Olivia Algazi. Nous entamons actuellement la post-production et la recherche de distributeur.
Vous pouvez voir plein de magnifiques (sisi) photos de tournage sur la page FaceBook officielle du film.

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Vous comprendrez donc que ce site sente un peu le moisi, mais je reviens aujourd’hui pour ouvrir les fenêtres. Nouvelles dédicaces annoncées dans la colonne de droite, bibliographie en cours de mise à jour et, bientôt… de passionnantes nouvelles !

Rappel

Mot-clef du jour : « j’ai ma vie d’adulte »

Suite à la Marche des auteurs de bandes dessinées au festival d’Angoulême, je me suis dit que c’était l’occasion de donner une seconde vie à ce texte que j’avais écris il y a déjà six mois (six mois qu’on nous balade alors que nous ne demandons qu’une concertation à propos des modalités d’une réforme que nous acceptons par ailleurs) pour Le Plus du Nouvel Obs.

Je suis scénariste de bandes dessinées depuis 2005. Après quelques succès d’estime, je travaille sur une série grand public, bien défendue par mon éditeur. Aujourd’hui, avec deux enfants à charge et un conjoint à temps partiel, je gagne l’équivalent de 950 euros par mois.

Pourtant, ma situation n’est pas la pire parmi mes collègues. Nous subissons largement précarité et pauvreté. Seule la distance séparant l’épée de Damoclès de nos nuques varie. Mais on s’habitue. On apprend à vivre en oubliant jusqu’au souvenir des moments de sérénité.

Contrairement à d’autres travailleurs pauvres, nous exerçons un métier-passion. C’est une chance et une richesse que nous n’aurons jamais l’indécence de réfuter.
Je ne me plains pas, donc.
Et je suis débrouillarde : jamais d’emprunt, jamais de découvert… Je parviens même, en sacrifiant ma vie sociale, à mettre parfois quelques dizaines d’euros de côté.
En opposition à l’imagerie populaire qui se plaît à dépeindre les artistes comme de grands enfants rêveurs, ce métier nécessite beaucoup de rigueur et un profond sens des réalités.

Il y a deux ans, mon conjoint a soudainement perdu son travail. J’ai utilisé mon maigre réseau dans le but de décrocher, en urgence, de nouveaux contrats.
Le fort relais de mon annonce m’a fait prendre conscience que je n’étais pas seule. Que tous ces gens qui partageaient ma demande étaient motivés, outre par la volonté d’aider, par la peur.
« Demain, ça pourrait être moi », m’ont-ils avoué.
Nous nous serrions les coudes, toujours sans nous plaindre. Métier passion.

L’année dernière, je me suis tout de même permis d’interpeller Mme Filippetti quant à l’optimisme malsain de ses propos au Festival d’Angoulême.
En effet, comment pouvait-on affirmer sans trembler la bonne santé d’un secteur dont le premier maillon, les auteurs professionnels (sur lesquels repose au bas mot 80% de l’économie du livre, un domaine qui génère 80 000 emplois) gagne à peine de quoi se loger et se nourrir ?
J’ai manifesté mon incompréhension, j’ai déballé sans pudeur ma situation personnelle, recevant les promesses rassurantes de son chef adjoint de cabinet et le mépris de son conseiller en communication.
Je ne me suis pas plainte. Métier passion.

Aujourd’hui, le RAAP, l’organisme chargé de gérer notre retraite complémentaire, a décidé de passer d’un système de cotisations par tranches à un calcul en pourcentage de nos revenus. Sans concertation ni étude d’impact sur notre niveau de vie, ce taux a été fixé à 8%.
8%. Un douzième.
Un mois de revenus en moins pour une profession dont l’immense majorité des actifs ne gagne même pas le SMIC pour des journées de 10 à 15 heures de travail, week-ends compris.

Je ne pourrai pas payer.
La retraite complémentaire est un progrès social. Même si, comme beaucoup d’indépendants, nous ne nourrissons que peu d’illusions quant à ce qu’elle nous rapportera vraiment, nous jouons le jeu. Par solidarité.
Et un système proportionnel aux revenus nous semble juste. Mais ce taux ubuesque tuera la plupart d’entre nous. Je ne serai ni la première ni la dernière à tomber.

Métier passion ?

 

Nous payions déjà un lourd tribut pour avoir eu le courage et la chance de l’exercer. Nous n’aurions jamais imaginé que la mise à mort viendrait d’un organisme censé protéger nos intérêts.

 

Plus de 1000 auteurs de BD (sur environ 1500 professionnels) ont, à ce jour, signé une lettre ouverte à la ministre de la Culture. 
Le 26 juin, une délégation de notre syndicat sera reçue au ministère. Nous voulons un abaissement de ces prélèvements, un étalement de la réforme, un peu de sang froid et de rationalité…
Depuis une semaine, de nombreux auteurs d’autres secteurs du livre nous rejoignent. Nous nous fédérons afin de sauver nos emplois, nos existences, notre avenir.

 

Si cette réforme est malgré tout ratifiée, demain, seuls les plus riches d’entre nous pourront se permettre de continuer. A quoi ressemblera cette nouvelle production ?

 

Je me plains, donc.

 

Et, entre un soupir inquiet quant à l’avenir artistique de ma profession et une recherche d’emploi qui m’apprend que je suis surqualifiée/surdiplômée pour tout travail alimentaire, je me demande si, en 2016, les personnes supposées assurer ma sécurité vont, avec la complicité de l’État, me mettre à la rue avec mes gosses.

« Je veux l’avoir, et je l’aurai »

Mot-clef du jour : « bd toilettes »

En ce moment, en plus de tenter de financer un long métrage, de prospecter pour travailler régulièrement en tant que traductrice anglais >> français, de ré-écrire mon roman pour un super projet avec d’autres auteurs, de bosser sur un concept de bd dont je ne peux rien dire mais vous verrez ça va déchirer, et d’avancer le scénario d’Ayssa, je me démène, avec Anne-Catherine Ott et un co-traducteur bilingue masqué, à adapter les trois tomes de Havre en anglais.

Oui, mes cocos, on tente l’Amérique, avec un éditeur traditionnel ou en auto-édition, on verra, mais on tente.

Et figurez-vous que c’est un peu de boulot parce que c’est moi qui me charge de la traduction. Eh ouais. 20000 mots, entre discussions politiques soutenues, palanquées d’argot et idiomes de djeunz, vers une langue qui n’est pas ma langue maternelle ! D’où la présence de mon co-traducteur/correcteur d’amour, qui est beau, grand et sent bon, qu’il soit remercié jusqu’à la fin des temps. Mine de rien, je suis assez fière de moi : après quelques tâtonnements sur le tome 1 (pas tant que ça me dit le co-traducteur masqué, mais c’est un gentil), j’ai quand même bien assuré. Au point que je songe de plus en plus à me lancer sur quelques projets directement en anglais.

Bref. Voici quelques exemples de ce que ça va donner pour le tome 1 (ne faites pas attention aux variations de couleurs).

Havre1_1

Haven1_1

Havre1_2

Haven1_2

Havre1_4

Haven1_4

Comme vous pourrez le constater, il y a aussi quelques retouches de dessin :

Havre1_6  Haven1_6

Havre1_3Haven1_3 Havre1_5

Haven1_5Il me reste encore quelques retouches de texte à faire en français (parce qu’on aimerait tenter l’Amérique sans laisser tomber la France).

En tout cas, j’espère que ça vous plait. Et, un jour, je vous parlerai peut-être de la difficulté à traduire des jurons en anglais en s’interdisant toute référence chrétienne.

 

Et après ça, je continue de la fermer.

Mot-clef du jour : « cette année j’ai pas été classe, je me suis comportée comme une chaudass »

J’emmerde les bigots qui demandent à des non-croyants de respecter les traditions des croyants.
J’emmerde les tièdes qui pensent qu’il faudrait faire preuve d’égards pour la superstition alors que c’est tolérable d’insulter la raison.
J’emmerde les naïfs privilégiés qui ne pigent pas qu’on ne vit pas dans un délicieux monde rationnel, et que se foutre de la gueule de personnes qui s’en prennent déjà plein la tronche au quotidien, ça fait plus de mal que de se payer celles des hommes blancs hétérosexuels de classe moyenne supérieure.
J’emmerde les lâches qui se réfugient derrière Desproges pour insulter leurs camarades sous couvert de droit à l’humour (pour info, le « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » signifiait précisément que la blague devrait être contextualisée).
J’emmerde les incultes qui disent « c’est du second degré » sans connaître la définition de « second degré ».
J’emmerde les bas du front qui mettent des gens tenant parfois des propos maladroits et irrévérencieux envers les minorités dans le même sac que les cadres du FN.
J’emmerde les malhonnêtes qui râlent qu’on n’a pas fait de marche pour le massacre au Nigeria. A moins bien-sûr qu’ils ne pleurent la mort de mon voisin de pallier autant que celle de leur père, leur fils ou leur petite sœur.
J’emmerde les médias voyeurs qui ont à peine couvert le massacre au Nigéria, trop occupés à montrer en direct la position des snipers aux preneurs d’otages (Voici un exemple de moquerie au « premier degré »).
J’emmerde les désespérants imbéciles qui ont insulté les personnes présentes à la marche de dimanche ou les personnes qui en étaient absentes. (Dans un contexte de lutte pour la liberté de parler et d’agir, chapeau, les gars ! (Voici un exemple de moquerie au « second degré »)).
J’emmerde les monstres de prétention qui prétendent parler au nom de Dieu.
J’emmerde les ânes bâtés qui ignorent que la laïcité n’interdit pas de manifester sa foi, elle protège ce droit pour tous.
J’emmerde les dégueulasses qui ont déjà créé le « Point Charlie » parce qu’ils n’aiment pas qu’on leur suggère de se taire quand leur humour est blessant et naze.
J’emmerde les fragiles égoïstes qui hurlent « on ne peut plus rien dire » alors qu’ils sont payés des blindes pour déverser leurs insultes à la téloche mais n’ont pas les épaules pour supporter qu’on n’adhère pas à leurs propos.
J’emmerde les simplets qui hurlent au racisme dès qu’on remet en question certains aspects de l’islam.
J’emmerde les aveugles qui minimisent la responsabilité collective quand de jeunes français se transforment en terroristes.
J’emmerde les CAP-gauchisme qui résument ça à « c’est la faute au capitalisme ».
J’emmerde, enfin, les perfides qui refusent d’admettre que la liberté d’expression permet de ne pas aller en taule pour ses idées, mais n’oblige personne à les écouter.
J’emmerde tous ceux qui se sentent obligés de toujours l’ouvrir sous prétexte qu’ils en ont le droit.

Depuis quelques jours, j’emmerde à peu près tout mon entourage. Et, pour éviter de tomber dans les travers précités, j’ai pas mal fermé ma gueule. Mais, aujourd’hui, j’admire, le courage, l’humanisme, l’intelligence et la justesse des survivants de Charlie Hebdo pour cette magnifique couverture.

laune

Et j’avais envie de le dire, même si ça fait un peu Bisounours. Parce que, malgré les récupérations politiques, malgré les alliés ubuesques d’un soir, malgré les pleurnicheries télévisuelles, malgré la culture de la peur qui réinvestit les médias après cette parenthèse fraternelle, je me dis que, même si je suis bien loin d’adhérer à tout ce qui fait ce mystérieux « Esprit Charlie », l’espoir sera toujours permis tant qu’il restera des gens pourvus de ces qualités.